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Bonne Saint-Jean
N° 231 - juillet 2004
Plus on a de déchets, plus on a de problèmes
Le remède libéral : congédier les experts
Élodie Bedouet
Plus on a de déchets et plus on a de problèmes » s’exclame Michel Séguin, employé au Réseau des ressourceries du Québec et auteur du livre Le scandale des déchets au Québec. Pourtant, dans une entrevue qu’il a accordée la semaine dernière à l’aut’journal, Michel Séguin nous apprenait que de nombreux experts en gestion des déchets ont été mis à la porte par le gouvernement québécois.

Karel Ménard, directeur du Front commun québécois pour une gestion écologiste des déchets (FCQGED) fait partie des « coupés » puisqu’il n’a pas vu son contrat se renouveler. Aussi, s’est-il joint à notre entrevue pour nous faire part de son analyse sur la situation des déchets au Québec avant que son expertise ne soit enfouie elle aussi.

Le gouvernement québécois a donc supprimé de nombreux postes dans le domaine environnemental. « Les groupes écologistes sont de plus en plus fragilisés » soupire Michel Séguin qui ne travaille plus qu’à temps partiel depuis février. Il poursuit : « les entreprises d’économie sociale en environnement qui travaillent à valoriser les déchets, ont vu leur budget diminué de 150 000 $ en 2003 et les programmes en investissement ont tous été coupés ». Cette attitude offusque au plus haut point les écologistes, car on n’est pas sans se rappeler que Jean Charest était ministre de l’Environnement en 1993 au niveau fédéral et ses préoccupations écologiques, s’il en avait, semblent totalement oubliées aujourd’hui.

Certains écologistes pensent que les postes coupés seraient réhabilités à Recyc-Québec, une agence gouvernementale spécialisée en matière résiduelle. Toutefois, Michel Seguin reste perplexe, car aucun crédit budgétaire n’a été accordé à Recyc-Québec pour financer de nouveaux emplois. De plus, les agences gouvernementales ne sont pas soumises aux mêmes lois que le ministère de l’Environnement et elles n’ont donc aucune obligation d’acheminer un programme jusqu’aux échéances prévues. Alors, que cache cette mascarade ?

C’est simple, en agissant de la sorte, le gouvernement québécois se débarrasse de nombreux experts en gestion des déchets au Québec, un dossier qui pourtant devrait être au cœur des préoccupations des citoyens. En effet, 6,5 millions de tonnes de déchets ont été enfouis au Québec en 2002 dont 20 % se sont retrouvées sur le site de Sainte-Sophie. Karel Ménard stipule que « 85 % des déchets enfouis au Québec ne devraient pas l’être. Il faut d’abord réduire les déchets à la source et enfouir ce qu’on n’a pas pu diminuer, donc les déchets ultimes ».

Il explique que les quatre méga sites québécois à savoir : Sainte-Sophie, Lachenaie, Saint-Nicéphore et Sainte-Geneviève de Berthier enfouissent les matières résiduelles de manière pêle-mêle. « Aucun tri n’est fait, ce qui crée des problèmes environnementaux importants comme la formation de méthane. Le triage des sacs verts diminuerait nettement le volume de déchets enfouis, car beaucoup de Québécois jettent encore trop de choses recyclables. De même que le compostage permettrait de faire disparaître les odeurs nauséabondes des mégasites ».

Michel Séguin et Karel Ménard ont calculé que, pour une même quantité de déchets à gérer, l’enfouissement ne crée qu’un seul emploi comparativement à 8 pour le recyclage et 37 pour la réutilisation des matières résiduelles. La valorisation des déchets favorise donc l’environnement et peut développer le secteur économique dans les régions. « C’est pour cette raison que le gouvernement québécois doit encourager cette voie ainsi que l’enfouissement sélectif. Halifax compte 300 000 habitants et ce contrôle sélectif lui a permis de réduire ses déchets de 60 % », conclut Michel Séguin.

Par ailleurs, Karel Ménard ajoute que « l’un des problèmes majeurs au Québec, c’est que 2/3 des déchets québécois sont entreposés dans les mégasites. Au Front Commun québécois pour une gestion écologiste des déchets, on est contre le syndrome NIMBY (Not In My Backyard) du “ pas dans ma cour ! ” ». En effet, certaines municipalités comme celle de Laval, ne veulent pas gérer leurs propres déchets et les exportent vers les mégasites.

Ceux-ci reçoivent alors trop de déchets, ce qui affecte directement les nappes phréatiques et c’est pour cela que des villes comme Sainte-Anne-des-Plaines se retrouvent avec des terrains contaminés. Dans ces cas là, personne ne veut payer pour décontaminer les sols et la justice n’arrive pas à déterminer qui doit écoper pour les préjudices subis tant au plan environnemental que médical.

Pour éviter ce genre de situation, le directeur de la FCQGED propose de responsabiliser les villes en établissant le principe de régionalisation, c’est-à-dire qu’il souhaiterait que chaque municipalité ou chaque région, dépendamment de la population et de la superficie, gère ses propres déchets afin de sensibiliser les citoyens : « tu produis un déchet, tu le gères ! ».

En effet, la proximité des sites d’enfouissement ferait prendre conscience aux habitants de ne pas acheter de produits jetables et les pousserait à réfléchir davantage sur leur propre consommation. Ainsi, les 3R (Réduction, Réutilisation et Recyclage) constituent véritablement la base de la gestion des déchets pour les écologistes et les sites d’enfouissement, nécessaires pour les déchets ultimes, seraient alors restreints et inodores.

Quant à la gestion des déchets par l’incinération, Karel Ménard estime que « 300 000 tonnes sont incinérées au Québec alors que c’est la pire façon de disposer des déchets. Les cendres contaminent les sols et les rivières par le facteur éolien, ce qui affecte directement l’environnement et la santé de la population, pouvant générer des cancers et affecter la croissance des jeunes. Bien sûr, ces conséquences ne sont pas prises en considération par les municipalités ni par le gouvernement et c’est pour cette raison que l’on continue à le faire ».

Par ailleurs, Michel Séguin et Karel Ménard s’entendent pour dire que ces problèmes pourraient être évités si les municipalités se responsabilisaient en instaurant le principe de précaution avant de vendre des terrains proches de ces incinérateurs.

Néanmoins, les déchets constituent une grande source de profits pour les entreprises privées. La surproduction des déchets ne coûte pas cher à disposer pour les entreprises, car elles obtiennent des prix préférentiels pour des grosses quantités de déchets à éliminer.

« Les déchets sont une grosse business, mais il faut savoir bien les utiliser. La maximisation des déchets peut contrer l’enfouissement massif et créer davantage d’emplois. Le gouvernement québécois doit aussi être conscient de cela », conclut Michel Séguin.

D’ici là, la surconsommation fait donc vivre ce secteur et justifie l’implantation des mégasites, au détriment de la santé de la population et de l’environnement.

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