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N° 232 - septembre 2004
l'aparté
L’été, les enfants grandissent plus vite
Urbain Desbois
C’est pendant l’été que les enfants grandissent le plus vite... exposés qu’ils sont à de plus longues heures de soleil, nourris de façon saine, et le corps constamment soumis à des exercices variés et non répétitifs : vélo, natation, course à pied et j’en passe...

Les enfants profitent aussi d’un sommeil réparateur et rarement interrompu par des : Dépêche-toi ! Tu vas être en retard ! Vite vite, j’entends l’autobus !... et puis les nombreuses heures à l’extérieur à respirer profondément... que dire d’une telle qualité de vie en comparaison avec le reste de l’année où les enfants sont prisonniers de l’école et des règles qui les régissent...

Et il y a aussi une importante partie de leur être qui continue à se développer toute seule, sans discipline et sans coup de fouet, et j’ai nommé leur imagination.

L’été, les enfants utilisent librement toute leur capacité à rêver et à imaginer. Laissés enfin libres de choisir leur programme d’activités, moins stressés, plus détendus, ils se racontent à eux-mêmes les histoires qui leur plaisent et s’entretiennent avec leurs amis imaginaires, seuls véritables maîtres à penser, dont la présence est évidemment interdite à l’école le reste de l’année.

Et les programmateurs de télévision doivent se mordre les doigts en voyant tous ces enfants courir dès le matin vers les parcs de la ville et se foutre éperdument de la boîte carrée qui tente de prendre le contrôle de leur esprit tout le reste de l’année.

L’été est salutaire pour les enfants qui comme des bonsaïs subissent la pression du monde dans lequel nous vivons à l’année longue et qui en quelque deux mois seulement se dépêchent de croître pour rattraper le temps perdu.

Demandez à n’importe quel adulte de vous raconter un souvenir heureux de son enfance et à coup sûr, ça se passe l’été sur une ferme, au bord d’un lac ou sous une tente en forêt.

Et pourquoi on ferait pas pareil, courir, sauter, se péter la fiole en vélo, jouer dans le sable, se rouler dans l’herbe, se faire des sandwichs pour aller les manger au parc avec des amis, se promener sur une rivière en chaloupe et essayer de ramasser la plus grande quantité de têtards possibles, pour voir ce que ça sent après une semaine cachés dans le garde-robe et pourquoi on va pas faire les foins cette année et pourquoi on irait pas remplir des pots à ras-bord de mouches à feu pour après s’endormir sur le bord d’un feu en se racontant des histoire à faire peur, les cheveux pleins de guimauves fondues...

Les sons de l’été

En opposition à l’hiver, l’été c’est plein de bruits, c’est plein de sons. L’hiver y’a le vent, les branches qui grincent, pis c’est à peu près ça.

De temps en temps, une corneille qui pousse une cri, un skidoo au loin... L’été, ça devient dense, épais, indémêlable. Y’a les fameuses cigales, les criquets, les oiseaux, les orages, la pluie, les grenouilles et le bétail chez le voisin.

L’hiver, y’a du bruit de machinerie, mais on passe tellement de temps en dedans, on en manque la moitié. En été, y’a le fameux oiseau qui crie sans arrêt – Plante un clou, Frédéric, Frédéric ! – ou bedon l’engoulevent à la nuit tombée ou la grive le matin au lever du soleil.

Mais le son qui à moi me met la tête en plein dans l’été, c’est Manon viens souper ! Manon c’est sans doute une fille qui a jamais eu de montre. Ou bedon sa mère s’est tannée de lui en acheter une nouvelle à chaque deux semaines.

Peut être qu’elle la perd tout le temps ou encore qu’elle en donne une au petit voisin pour pouvoir faire un tour avec son bécique neuf, pis une à la fatiguante de l’autre côté de la rue pour avoir le droit de se baigner chez elle.

Elle se dit que de toute façon sa mère va se tanner de lui acheter des montres qui lui irritent le poignet et qui font tic tac dans le vide comme ça sans faiblir. C’est-tu niaiseux une montre qu’elle se dit la Manon.

Donc sa mère, elle, crie tous les soirs : Manon viens souper ! Pis je soupçonne Manon d’aimer ça que sa mère sorte sur le balcon pour pousser son cri maternel qui rappelle le bouilli de légumes et les morceaux de boeuf pis la grosse tranche de pain blanc couverte d’un bon demi-pouce de beurre.

Manon viens souper... pis là les p’tits enfants du quartier savent l’heure qu’il est, ils ont des gargouillis tout plein en imaginant Manon essayer d’attraper une tranche de betterave marinée avec les doigts dans le fond de la jarre, pendant que sa mère a le dos tourné et prépare le gravy pour mettre sur les boulettes.

Manon viens souper pis ramène ton frère ! c’est un cri organique, viscéral, ça vient du coeur, c’est religieux, c’est comme à l’heure de la prière en terre musulmane, en plein ramadan... Le petit monsieur monte lentement l’escalier à l’intérieur du minaret, pis arrivé en haut y prend son souffle à deux mains et crie de toutes ses forces : Mohamed viens souper !

Textes lus dans le cadre de l’émission Le coeur à l’été animée par Anne-Marie Dussault sur les ondes de Radio-Canada

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