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N° 232 - septembre 2004
Une hausse sans précédent, un milliard pour la guerre
Martin n’a rien d’un bouclier anti-Bush
Marc Laviolette
Décision du gouvernement canadien de fournir des renseignements stratégiques aux États-Unis, achat de nouvel équipement augmentant l’inter-opérabilité entre la défense américaine et canadienne par l’achat de 60 canons mobiles « striker » au lieu de chars d’assaut, achat d’hélicoptères EH en remplacement des vieux « Sea King » qui pourront être embarqués sur nos frégates pour la défense côtière et non-publication de la partie III du dernier budget fédéral (adopté il y a 6 mois) où on y identifie de façon détaillée les programmes et dépenses de la Défense Nationale, les faits parlent. Le gouvernement Martin cache par son silence ses intentions réelles sur le bouclier anti-missiles de Bush.

Le Bloc Québécois, le NPD et même plusieurs députés au sein du Parti Libéral trouvent que ça sent la manipulation à plein nez. Un débat public s’impose dans ce dossier qui risque de relancer la course aux armements. D’ailleurs, le budget 2004-2005 du gouvernement fédéral a connu sa plus forte hausse contemporaine de dépenses militaires : un milliard de dollars.

Pour en savoir plus long, l’aut’journal a rencontré Yves Bélanger, professeur de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal et directeur du groupe de recherche sur l’industrie militaire.

Le professeur Bélanger a expliqué à l’aut’journal que le plan du bouclier anti-missiles s’étend jusqu’en 2016 et que la première phase sera complétée à la fin de 2004. À ce moment-là, les intercepteurs au sol seront déployés en Alaska et en Californie et le plan d’interception en mer (défense côtière) sera complété. Selon M. Bélanger, « cette première phase de déploiement de missiles anti-missiles près des côtes (donc de défense côtière) va poser le problème de l’intégration des frégates américaines dans les eaux territoriales canadiennes. Sinon, il y aura un trou dans le bouclier américain. »

Présentement, le débat se fait derrière les portes closes. Ou bien le Canada assume sa souveraineté et augmente de 3 à 4 fois le nombre de sa flotte de frégates (à 9 milliards $/pièce) ou bien il s’intègre à la défense américaine n’ayant pas les moyens d’assumer sa souveraineté dans ce système de défense. Selon Yves Bélanger, c’est le courant qui vise l’intégration du Canada sous le parapluie anti-missiles américain qui domine. C’est ce qui expliquerait les acquisitions récentes de systèmes d’armes compatibles avec la logique d’intégration du Canada au bouclier américain.

Pour M. Bélanger, « le bouclier anti-missiles est un système de protection du territoire des États-Unis qui doit être contrôlé par les États-Unis. Les États-Unis étant menacés sur leur propre territoire, la question est de savoir comment verrouiller les système de façon à augmenter la sécurité pour les États-Unis. Cette approche est consensuelle chez les deux partis politiques : Républicains et Démocrates. »

Le débat porte sur : ça marche t’y ? Ça coûte combien ? Il y a très peu de sensibilité sur les conséquences à moyen et long terme du bouclier anti-missiles. On s’interroge peu sur les effets futurs au plan des relations internationales.

« C’est un peu comme avec la bombe atomique, explique le prof Bélanger. Après qu’on eut démontré qu’on était capable d’en produire une et prêt à l’utiliser, on s’est peu interrogé sur son impact au plan international. Résultat : une course aux armes nucléaires avec ses conséquences. »

On sait aujourd’hui que le bouclier anti-missiles aura un double objectif une fois complètement déployé. Premièrement, un système permettant l’interception de missiles. Deuxièmement, un système agissant à la source d’une attaque potentielle grâce à un canon laser embarqué à bord d’un Boing 747 pouvant détruire une rampe de lancement de missiles.

Ce deuxième objectif cache un processus à dimension offensive qui équivaut à un acte de guerre.

La Chine, qui dispose d’un arsenal nucléaire peu développé, est contre le projet de bouclier. Avec la décision américaine de terminer la phase I du déploiement en 2004, on peut aisément prévoir que la Chine augmentera ses dépenses militaires pour empêcher que le fossé technologique s’agrandisse.

Travaillant depuis 40 ans sur des systèmes spatiaux, les Russes demandent des garanties que leur territoire ne soit pas ciblé. De plus, ce pays a relancé son programme militaire de « véhicule-tueur » à partir de satellites. Les États-Unis, de leur côté, en sont à leur 8e version de « véhicules-tueurs ».

L’Inde, le Pakistan et l’Australie sont prêts à participer, créant ainsi les conditions pour une course aux armes nucléaires en Asie. Ce qui entraîne la nécessité du renforcement du bouclier de défense anti-missiles américain…

Au Canada, une chose est claire. Les généraux du ministère de la Défense et Paul Martin se sont montrés favorables au déploiement d’une défense côtière conjointe avec les États-Unis de façon à avoir la capacité de faire partie du réseau intégré satellites-frégates et porte-avions développés par le géant américain General Dynamics. Et ce sans débat public à la Chambre des communes.

C’est pourquoi, selon Yves Bélanger, le gouvernement Martin doit consulter largement la population, indiquer clairement où sont ses balises, expliquer son plan d’action pour empêcher la militarisation et l’arsenalisation de l’espace, faire connaître sa nouvelle politique de défense du Canada et expliquer en quoi notre participation au bouclier anti-missiles est cohérente avec cette politique.

Pour Yves Bélanger, ce débat public est une nécessité. « Je suis opposé, dit-il, au bouclier anti-missiles. Cette stratégie est trop déstabilisante à moyen et long terme. La marge de manœuvre du Canada est très limitée et nous devons exiger du gouvernement canadien un plan de match qui produise le moins de dégâts possible ».

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