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Bonne Saint-Jean
N° 231 - juillet 2004
Un souvenir
Oui mais...
Gilles Derome
Dans la foulée des commémorations du Jour J, on a beaucoup parlé de Marcel Ouimet. Accrédité comme correspondant de guerre, il a couvert toute la campagne du nord-ouest de l’Europe, depuis le débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, jusqu’à l’occupation de Berlin, en passant par l’entrée à Paris où il arrive avec la 2e Division blindée du général Leclerc.

Le 5 mai 1945, lorsque la capitulation des armées ennemies est annoncée, Ouimet est en Allemagne avec le Régiment de la Chaudière. Il a été la seule voix radiophonique à couvrir le Débarquement en français. À l’entendre frayer quotidiennement avec des héros sur un ton lyrique, on lui en avait un peu accordé le statut par association.

Malheureusement, comme Janus, l’histoire offre toujours deux visages. Monsieur Ouimet a terminé sa carrière de journaliste en occupant un poste de vice-président à la Société Radio-Canada. L’administration est le deuxième temps de sa vie professionnelle et ce n’est pas le plus brillant. Il était toujours au service de l’armée et n’a pas su s’ouvrir à d’autres formes de communications. Avait-il atteint le plus haut degré de son incompétence ?

Je donne un exemple probant. Il y eût à Ottawa dans les années 70 un congrès des réalisateurs de films d’art. Jean-Marie Drot en était la grande vedette. Jacques Godbout, réalisateur à l’ONF, Jean-Guy Pilon, superviseur des émissions culturelles et moi-même, réalisateur à l’émission Présence de l’art, avions été invités à un cocktail offert par Radio-Canada.

Le grand journaliste Ouimet affirma alors de sa voix la plus tonitruante qu’une émission diffusée sur les ondes de Radio-Canada sapait les fondements même de la démocratie en se moquant trop souvent de ses symboles. Nous avons tous insisté pour qu’il identifie cette honteuse émission dont il se promettait de tout faire pour qu’elle soit retirée de l’horaire.

Nous avons insisté à nouveau pour qu’il la nomme et sa réponse fut complétée par un grand éclat de rire. Les étrangers qui avaient assisté à l’échange n’y ont rien compris. L’ancien grand journaliste et ci-devant vice-président avait désigné sans broncher une émission d’humour du matin : Chez Miville !

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