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Bonne Saint-Jean
N° 231 - juillet 2004
Le clivage linguistique cautionne le démembrement
La communauté anglophone se replie sur elle-même
Mario Beaulieu
Dans le sillon de l’élection fédérale, la campagne référendaire sur le « démembrement » ou la défusion des villes, dont celle ayant cours à Montréal, attire beaucoup moins l’attention.

Selon Marie-France Leblanc, chercheure en études urbaines à l’UQAM, bien que certains arrondissements issus des anciennes municipalités francophones participent au courant défusionniste, il n’en demeure pas moins que le clivage linguistique alimente ces divisions à Montréal. Selon elle, ce clivage risque de s’aggraver avec les défusions, en contribuant au repli de la plus importante communauté anglophone du Québec – celle de l’Ouest de l’île – ce qui aura un impact négatif sur les enjeux métropolitains, tant économiques que sociaux.

Plusieurs de ces villes de l’Ouest de l’île, telles que Beaconsfield, Pointe-Claire, Côte-Saint-Luc, Montréal-Ouest ou Hampstead refusaient de se conformer aux exigences de la loi 101 et affichaient toujours en anglais seulement, malgré les démarches répétées de l’Office de la langue française. Robert Libman, alors qu’il était maire de Côte-Saint-Luc, refusait catégoriquement de respecter ses obligations linguistiques, notamment en termes de signalisation routière.

Seulement une des 19 villes ayant contesté juridiquement la loi sur les fusions provenait de la région de Québec. Les municipalités de l’Ouest de l’île ont constesté la fusion en alléguant qu’elle visait à affaiblir la minorité anglophone de Montréal. La ministre d’État aux Affaires municipales et à la métropole à cette époque, Louise Harel, n’a pu s’empêcher de réagir aux propos des avocats de Westmount, qui plaidaient le caractère ethnique anglo-britannique de la ville pour contrer la fusion, en qualifiant cette attitude de vieux relent de colonialisme. Même un apôtre de la paix linguistique à tout prix tel que Michel C. Auger a constaté que le discours modéré était à toutes fins utiles disparu de la communauté anglophone.

Jean-Robert Sansfaçon en concluait que la communauté anglophone rejette la fusion aussi massivement parce qu’elle en est venue, avec le temps, à considérer ses gouvernements municipaux comme des lieux de défense de ses intérêts linguistiques, voire de sa conception politique du Canada. On se souviendra de ces municipalités anglophones prônaient la partition de leur ville si le Québec devenait indépendant.

Cependant, d’autres intervenants proches des milieux anglophones, tel que Jack Jedwab, directeur du Centre d’études canadiennes, élaborait une stratégie dans le cas où la fusion des villes de l’île de Montréal deviendrait réalité.

Il notait que beaucoup de résidents de l’île de Montréal ont voté pour le Parti libéral et pour le non aux référendums (environ 70 % de l’ensemble de la population de l’île, qui comporte 56 % de francophones). Spécialiste en démographie, il considérait que le pouvoir était à portée de main pour un « Parti libéral municipal ».

Le politologue Pierre Serré corrobore cette possibilité en précisant qu’à l’évidence, ce parti en gestation n’adhérera pas à la défense, à l’affirmation et à la promotion des droits de la majorité francophone. Il n’en aura jamais la volonté politique.

Un peu avant le déclenchement de l’élection fédérale, le maire Gérald Tremblay et Robert Libman, maintenant membre du comité exécutif de la ville, émettaient des déclarations sur la politique linguistique de la Ville de Montréal qui ont suscité quelques remous.

Dans une assemblée où il tentait de rallier les arrondissements de Côte-Saint-Luc, Hampstead et Montréal-Ouest, M. Libman a expliqué pourquoi il a changé de camp. Auparavant, il voyait dans la fusion la volonté du gouvernement du Parti québécois de « liquider le pouvoir du dernier bastion non francophone ». M. Libman expliquait qu’en se joignant au parti du maire Tremblay, les banlieues ont pris le pouvoir à l’hôtel de ville. Selon lui, les banlieues de l’ouest ont pu voter en bloc tandis que les élus de l’est sont demeurés divisés. « Et nous changeons la culture de ce conseil qui est composé à 40 % de non-francophones. Sept des 11 membres du comité exécutif sont des non-francophones. Les réunions du caucus se tiennent en anglais à 60 % ».

Un peu plus tard, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, tentait de rassurer des citoyens de l’ancienne ville de Côte-Saint-Luc en leur promettant un accroissement des services bilingues partout dans l’île de Montréal s’ils renoncaient au démembrement.

Michel Venne considérait que cet engagement du maire Tremblay comme une grave erreur. Il rappelle que l’avenir du Québec passe aussi par la capacité de cette ville d’intégrer les néo-québécois à la majorité de langue française puisque neuf immigrants sur dix s’établissent dans la métropole à leur arrivée.

La bilinguisation de Montréal favoriserait plutôt le contraire, c’est-à-dire l’intégration des immigrants à la minorité de langue anglaise. Le chercheur Charles Castonguay a montré qu’en situation de concurrence, l’anglais l’emportait plus souvent sur le français que l’inverse.

Ensuite, la voie du bilinguisme institutionnel est une incitation pour les autres composantes de la société, à commencer par les entreprises, à renoncer aux objectifs de la Charte de la langue française qui veut faire du français « la langue normale et habituelle » du travail, de l’école ou de l’administration.

Pendant la dernière campagne électorale municipale, Robert Perreault, qui a déjà été membre du comité exécutif de la Ville de Montréal et du gouvernement du Québec, expliquait que le gouvernement du Québec a prévu le statut francophone de la nouvelle ville. Il a également garanti par la loi les droits des anglophones des villes fusionnées de conserver le statut bilingue de leur ex-ville dans leur nouvel arrondissement. Mais toutes ces dispositions, si elles ont le mérite de clarifier le statut officiel de la nouvelle ville, laissent dans l’ombre tout un champ concret d’applications qui, selon les règles retenues, pourront faire la différence entre une institution municipale dont l’image soit vraiment française ou, plus souvent qu’autrement, tout simplement bilingue.

Indépendamment du résultat des référendums sur les défusions municipales, ce sera là le principal défi à relever pour faire de Montréal, une véritable métropole française en Amérique du Nord.

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