L'aut'journal
Le jeudi 17 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Une guerre humanitaire
N° 204 - novembre 2001

Une guerre mondiale médiatiquement assistée
Élaine Audet

Femmes et médias



Les attentats du 11 septembre ont permis encore une fois de constater l’écart énorme entre les hommes et les femmes dans les médias. L’analyse du contenu des médias durant la crise montre qu’il n’y a pas vraiment de différence d’opinion selon l’âge ou les options politiques traditionnelles, mais un décalage important entre les hommes et les femmes quant à leur appui à la guerre et à leur présence dans les médias pour commenter les événements.

Une crise d’envergure comme celle que nous vivons présentement révèle que la majorité des reportages et des opinions exprimées le sont par des hommes. Il en résulte que ce sont presque exclusivement des hommes qui dominent les débats en ce moment et qui influencent notre perception des événements et de la riposte à privilégier.

Une affaire d’hommes

Tout se passe comme s’il s’agissait d’une affaire d’hommes, initiée par eux et qui ne peut être correctement analysée et résolue que par eux. Toutefois, sans oublier de mettre en évidence, comme il se doit, leur femme alibi de service, Condoleeza Rice. Il aurait paru inconcevable, avant le 11 septembre, que les femmes, qui forment 50 % de la population, puissent être ainsi marginalisées, comme dans le bon vieux temps. Ceci tend à démontrer qu’en dépit des gains acquis ces dernières années pour ce qui est de l’équité avec leurs confrères dans les médias, elles peuvent être écartées à tout moment quand les maîtres du monde le jugent nécessaire.

Le commentateur d’un reportage sur les Afghanes s’étonnait qu’elles continuent à porter la burqa après avoir quitté leur pays. Comme si l’ordre promulgué par leurs pères, leurs maris, leurs frères allait disparaître par enchantement une fois les frontières franchies. Malheureusement, la marginalisation, l’exclusion et la violence envers les femmes ne connaissent pas de frontières. Le nouvel ordre mondial ne supporte ni la discordance ni les cris du cœur. Si la voix des femmes occupait la moitié de l’espace médiatique, on n’aurait sans doute pas l’impression d’une telle unanimité en faveur d’une riposte violente.

Le sexisme ordinaire dans les médias

Les femmes occupent cinq fois moins de place que les hommes dans la couverture médiatique mondiale, avec 18 % des personnes citées, et leur part n’a pratiquement pas progressé en cinq ans, selon une étude publiée par l’Association des femmes journalistes (AFJ) en France. Ce pourcentage était de 17 % en 1995. « À ce rythme, il faudra encore 160 ans pour atteindre 50 % dans la représentation et l’expression des femmes dans les médias », souligne l’AFJ. L’étude a été réalisée le 1erfévrier 2000 dans 70 pays selon la méthode Mediawatch consistant à décortiquer les principaux médias pendant une journée. On entend par personne citée toute personne présente à un titre ou à un autre dans les informations générales (interview, propos rapportés ou simple mention).

Dans une entrevue, les auteures de Dites-le avec des femmes (Éd. CFDT/AFJ, 1999), Virginie Barré, Sylvie Debras, Natacha Henry et Monique Tranquart, de l’Association des femmes journalistes, déclarent que « infantilisées, les femmes sont aussi très souvent invisibilisées 0 une sur trois est anonyme, contre un homme sur sept. Et dans un cas sur treize, les journalistes se contentent de citer leur prénom alors qu’ils ne prennent cette liberté que pour un homme sur cinquante ». C’est dans les agences de presse que les femmes sont plus nombreuses, sans doute, remarquent-elles, parce que la signature y est inconnue ! Sans nier que la situation des femmes dans les médias ait évolué, les auteures de cette minutieuse étude sur les différents aspects du sexisme dans les médias concluent cependant que nous assistons à une « féminisation sans féminisme ».

L’exception à la règle

La situation est différente sur Internet où beaucoup de femmes expriment leur opinion dans les listes de discussion telles NETFEMMES au Québec (netfemmes.cdeacf.ca) et SOS SEXISME en France (perso.club-internet.fr/sexisme). Et elles ont une totale visibilité sur les deux excellents sites féministes d’information CYBERSOLIDAIRES (cybersolidaires.cdeacf.ca) et LES PÉNÉLOPES (penelopes.org) que je vous recommande expressément. Il faut remercier les animatrices infatigables de ces sites et de ces réseaux, les Sharon Hackett, Maryse Rivard, Nicole Nepton, Michèle Dayras, Joëlle Palmieri et Dominique Foufelle, qui nous informent quotidiennement sur tous les aspects de la vie – politique, culturelle, sociale, économique – et nous permettent de prendre connaissance du point de vue diversifié d’un grand nombre de femmes sur les enjeux majeurs de notre époque.

Pour en savoir plus long sur l’activité grandissante des femmes dans les médias, il faut lire Femmes et médias à travers le monde/pour le changement social coordonné par Sharon Hackett qui vient de paraître en trois langues, anglais, espagnol et, en ce qui concerne le français, aux Éditions du remue-ménage en coédition avec WomenAction. Les auteures soulignent d’entrée de jeu que « les groupes de femmes qui travaillent dans les médias et le secteur des TIC (technologies de l’information et de la communication) savent que les médias de grande diffusion sont tout-puissants et asservis aux lois du marché, qu’ils servent à propager les opinions des sociétés patriarcales et restent en grande partie inaccessibles aux femmes ».

On y apprend les divers projets en chantier sur tous les continents visant à « rendre la technologie accessible aux femmes, particulièrement à celles qui sont depuis toujours défavorisées ». Le défi est de taille en Afrique, par exemple, où beaucoup de femmes ne savent pas lire et où personne ne les croit capables d’utiliser l’ordinateur. Pourtant, on a trouvé des solutions à ces problèmes 0 « Elles cliquent sur des illustrations (des visages, des services ou des projets) et écoutent une voix qui leur parle dans leur langue. »

Avec des programmes de formation aux nouvelles technologies, les réseaux, comme le Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF) au Québec, cherchent à construire des ponts entre les femmes et à s’opposer 0 à la réduction constante de l’espace que les médias leur accordent, à la perspective homme-femme, « définie par les hommes » qui infiltre la plupart des informations que nous transmettent les médias conventionnels, et à lutter contre les répercussions dévastatrices que la mondialisation a sur nos vies. Grâce à ces efforts concertés, dont le Québec est à l’avant-garde, la voix des femmes se fait entendre au niveau régional et international comme jamais auparavant.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.