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N° 232 - septembre 2004
Faire deux fois plus avec deux fois moins
La loi 8 crée deux catégories de gardiennes d’enfants
Stéphanie Beaupied
La cause de plus d’un millier de responsables en service de garde en milieu familial est présentement devant les tribunaux. Leurs requêtes en accréditation syndicale sont bloquées depuis l’adoption de la loi 8 par le gouvernement Charest, qui leur interdit le droit à la syndicalisation, malgré un jugement favorable de la Cour supérieure. La loi 8 viole le droit à la liberté d’association plaident les syndicats, particulièrement la Centrale des syndicats des Québec (CSQ), qui a déposé une soixantaine de requêtes en Cour supérieure.

Mécontente, mais à la fois pleine d’espoir d’obtenir des conditions de travail normales, Houria Sidhoum nous explique dans quel contexte elle doit garder les enfants. Sa maison-garderie est affiliée à un Centre à la petite enfance (CPE). Elle doit se conformer aux règles bien établies des CPE, ce qui veut dire « monter un programme éducatif, préparer des repas sains, désinfecter les jouets, faire les courses et le ménage en plus des heures d’ouverture de 7 heures à 17 heures », explique-t-elle.

Elle met au service de la garderie ses propres infrastructures, c’est-à-dire sa cuisine, sa maison, sa cour extérieure avec tous les frais que cela encourt. « Il faut faire de la gymnastique comptable pour arriver. Avec ce que le gouvernement rembourse, ce qu’il nous reste dans la poche équivaut à 5 $ de l’heure », explique-t-elle.

La loi 8 fait des gardiennes en milieu familial des travailleuses autonomes. « Nous sommes subordonnées aux règles des CPE, mais nous n’avons pas de plans de retraite, pas de congés fériés, pas de vacances. Si l’on a un accident ou que l’on est malade, il faut fermer la garderie. On n’a pas le droit de se faire remplacer. Nous devons nous débrouiller nous-mêmes pour engager du personnel si on a plus d’enfants. Et payer une assistante à 5 dollars l’heure ! »

Avec la loi 8, le gouvernement a créé une catégorie de gardiennes qui sont deux fois moins payées que les autres, bien qu’elles soient très qualifiées. Au départ, le ministère les oblige à suivre une formation de 45 heures sur le développement de l’enfant et sur le programme éducatif. « En plus de ça, beaucoup des filles en milieu familial sont diplômées en technique de garde ou en éducation à l’université. Une grande majorité d’entre elles viennent de l’immigration. Elles avaient déjà une formation dans leur pays avant de venir ici. Malgré la formation, le salaire ne change pas. »

« C’est une question de sous. Le gouvernement peut faire garder les enfants à moindre prix. Il n’a pas les locaux à payer, ni les coûts énergétiques, pas de personnel de soutien, de cuisinière, de directeur et d’administrateur comme en installation. C’est un cas d’injustice ! »

Lorsque la loi 8 les empêchant de se syndiquer a été adoptée, ces femmes ont formé l’association des intervenantes en milieu familial. Elles tissent des liens, créent un sentiment d’appartenance pour contrer l’isolement du métier. Elles reçoivent des formations professionnelles et syndicales en attendant leur statut de salarié.

Le mouvement syndical et progressiste doit à tout prix – au-delà des contestations judiciaires – exiger le rappel de la loi 8 et des autres législations anti-syndicales du gouvernement Charest. C’est une question de justice.

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