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Bonne Saint-Jean
N° 231 - juillet 2004
L’union économique ?
Une solution anti-américaine
André Maltais
Les compagnies énergétiques manigancent contre le Mercosur en proposant une crise argentine

La compagnie espagnole de l’électricité Endesa a créé une pénurie d’électricité en Argentine pour imposer une hausse de tarifs, mais aussi pour faire pression sur le Chili dont l’alimentation des centrales électriques dépend fortement du gaz importé d’Argentine. Endosa contrôle 20 % de la capacité de production argentine (grâce à sa filière Edesur); elle est aussi très présente au Chili via la filiale Endesa Chile,

Selon l’étude de la FLACSO, les conditions imposées par le FMI à l’Argentine font en sorte que le secteur gazifère argentin peut exporter presque à volonté. Ainsi, au cours des cinq dernières années, la production de gaz a augmenté de 36 % mais les exportations de cette production (plus rentables que la consommation intérieure) ont été multipliées par douze!

Les entreprises ont totalement négligé les réseaux de distribution pour la consommation interne afin de se concentrer sur les gazoducs d’exportation, surtout vers le Chili.

Selon l’Agence journalistique du Mercosur (APM), les multinationales étrangères de l’énergie visent bien davantage que la hausse de leurs tarifs. Elles cherchent à torpiller le projet d’intégration commerciale entre les pays d’Amérique du Sud (Mercosur) qu’appuient surtout l’Argentine, le Brésil et le Venezuela.

À la fin de l’hiver dernier, la crise devenant « inévitable », le gouvernement argentin de Nestor Kirchner réduisait ses exportations de gaz au Chili pour assurer sa demande interne. L’effet au Chili a tout de suite été dramatique. La réduction de 14 % du gaz importé a affecté l’alimentation des centrales électriques chiliennes et fait bondir les tarifs d’électricité.

Le 7 avril, le Chili dépose même une plainte formelle auprès de l’Argentine dans laquelle le président Ricardo Lagos dit que les mesures de restriction des exportations de gaz naturel vers son pays ont miné la confiance entre les deux pays voisins.

Or, le Chili est l’allié privilégié du gouvernement de Bush dans la lutte pour imposer la ZLÉA. Il a signé un accord bilatéral avec Washington et il joue, dans le Mercosur, le même rôle que la Grande-Bretagne dans l’Union européenne.

Le Brésil et l’Uruguay ont aussi été affectés par la mesure argentine et le président uruguayen, Jorge Battle, a déclaré que « l’Argentine n’est pas prête pour une intégration énergétique dans le Mercosur ».

Dans un tel contexte, le nouvel accord entre la Bolivie et l’Argentine n’a rien pour fortifier le Mercosur puisqu’il est conditionnel à ce que l’Argentine ne vende pas au Chili le gaz importé de Bolivie.

Cette condition prend pour prétexte le ressentiment anti-chilien d’une partie de la population bolivienne, sentiment manipulé par les grands médias et surtout l’aile dure des militaires boliviens et son représentant politique, la Nouvelle force républicaine de Manfred Reyes Villa.

Ces secteurs durs paniquent depuis le soulèvement d’octobre et s’activent, de concert avec l’ambassade états-unienne, à raviver la question de l’accès à la mer dont la Bolivie est privée par le Chili depuis 1879.

Pourtant, les organisations populaires insistent pour séparer la demande d’accès à la mer de celle de ne pas exporter le gaz au Chili ou ailleurs. « La question de l’accès à la mer est une question de justice internationale et de réparation historique et non un simple prétexte à du commerce entre transnationales et elle doit être traitée comme telle », affirme la coordination Février bolivien.

Côté chilien, tant le gouvernement que la droite font semblant de croire à un sentiment anti-chilien généralisé des Boliviens pour user de cet argument contre une intégration du pays au Mercosur. « Pourtant, écrit le journaliste d’enquête Isaac Biggio, la seule possibilité qu’aurait la Bolivie d’avoir un accès direct à la mer est de parvenir à une union économique avec ses voisins ».

Il cite l’exemple de pays européens comme la Hongrie, l’Autriche et les républiques tchèque et slovaque qui ont accès à des mers grâce à l’Union européenne et, avant celle-ci, au bloc des pays de l’Est.

« La Bolivie pourrait se confédérer avec le Pérou, le Chili, l’Argentine ou le Brésil et le problème de l’accès maritime serait réglé », souligne-t-il. De plus, ajoute Biggio, le Chili réclame un accès à l’Amazonie et aux lacs de l’Altiplano et une confédération avec la Bolivie satisferait tout le monde.

De même, le président Hugo Chavez du Venezuela a proposé une solution à la crise énergétique argentine, solution qui n’a pratiquement reçu aucune attention médiatique parce qu’elle était un trop bon exemple de coopération entre pays du sud n’impliquant aucune entreprise transnationale.

Le Venezuela proposait d’échanger cinq millions de barils de combustibles et d’essence diesel pour remplacer le gaz manquant aux centrales électriques argentines contre des aliments et des produits manufacturés.

Mais c’est exactement le genre de solution dont ne veulent ni les États-Unis, ni le FMI ni les transnationales qui préfèrent ce qui divise entre eux les pays du Sud à ce qui les unit.

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