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Une guerre humanitaire
N° 204 - novembre 2001

Quand la gauche n’existe plus, il faut la réinventer
Andrée Lévesque

Rendre possible l'impossible



Détrompez-vous, malgré ce qu'en dit Stéphane Baillargeon dans Le Devoir (10 septembre 2001), La gauche à l’aube du XXIe siècle ne traite pas de la « dictature du prolétariat ». L’ouvrage ne se veut pas non plus, nous prévient l'auteure, un livre de recettes. Dans l'aube incertaine et violente de notre siècle, la chilienne Marta Harnecker avance des propositions qui ne sont pas « dangereuses et néfastes», Baillargeon dixit, sauf pour un certain impérialisme impénitent.

Le livre est d'abord une critique des événements des quarante dernières années et un état de la situation de la gauche aujourd'hui. Depuis les événements du 11 septembre, l'appel à une gauche renouvelée, non sectaire et participative trouve toute sa pertinence.

Le journalisme engagé n’est pas mort

Marta Harnecker se propose de pallier l'absence d'analyse critique du capitalisme de la fin du XXe siècle, le capitalisme de la révolution technologique, de la mondialisation et des guerres financières, pour enfin lancer à la gauche un appel à « rendre possible l'impossible ».

Destiné à la gauche militante politique et sociale plutôt qu'aux universitaires ou aux spécialistes, « L’ouvrage est un outil théorique pour comprendre le monde, puis pouvoir transformer les expériences du passé en sources d'apprentissage et présenter des alternatives solidaires ». Il tombe à point.

Les militants et militantes des années soixante, à l'époque où on croyait tout possible et où on voulait mettre l'imagination au pouvoir, se souviennent de ses Concepts élémentaires du matérialisme historique (1966). Harnecker n'a pas abandonné le flambeau et poursuit son travail de journaliste engagée. Soucieuse de préserver l'histoire des luttes révolutionnaires, elle consigne, depuis une dizaines d'années, cette histoire à partir d'entrevues avec les hauts dirigeants des combats menés en Amérique latine.

Révolution et évolution 0 même combat ?

Dans son dernier ouvrage, Harnecker nous présente une vaste synthèse des événements et des luttes qui ont marqué sa région depuis la révolution cubaine de 1959 pour, dans un deuxième temps, brosser un tableau de la situation contemporaine et en venir à une analyse de la position de la gauche aujourd'hui.

Harnecker accorde au contexte historique l'importance qui lui revient. L'évolution de la gauche depuis 1989 est située dans l'évolution globale du contexte politique marqué par la chute du Mur de Berlin et des régimes communistes qui s'en suivit, mais elle s'insère aussi dans les grands changements technologiques auxquels l'auteure accorde une importance capitale. C'est cette conscience de l'évolution du contexte qui lui permet de se livrer à des critiques serrées des échecs de la gauche, comme la défaite de Daniel Ortega.

Car loin d'être une apologiste pure et dure du communisme, Harnecker ne craint pas de critiquer les erreurs passées, l'application mécaniste du marxisme ou le recours à la force armée comme seul outil révolutionnaire sans considération pour les conditions nationales spécifiques.

Pour l'aut'mondialisation

L'ouvrage est didactique et pour illustrer son propos, l'auteure a recours à maints exemples concrets. Elle explique particulièrement bien les enjeux des changements dans l'organisation de la production, avec la constitution des entreprises transnationales et la croissance du secteur financier, pour nous mener à une synthèse très utile sur le néolibéralisme et la mondialisation.

Car Harnecker, toujours critique, ne se contente pas de dénoncer la mondialisation néolibérale mais elle appelle à une autre mondialisation, solidaire, au service de l'humanité et reposant sur le progrès technologique et scientifique. Elle garde la vision d'une vaste coalition de tous les exploités, dans une démocratie politique et sociale qui va au-delà des forces syndicales et des groupes d'intérêts particuliers.

Comment faire la guerre à la guerre

Partout où les gauches s'interrogent sur les stratégies à adopter devant les horreurs des dernières semaines, la dernière partie de La gauche à l’aube du XXIe siècle est probablement la plus pertinente.

La plupart des références portent sur l'Amérique latine mais ceci n'enlève rien à l'à-propos de son analyse. On retrouve au Québec comme ailleurs le scepticisme et le cynisme à l'endroit des politiciens, et ici comme ailleurs on cherche une union de la gauche pour affronter le raz-de-marée belliciste qui nous engouffre depuis quelques mois.

Il y a deux ans, quand elle sortait la version espagnole de son ouvrage, elle écrivait déjà que l'heure était trop grave pour persister dans le sectarisme. «Une option alternative, – socialiste ou comme on veut l'appeler – se fait plus urgente que jamais. » Optimiste néanmoins, elle affirmait 0 « Une nouvelle culture de gauche émerge, une culture pluraliste et tolérante. »

À quand l’heure de la gauche ?

Il faut aujourd'hui ajouter un post-scriptum au livre d'Harnecker. Son invitation à une plus grande analyse théorique adaptée au capitalisme à l'heure du néolibéralisme et son appel à une gauche inclusive qui puisse «rendre possible l'impossible » comme le demande le sous-titre du livre, sont on ne peut plus à-propos.

Le nouveau bellicisme, comme il y a dix ans lors de la Guerre du Golfe, divise la gauche. N'a-t-on pas vu Jacques Lanctôt, ex-felquiste encore présumé de gauche, appeler à la vengeance ? Alors qu'ailleurs, la Fédération des Femmes du Québec, la Coalition contre la guerre et l'hystérie, Alternatives et d'autres organisations populaires manifestent contre les frappes américaines en Afghanistan. Déjà avant les frappes sur New York et avant les bombardements du peuple afghan, Martha Harnecker parlait d'urgence.

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