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Paul W. Martin
N° 230 - juin 2004
Commentaire
Ras le bol de Picasso
Gilles Derome
Les céramiques de Picasso seront exposées tout l’été au Musée national du Québec. L’homme cultivé qui s’intéresse aux arts de tous les pays et de toutes les époques est comblé. Ceux qui ne connaissent pas cet aspect de la vie de Picasso profiteront de l’événement pour faire du rattrapage mais ceux qui s’intéressent plus particulièrement à la céramique seront un peu frustrés.

Il y a parmi nos contemporains, au Japon en particulier, pour ne nommer qu’un seul pays, des céramistes qui ont vraiment pris au sérieux l’art de la terre cuite. Ce qui pour Picasso a été amusement de sculpteur costumier qui habille des vases ou distraction de grand couturier graphiste qui modèle des pots est pour d’autres un surgissement de l’intérieur.

Déjà en 1955, Germain Bazin, dans la revue Critique, cernait le problème. Picasso, écrivait-il, a donné récemment du lustre aux humbles manufactures artisanales de Vallauris. Picasso avait tout simplement donné l’occasion aux manufacturiers de Vallauris de se revaloriser en faisant des copies de ce qu’il avait produit dans les années 47-50. Et les céramiques originales de ces années sont rares.

Les grands potiers au Japon, je pense à Hamada, à Kamoda, à Shimaoka, à Stuji, pour n’en nommer que quatre que j’ai visités, ne font pas de la décoration comme certains architectes collent des appliques sur des structures qu’il vaut mieux tenir cachées. Ces potiers japonais ne dessinent pas des écritures sur des soupières, ils soulignent des inhérences. Ils nous font voir ce qui appartient essentiellement à un être de terre qu’ils habitent de l’intérieur.

C’est la leçon à tirer de cette exposition Picasso. On peut dire que ses mensonges sont perpétuellement sincères et qu’ils marquent toutes les étapes de son œuvre. Protée Picasso a toujours su occuper avec art tout l’espace médiatique. À preuve, son œuvre décroche encore des pleines pages dans le plus pur m’as-tu-vu du fast-food de l’esprit et partage avec celle de Dali le secret de ces réapparitions parismatchiennes dans toutes les émissions culturelles.

Picasso aura paradoxalement le mérite de nous rappeler que la maîtrise du plus grand aquaplaniste ne remplace jamais l’art de celui qui œuvre en silence. Picasso a bien surfé, mais n’a pas délogé Braque.

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