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Bonne Saint-Jean
N° 231 - juillet 2004
Feu vert à l’utilisation d’armes nucléaires tactiques
Le Congrès avalise la première frappe préventive
Michel Chossudovsky
Nous sommes à l’aube de l’une des plus sérieuses crises de l’histoire moderne. À la suite des événements tragiques du 11 septembre 2001, dans la plus grande opération militaire depuis la seconde Guerre mondiale, l’administration Bush s’est lancée dans une aventure guerrière qui menace l’avenir de l’humanité.

Les contraintes multilatérales de la Guerre froide en ce qui a trait à la production et à l’utilisation d’armes nucléaires ont été éliminées.

Alors que le réseau Al Quaïda est présenté à l’opinion publique comme une menace nucléaire, le Sénat américain a donné le feu vert à l’utilisation d’armes nucléaires tactiques dans les théâtres de guerre conventionnelle contre des « États voyous » et des organisations terroristes. Selon le Pentagone, ces armes seraient « sans danger pour les civils. »

Le Pentagone dispose d’une « feuille de route ». Les guerres en Afghanistan et en Irak font partie d’un projet militaire plus large lancé à la fin de la Guerre froide. Il s’agit d’une continuation de la Guerre du golfe de 1991 et des guerres menées par l’OTAN en Yougoslavie (1991-2001).

L’invasion et l’occupation de l’Irak étaient déjà en préparation depuis le milieu des années 1990. Un document de la sécurité nationale de l’administration Clinton datant de 1995 énonçait clairement que l’objectif de la guerre contre l’Irak était le pétrole.

En septembre 2000, quelques mois avant l’accession de Georges W. Bush à la Maison-Blanche, le Project for a New American Century (PNAC) publiait son plan de domination globale sous le titre « Reconstruire les défenses de l’Amérique ».

Le PNAC est un « think tank » néo-conservateur lié aux milieux du renseignement et de la défense, au Parti républicain et au puissant Council on Foreign Relations (CFR) qui joue un rôle important et discret dans l’établissement de la politique étrangère des États-Unis.

Ses objectifs déclarés sont: de « défendre le territoire américain, mener et remporter de façon décisive des guerres multiples et simultanées, jouer le rôle de “ gendarme ” dans les régions critiques du monde et, finalement, transformer les forces américaines pour exploiter la “ révolution technologique au plan militaire ” ».

Le secrétaire adjoint à la défense Paul Wolfowitz, le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld et le vice-président Dick Cheney ont approuvé le plan du PNAC avant les élections présidentielles de 2000.

Ce dernier propose une feuille de route militaire dans différentes régions du monde. Il appelle à « l’imposition directe d’avant-postes » américains à travers l’Asie centrale et le Moyen-Orient, dans le but de s’assurer de la domination économique et de l’étranglement de tout rival potentiel ou de toute alternative viable à la vision américaine d’une économie de libre-marché.

Distincte d’une guerre conventionnelle, les soi-disant fonctions de « gendarme » impliquent une forme de maintien de l’ordre utilisant divers instruments d’intervention militaire comme les bombardements punitifs et l’envoi de forces spéciales.

La « révolution technologique au plan militaire » dont parle le PNAC est en fait le développement de nouveaux systèmes d’armement : le Strategic Defense Initiative, la militarisation déjà amorcée de l’espace et le développement d’une nouvelle génération d’armes nucléaires.

Le Strategic Defense Initiative comprend non seulement le controversé bouclier anti-missiles, mais aussi une grande variété d’armes offensives guidées au laser capables de frapper des cibles n’importe où dans le monde. Dans cet arsenal militaire, il faut également mentionner les instruments de la guerre climatique développés par la US Air Force dans le cadre du High Altitude Auroral Research Program (HAARP). Selon les déclarations officielles ainsi que les études scientifiques concernant cette nouvelle génération d’armes, le projet HAARP est déjà pleinement opérationnel, avec la capacité de déclencher des inondations, ouragans et tremblements de terre. D’un point de vue militaire, HAARP est une arme de destruction massive, capable de déstabiliser les éco-systèmes ainsi que et l’agriculture de régions entières.

Un autre système d’armes stratégique est le projet FALCON du Pentagone. FALCON peut frapper n’importe où sur la planète à partir des États-Unis. Ce système de missiles hypersonique de croisière, à être développé par Northrop Grunman, permettrait aux États-Unis de mener des frappes à l’échelle mondiale sans avoir à compter sur ses bases militaires à l’étranger.

L’administration Bush a adopté une politique de « première frappe préventive » nucléaire, qui a maintenant reçu l’aval du Congrès. Les armes nucléaires ne sont plus une arme de dernier recours comme à l’époque de la Guerre froide.

Dans un document confidentiel du Pentagone présenté au Sénat américain en 2002, l’administration Bush établissait un plan pour une première frappe nucléaire non seulement contre « l’axe du mal » (Irak, Iran, Libye, Syrie et Corée du nord) mais aussi contre la Chine et la Russie. Le Los Angeles Times rapportait à l’époque que ce plan avait reçu l’appui du Parti républicain et des « think tank » conservateurs de Washington.

Les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël ont une politique nucléaire coordonnée. Les têtes nucléaires israéliennes sont pointées vers les principales villes du Moyen-Orient. Les gouvernements des trois pays ont affirmé très clairement, au cours des mois précédant la guerre en Irak, qu’ils étaient prêts à utiliser des armes nucléaires s’ils étaient attaqués avec de supposées « armes de destruction massive ».

À peine quelques semaines après l’entrée des marines américains dans Bagdad, en avril 2003, le Sénat américain donnait le feu vert au développement d’une nouvelle bombe nucléaire tactique, à être utilisée dans les théâtres de guerre conventionnelle, avec une force de frappe de un tiers jusqu’à six fois la bombe d’Hiroshima.

Pour justifier ces actions militaires préventives, il s’agit en quelque sorte de « fabriquer » une menace terroriste – sous la forme d’un ennemi extérieur. Il s’agit également de lier ces menaces terroristes à des « États voyous ».

Énoncées dans la « National Security Strategy » (NSS) en 2002, la doctrine de la « guerre défensive » préventive et la « guerre au terrorisme » contre Al Quaïda constituent les pièces maîtresses de la campagne de propagande du Pentagone. Dans la foulée des événements du 11 septembre 2001, l’option nucléaire est intimement liée à la « guerre au terrorisme ».

L’objectif est de présenter les « actions militaires préventives », comme des actes d’autodéfense contre deux catégories d’ennemis (le terrorisme islamique et les « États voyous ») qui sont tous deux accusés de posséder des armes de destruction massive.

Les armes nucléaires sont présentées comme des armes défensives à être utilisées contre les « États voyous » et les terroristes, incluant Al Quaïda.

La propagande de la CIA et du Pentagone présente Al Quaïda comme étant capable de développer une arme nucléaire. Le Washington Times rapportait en juin 2003 que, selon la CIA, les terroristes islamistes ont à leur disposition un vaste arsenal pour mener des attaques biologiques, radiologiques ou nucléaires.

Le fait que la « guerre au terrorisme » soit fabriquée de toute pièces est amplement documenté. La menace nucléaire posée par Al Quaïda est également fabriquée, dans le but de justifier la politique nucléaire de Washington. Inutile de préciser que les attaques du 11 septembre 2001 ont aidé à galvaniser l’opinion publique, surtout aux États-Unis, en faveur de la doctrine de « guerre préventive ».

Alors que les yeux des médias sont rivés sur le terrorisme islamique, les menaces à la sécurité mondiale découlant de la doctrine nucléaire préventive de Washington ne sont guère mentionnées.

Dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, la « guerre au terrorisme » constitue un camouflage d’objectifs plus larges liés à l’expansionnisme militaire et économique américain. L’objectif à plus long terme vise la déstabilisation de la Russie et de la Chine.

L’articulation de l’agenda de guerre américain coïncide avec une dépression économique mondiale causant l’appauvrissement de millions de personnes. La crise économique est un résultat direct des politiques macro-économiques prônées par la Banque mondiale, le FMI et l’OMC. De façon plus générale, les accords de libre-échange et les privatisations sous-jacentes à la politique néo-libérale ont contribué à l’affaiblissement de l’économie civile.

La récession frappe l’économie civile, mais tend à favoriser la croissance de l’industrie militaire. Le virage vers une économie de guerre a mené à l’adoption de mesures d’austérité appliquées à tous les secteurs des dépenses civiles incluant les investissements publics dans les infrastructures et les programmes sociaux. En Amérique du Nord et au sein de l’Union européenne, des ressources étatiques qui étaient autrefois allouées à la santé et à l’éducation sont redirigées vers la défense.

L’économie de guerre ne résoudra pas le problème croissant du chômage. Cette nouvelle direction de l’économie américaine axée sur le complexe militaro-industriel générera des centaines de milliards en profits, tout en contribuant de façon très marginale à la reprise de l’emploi.

La guerre et la mondialisation vont main dans la main. Le pouvoir des financiers de Wall Street et des géants américano-britanniques du pétrole et de l’armement sont sans l’ombre d’un doute derrière ce processus, qui consiste à étendre les frontières de l’économie mondiale.

Le but de la nouvelle guerre américaine est de transformer des nations souveraines en territoires ouverts (zones de libre-échange), aussi bien par l’imposition des réformes économiques néolibérales que par l’entremise d’interventions militaires

L’objectif derrière cette guerre est en bout de ligne la re-colonisation non seulement de la Chine et de l’ancien bloc soviétique, mais aussi du Moyen-Orient et de la péninsule indienne. Le développement de l’arsenal nucléaire américain et l’usage « préventif » d’armes nucléaires dans des théâtres de guerre conventionnelle sont partie intégrante de ce projet de conquête.

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