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Une guerre humanitaire
N° 204 - novembre 2001

Le grognement du bacon
Roméo Bouchard *

Entre le porc et le film



c; L'intérêt exceptionnel que suscite l'Union paysanne en formation et le succès de foule que connaît présentement en région Bacon le film témoignent de cette prise de conscience collective qui rejoint les grands enjeux de la mondialisation et de la société civile.

Même si l'agriculture avait gardé jusqu'à récemment un caractère largement familial au Québec, le modèle industriel et productiviste y a fait des progrès rapides ces dernières années, plus particulièrement depuis les ententes de l'ALENA.

Cette agriculture d'affaires, axée sur les marchés d'exportation, soulève de sérieuses inquiétudes chez les citoyens ruraux qui en subissent les conséquences sociales et environnementales dans leur milieu, et chez les consommateurs, qui sont de plus en plus méfiants face à l'alimentation standardisée issue de cette agriculture.

Bacon, le porc

Le véritable sujet du film Bacon concerne précisément les effets pervers de ce modèle productiviste prédominant dans l'industrie porcine québécoise 0 la gestion liquide des fumiers et ses effets sur la contamination de l'eau et de l'air, la déforestation, la désertification et la destruction des paysages ruraux, la santé des animaux entassés en captivité et l'usage abusif qui s'en suit des médicaments et stimulants de croissance. On traite également de l'élimination des fermes familiales autonomes et du dépeuplement des campagnes, du mépris de la démocratie locale bâillonnée par les lois 23 et 184 pour laisser le champ libre à l'industrie.

Bacon, le film

Après une quinzaine de représentations à Chicoutimi, Québec et Montréal, le film fait présentement salle comble (entre 200 et 600 personnes par représentation) un peu partout à travers le Québec, lors de projections organisées par des groupes d'étudiants, de citoyens et de militants environnementaux. On estime que plus de 20 000 personnes auront assisté à ces projections interactives d'ici la présentation du film à Télé-Québec le 12 novembre, 20h.

Le jeune réalisateur Hugo Latulippe fait la tournée avec son film, qu'il a conçu comme un outil de sensibilisation et de mobilisation, généralement accompagné d'un représentant de l'Union paysanne, qui propose justement l'alternative à ce modèle industriel qui détruit le « pays ». Divers intervenants prennent part aux débats qui suivent les projections.

Bacon, la critique autorisée

Les grands absents sont les représentants de l'UPA et du gouvernement – en particulier des ministères de l'Agriculture et de l'Environnement – directement mis en cause par le film, et qui ont imposé le silence à leurs commettants. Lorsqu'ils se commettent, c'est souvent en envoyant des subalternes au bâton pour dénoncer le parti-pris du film et réaffirmer, à l'encontre des faits troublants rapportés dans le documentaire, que l'industrie porcine québécoise est sécuritaire, produit de la viande de qualité, a une excellente réputation dans le monde, obéit à des normes parmi les plus sévères au monde – avec comme résultat que toutes les régions centrales du Québec sont en surplus de phosphore ! – et rapporte beaucoup d'argent. Mais on ne dit pas à qui !

Bacon le produit

Les représentants de l'industrie refusent de reconnaître les dangers inhérents aux procédés et modèles industriels qu'ils utilisent et que les accomodements auxquels ils consentent ne remettent pas en cause le modèle et les volumes de production, en plus d'en imposer les coûts aux contribuables. C'est le cas notamment des projets de traitement des lisiers.

De plus, ils semblent ignorer les mesures de correction déjà engagées dans la plupart des pays européens 0 interdiction des hormones et antibiotiques comme stimulants de croissance; interdiction des OGM et des farines carnées; interdiction des cages abusives pour les truies, les veaux et les poulets; modulation dégressive des subventions agricoles en faveur des fermes à échelle humaine, qui pratiquent le pâturage des animaux, les élevages sur litière, la protection des cours d'eau, des sols et des payages, en en mot, les fermes qui respectent la multifonctionnalité de l'agriculture.

Bacon, l’industrie

Même les États-Unis reconnaissent que le mode de subvention actuel favorise la concentration et proposent de cesser toute subvention aux fermes dont les revenus dépassent 250 000 $, ce qui est sensiblement le seuil à partir duquel une ferme bascule dans le modèle industriel.

Bacon, le porcelet

Le film apporte ainsi de l'eau au moulin de la nouvelle Union paysanne qui compte déjà plusieurs centaines d'adhérents, producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs, qui ont l'intention d'exiger un virage de l'agriculture vers une agriculture paysanne, axée sur la souveraineté alimentaire plutôt que sur l'exportation, sur le soutien aux producteurs diversifiés, à échelle humaine, respectueux de la nature des sols, des cultures et des animaux, qui occupent la campagne et préserve ses communautés.

Pour ce faire, la nouvelle union, incorporée selon la Loi des Syndicats professionnels, entend contester en temps et lieu le monopole syndical de l'Union des producteurs agricoles (UPA) et le monopole de ses quotas de production et de ses plans conjoints de mise en marché qui ne laissent plus de place pour les producteurs paysans, biologiques, marginaux, à temps partiel ou autres.

Bacon, le bécune

L'Union paysanne prend argument du fait que les deux gouvernements donnent chaque année un milliard de dollars aux agriculteurs du Québec (ce qui constitue en moyenne 50 % de leur revenu), pour exiger que les citoyens aient leur mot à dire sur le type d'agriculture et d'alimentation qui se fait. 12 % de gros producteurs industriels s'approprient près de 50 % de ces montants tandis que 22 % de petites fermes familiales se partagent 7 % du gâteau.

Les politiques agricoles sont un puissant levier pour influencer le type d'agriculture et de campagne qu'on veut. Au lieu de subventionner une poignée de gros intégrateurs qui vident et polluent les campagnes pour encaisser les revenus d'exportation, il faut soutenir ceux qui produisent une nourriture saine, diversifiée et personnalisée, et qui protège nos campagnes, nos rivières, notre eau potable, nos boisés, nos paysages, en un mot, les « paysans » qui nourrissent et font le « pays ».

L'Union paysanne a déjà réussi à porter le débat au niveau de tous les citoyens, urbains aussi bien que ruraux, et le retour des jeunes dans l'action est prometteur.

* Président de l'Union paysanne.

On peut rejoindre l'Union paysanne au (418) 492-7692. Site Web 0 www.unionpaysanne.com

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