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Choisissez votre Parizeau
N° 232 - septembre 2004
Tous les affairistes veulent leur part du Klondike collectif
Et leurs premiers choix sont toujours nos sociétés d’État
Léo-Paul Lauzon
Il y a de ça quelques années à peine, nos aventureux entrepreneurs nous parlaient de mondialisation obligée et de la planète ramenée à un village global. Ils allaient conquérir le monde. Naturellement, après quelques essais infructueux d’entreprises comme Bell Canada, Vidéotron et les banques, ils sont vite revenus au Québec.

Incapables de concurrencer les autres commerçants à l’extérieur, et même souvent à l’intérieur de la province, nos petits « ménés » d’affairistes, avec, bien entendu l’aide de leurs aimables élus, veulent maintenant qu’on leur cède nos bien publics et nos instruments collectifs.

En retenant le cas d’Hydro-Québec, vous verrez clairement comment ils sont en train d’adopter des politiques tarifaires et de gestion, comme les usines de cogénération et les petites centrales cédées au privé, qui font que l’on privatise à petit feu Hydro-Québec, et quels discours ils utilisent, avec l’appui de leurs gentils journalistes, pour relayer le tout « convenablement », afin de vous farcir la cervelle avec des mensonges et des sophismes gros comme le bras.

Suite à une étude de RBC-Dominion Securities, une filiale de la Royal Bank of Canada, le journal La Presse du 24 septembre 1993 reproduisait en première page les principales conclusions de ce pamphlet idéologique sous le titre de « Même privatisée, Hydro-Québec resterait très concurrentielle ».

La Royal Bank suggérait à Hydro-Québec d’augmenter immédiatement de 45 % les tarifs des consommateurs résidentiels et surtout pas ceux des compagnies et des industries. La table serait alors mise, selon eux, pour la privatisation obligée d’Hydro-Québec. Cotée à la Bourse, Hydro-Québec privatisée serait extrêmement payante pour les banques. Qui a mandaté la Royal Bank à réaliser une telle étude et à suggérer la privatisation d’Hydro-Québec ?

Pourquoi La Presse se fait-elle le haut-parleur et l’entremetteur d’une telle cochonnerie ? Et moi, si je suggérais dans une étude la nationalisation des banques pour le plus grand bénéfice de la majorité, croyez-vous que La Presse en ferait ses gros titres en première page ?

Gaz Métro est un importateur et distributeur de gaz naturel de l’Alberta. Bien sûr, les bas tarifs d’électricité d’Hydro-Québec ne font pas son affaire. Son président Robert Tessier, très prisé par les médias, l’a laissé savoir à plusieurs reprises dans le passé comme dans Les Affaires du 20 octobre 2001 titré : « Le président de Gaz Métro remet en question le rôle d’Hydro ».

Dans le Journal de Montréal du 14 novembre 2001, on peut lire : « Boralex et Gaz Métro s’associent pour produire de l’électricité ». La belle affaire. Boralex, une filiale de la papetière Cascades des frères Lemaire et Gaz Métro, l’importateur de gaz naturel, veulent leur part du Klondike collectif. On appelle ça une privatisation à petites doses d’Hydro-Québec. Par contre, pour l’implantation de ses usines de cogénération, sans risque et sans concurrence, « Gaz Métro veut un tarif spécial », comme le rapporte le titre de l’article du 18 novembre 1993 de Lisa Binsse de La Presse. Pour qui ce petit monsieur de Robert Tessier se prend-t-il pour remettre en question le rôle d’Hydro-Québec et vouloir en abroger une partie par sa privatisation partielle ?

Et moi, si j’avais remis en question le rôle de Gaz Métro et préconisé sa nationalisation, aurais-je eu droit à autant d’égards de la part des médias ? Je vous le demande! Favoriser l’importation du gaz naturel de l’Alberta au détriment de notre électricité produite au Québec : plus colonisés que ça, on meurt.

Pour donner plus de crédibilité aux élucubrations des affairistes locaux, rien de mieux qu’une vigoureuse prise de position émanant d’un organisme patronal international de recherche, comme le Worldwatch Institute, qui prône la privatisation d’Hydro-Québec et qui est naturellement relayé par les médias comme en fait foi le titre de cet article du 19 juillet 1994 de La Presse : « L’électricité, une industrie à restructurer ».

La journaliste Lisa Binsse s’est même donné la peine de téléphoner aux auteurs de l’étude pour s’enquérir de leur très brillante idée. Du grand journalisme d’enquête. Moi, elle n’a jamais jugé bon de me téléphoner pour avoir mon humble opinion. Des Américains qui viennent nous ordonner subtilement de leur céder notre électricité comme on l’a fait avec notre pétrole et notre gaz naturel avec les résultats que vous connaissez.

« Privatisation d’Hydro-Québec : Le Conseil du patronat s’interroge » (Les Affaires), puis « La Chambre de Commerce du Québec veut repenser le rôle d’Hydro » (Le Devoir) et enfin « Les papetières affirment que la situation de “ monopole d’Hydro nuit à sa compétitivité et à celle de ses clients ” et veulent produire elle-mêmes de l’électricité » (Le Devoir), telles furent les titres d’articles parus entre 1993 et 1995.

Le Conseil du patronat, la Chambre de Commerce et les papetières ne veulent pas repenser et s’interroger sur le monopole des banques, des pétrolières et des compagnies d’assurance avec leurs prix excessifs et leurs profits indécents engrangés sur le dos de tout le monde.

Mais non, les problèmes majeurs des affairistes ont toujours pour nom l’État et nos sociétés d’État. Oups, j’oubliais, l’Association des manufacturiers du Québec s’était aussi prononcée favorablement pour la privatisation d’Hydro (Les Affaires).

Naturellement, l’économiste Pierre Fortin de l’UQAM ne peut pas en manquer une lorsqu’il s’agit d’appuyer courageusement ses amis affairistes qui veulent tout privatiser, déréglementer, désyndicaliser, défiscaliser, sous-traiter et j’en passe. Les médias l’adorent et même certains gros syndicats itou, même s’il est intensément à droite.

Que pensez-vous du titre de cet article du 16 novembre 1995 du Journal de Montréal : « Pierre Fortin favorise la privatisation d’Hydro-Québec ». Il suggérait de privatiser Hydro à au moins 51 %. Selon lui, la présence d’actionnaires privés conduirait à un meilleur contrôle sur les coûts et sur les tarifs (sic), permettrait de régler le contentieux avec les Cris (sic) en leur distribuant quelques actions d’Hydro, et les investissements ne seraient plus soumis aux pressions politiques (sic).

Tout est bien meilleur avec le privé, mais au profit de qui ? Puis, dans un article du 10 mai 2000 du Devoir intitulé : « Pierre Fortin suggère de privatiser partiellement Hydro » le petit économiste suggère cette fois de privatiser Hydro à hauteur de 40 % seulement et non plus d’au moins 51 %. Un gars a ben le droit de changer d’idée quand ça lui plait.

Selon l’économiste, on devrait privatiser Hydro soi-disant parce que nous avons atteint la maturité économique voulue au Québec. Qu’est-ce que la maturité économique a à voir là-dedans ? Est-ce à dire que nous étions immatures lorsque ensemble nous avons construit les barrages à la baie James et à la Manic ? Toujours au nom de la maturité économique, pourquoi ne pourrions-nous pas au contraire nationaliser le pétrole, le gaz, les banques, les forêts et les pharmaceutiques ?

On ne peut vraiment pas terminer cette attaque en règle orchestrée par les affairistes et leur suite contre notre solidarité collective exprimée par la mise en place de longue lutte de nos bien et services publics sans oublier d’y inclure nos politiciens. Dans un article du 9 octobre 1997 de La Presse intitulé : « Jacques Parizeau ramène l’idée de privatiser une partie d’Hydro », notre ineffable premier ministre social-démocrate d’alors a dit : « Dans le moment, les Québécois qui veulent acquérir des actions de sociétés publiques sont obligés (sic) d’aller sur le marché américain. Or, Hydro offre un excellent potentiel. Ce serait un bon placement, s’est demandé M. Parizeau devant quelques 600 étudiants en droit de l’Université de Montréal ». Quel grandiose projet de société. Nos détenteurs de capitaux québécois sont vraiment lésés, alors cédons-leur Hydro.

Puis, Bernard Landry, autre ex-premier ministre péquiste, ne voulant point rester dans l’ombre de son prédécesseur, a aussi suggéré en 2003, de privatiser Hydro, tel que rapporté dans un article paru dans Le Devoir du 4 février 2003 et titré : « Surprise chez Hydro-Québec : Bernard Landry a avancé l’idée que la société d’État pourrait vendre une participation à ses employés ». Très lumineux comme projet collectif !

Des politiciens asservis au privé nomment naturellement à la tête de nos sociétés d’État des dirigeants qui leurs ressemblent et André Caillé en est le parfait prototype. Dans un article paru dans le Devoir du 8 février 1997 et intitulé : « Caillé défend le “ virage commercial ” d’Hydro », le petit monsieur a dit : « Hydro-Québec doit (sic) se comporter comme n’importe quelle entreprise (sic). Il ne lui appartient pas de faire de la justice distributive (sic). Pour ma part, c’est zéro ». Mais pour qui il se prend pour dicter la marche à suivre de notre société d’État ? Il se prend vraiment pour le propriétaire alors qu’il n’est, ou qu’il ne devrait être, qu’un commis d’État au service de la population. Le monsieur a décidé, de mèche avec ses politiciens et ses affairistes, de gérer Hydro comme une business privée.

Affairistes, politiciens, économistes, universitaires, organisations patronales, organismes de recherche à la solde du privé, banquiers, avocats, comptables, journalistes et médias sont en parfaite symbiose pour vous farcir la cervelle et vous faire avaler n’importe quoi toujours au nom de l’intérêt collectif alors que ça ne profite qu’à une minorité de fripouilles et de canailles qui veulent s’enrichir toujours plus à vos dépens.

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