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Le Mario nouveau
N° 233 - octobre 2004
Pour se libérer de la peur de la peur de perdre un référendum
D’abord gagner les prochaines élections
Danic Parenteau
C’est sur un appel à la création d’une nouvelle coalition de toutes les forces souverainistes et progressistes au Québec que s’est terminé, jeudi le 15 septembre, le premier forum organisé par le SPQ Libre.

Prenant la parole devant une foule de plus de 300 personnes, Jacques Parizeau a exhorté le Parti québécois à « jeter des passerelles entre toutes les mouvances souverainistes du Québec ». Selon lui, le parti souverainiste doit « se montrer plus ouvert aux jeunes » ainsi qu’aux enjeux qui les préoccupent. Ce plaidoyer a reçu un accueil très chaleureux de la part des sympathisants réunis, parmi lesquels on comptait non seulement de nombreux membres du SPQ Libre et plusieurs militants péquistes, mais aussi des militants d’un autre parti souverainiste, l’Union des forces progressistes (UFP).

Ce forum sur le thème de l’accession à l’indépendance s’est ouvert sur l’allocution de Robert Laplante, directeur de l’Action nationale. Rappelons que c’est la proposition de M. Laplante visant à repenser le référendum sur la souveraineté qui a été relayée par Jacques Parizeau avant de devenir l’enjeu du vif débat qui anime le camp souverainiste depuis quelques semaines.

Après avoir décrit la grande transformation dans laquelle s’est lancé le Canada depuis le dernier référendum – soit celle d’une « modernisation unitaire », d’une construction identitaire nationale – Robert Laplante a exhorté le Parti québécois à revoir la stratégie référendaire à la lumière de cette nouvelle donne.

Il a ainsi proposé qu’une fois légitimement élu sur la base d’un mandat souverainiste, le Parti québécois prenne tous les moyens à sa disposition – y compris toutes les ressources étatiques dont il aura contrôle – pour la réalisation du projet souverainiste. Dans cette perspective, Robert Laplante propose que le référendum porte la constitution d’un Québec indépendant.

« Un gouvernement souverainiste doit faire la souveraineté ! », a-t-il lancé. Sinon, le danger est grand que le Parti québécois ne devienne une « Union nationale des temps modernes » s’il échoue à accomplir le mandat pour lequel il aura été élu.

Dans son intervention, Jean-François Lisée, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, s’est d’emblée montré opposé à ce qu’il appelle « les raccourcis qui éloignent », c’est-à-dire toute « tactique miracle » qui mènerait plus facilement ou plus rapidement à l’indépendance. Ses arguments étaient appuyés par les résultats de nombreux sondages qui, selon lui, illustrent « la peur des Québécois de perdre un nouveau référendum. »

Il a néanmoins soutenu cet appel à un processus que l’on pourrait qualifier de construction graduelle de la souveraineté « de l’intérieur », soit au sein même de l’actuelle configuration étatique. De surcroît, J.-F. Lisée en a appelé au déploiement d’initiatives concrètes secteur par secteur – en économie, en éducation, en santé, etc. –, qui pourraient rapprocher le Québec de la souveraineté.

Dans une intervention qui s’est voulue plus générale, plus éloignée de simples considérations d’ordre stratégique, Michel Venne, directeur de l’Université du Nouveau Monde, a quant à lui lancé un appel afin de remettre « le peuple québécois en marche ». Selon le chroniqueur du Devoir, le Québec « immobile » et « statique » a grandement besoin « d’un nouveau leadership qui sache lui redonner le goût de l’avenir ».

Enfin, la participation d’Amir Khadhir, porte-parole de l’UFP à ce forum, démontre l’ouverture de SPQ Libre et sa volonté de susciter un débat politique au sein de toutes les forces souverainistes et progressistes au Québec.

Le porte-parole de l’UFP a fait la promotion de l’idée que, dès l’élection d’un parti souverainiste à l’Assemblée nationale, soit mise sur pied une « assemblée constituante » dont le mandat serait de préparer l’accession à l’indépendance. Amir Khadhir reconnaît dans cette démarche un processus « émancipateur » et « transparent » qui s’articulerait comme un véritable « exercice d’émancipation collective » pour le peuple québécois. Il propose ainsi un modèle en rupture avec celui de l’adversaire fédéraliste caractérisé par des « machinations » et « des tactiques malhonnêtes ».

Le thème de cette rencontre était tout choisi pour Jacques Parizeau, dernier conférencier, auquel les participants et le public n’auront pas manqué de montrer leur respect par de chauds applaudissements. M. Parizeau était désireux de fournir quelques éclaircissements sur sa proposition, mais aussi de rectifier ce que les médias auront pu en rapporter – une série de « mensonges », selon lui.

Dans sa proposition, comme dans celle de Robert Laplante dont il s’inspire, il n’a « jamais été question » pour M. Parizeau d’une élection référendaire. Ce qu’il propose toujours, faisant ainsi écho aux précédentes interventions de la soirée, c’est la mise en œuvre, dès l’élection du Parti québécois, sur la base d’un mandat populaire et légitime, du projet souverainiste par la préparation de l’indépendance.

L’ancien premier ministre a souligné que l’adversaire principal n’était pas le gouvernement Charest, mais Ottawa. « Nous venons d’apprendre que le Conseil pour l’unité canadienne a dépensé 793 millions de 1992 à 2004 dans sa lutte contre le séparatisme québécois. C’est beaucoup d’argent ! »

Dans ce contexte d’affrontement avec le fédéral, « la vraie bataille, ce sont les prochaines élections provinciales. » Il propose de dire clairement que l’élection du Parti québécois va « enclencher le processus vers la souveraineté ». Le fédéral, poursuit-il, pourra dépenser des millions, « cela n’aura pas grand impact sur l’élection du député de Matapédia. »

Par la suite, pouvant bénéficier de toutes les ressources de l’appareil d’État, il s’agira pour le gouvernement de poser des gestes de souveraineté à l’intérieur même du cadre constitutionnel canadien. Mais ce processus ne saura être parachevé que par cette ultime étape que constitue le référendum, puisque seul un référendum pourra mener le Québec à sa pleine indépendance. Ainsi, pour M. Parizeau, pas d’indépendance sans référendum – mais un référendum seulement comme étape dernière et exécutoire d’un processus d’indépendance. Et c’est pour réaliser ce projet qu’il en a appelé à la nécessité pour le Parti québécois de « jeter des passerelles » aux souverainistes de toutes les mouvances au Québec.

Cet exposé fut suivi d’interventions de la salle, parmi lesquelles celles des députés Jean-Pierre Charbonneau et Daniel Turp qui sont venus prolonger l’appel de M. Parizeau à la création d’une nouvelle coalition rassemblant toutes les forces souverainistes du Québec. Daniel Turp a pris appui sur le modèle de la « convention pour l’indépendance » lancée récemment par les partis nationalistes en Écosse.

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