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Paul W. Martin
N° 230 - juin 2004

L’alphabête
Robin Philpot et Pierre Dubuc
Interdire l’antenne à Lester c’est de l’humour noir ?

À niaisage, niaisage et demi ! Voilà comment on devrait décrire la saga Morissette - Péladeau. Une séance de niaisage de l’un provoque une réaction encore plus niaiseuse de l’autre. Mais de là à y voir le scandale du siècle en matière de censure dans nos beaux médias relève de l’indignation sélective ou de l’aveuglement volontaire.

Une anecdote, qui ne relève pas du niaisage, donnera peut-être des munitions à ceux et celles qui voudraient pousser de hauts cris. En décembre 2001, au nom de la Société Saint-Jean-Baptiste, j’avais la tâche, avec le président Guy Bouthillier, de trouver un journaliste québécois de renom pour présenter le lauréat du Prix Olivar-Asselin, décerné à une personne qui s’illustre dans le domaine du journalisme. Le récipiendaire était Normand Lester.

Oh ! Avions-nous oublié que Normand Lester fut congédié de Radio-Canada parce qu’il avait publié un livre critiquant le Gouvernement du Canada et sa Société Radio-Canada notamment pour avoir dépensé beaucoup d’argent, par des moyens occultes et détournés, pour blanchir l’histoire canadienne et gagner les cœurs et les esprits des Québécois et des Québécoises ? M. Lester devançait ainsi, de plus de deux ans, la vérificatrice générale du Canada. Drôle, n’est-ce pas, que l’on ne rappelle pas, à Radio-Canada, l’affaire Lester alors que la saga Morissette - Péladeau est sur toutes les lèvres, tout comme le « scandale des commandites ». Drôle aussi que depuis ce temps, même s’il a publié deux autres livres sur le même sujet, Normand Lester n’a jamais été invité à parler de ses recherches à Radio-Canada.

Revenons-en à la recherche du présentateur journaliste. Nous avons communiqué avec au moins cinq journalistes, tous très connus. Ils ont répondu : c’est grave ce que Radio-Canada fait à Normand mais je ne pourrais pas le faire, parce que… Suivait une litanie d’excuses qu’on pourrait résumer comme suit : « Je tiens à garder de bons liens avec Radio-Canada ! »

L’exception à cette désolante litanie fut Robert McKenzie, grand journaliste de Québec et chroniqueur parlementaire bien connu. D’aucuns lui attribuent la paternité du terme « Révolution tranquille », d’autres, « les trois colombes ». Déjà dans les années 1960, André Laurendeau a souligné l’excellence de McKenzie. À l’emploi du Toronto Star pendant 37 ans, Robert McKenzie expliquait aux Canadiens ce qui se passait au Québec. Lors de la remise du prix Olivar-Asselin, le 10 décembre 2001, il était encore à l’emploi du Toronto Star.

En présentant Normand Lester, Robert McKenzie a tenu à souligner à quel point l’opération que Normand Lester dénonçait dans son livre était répandue et généralisée au Canada. Pour l’illustrer, il a rappelé que, pendant le référendum de 1995 son propre journal, le Toronto Star a violé cavalièrement les lois québécoises en publicisant, à grand frais, la manifestation d’amour du 27 octobre 1995, à Montréal, et en nolisant des autobus pour que les lecteurs viennent appuyer le NON trois jours avant le référendum. Il a signalé aussi que des caricatures de son journal, choisies personnellement par le directeur John Honderich, avaient traité le Premier ministre du Québec de « Osama ben Landry », et ce, deux mois après le 11 septembre 2001.

Les foudres n’ont pas tardé. Malgré ses longues années de service, Robert McKenzie a été avisé, dans les jours suivants, qu’il n’écrirait plus jamais une seule ligne dans le Toronto Star. Hormis un article dans un quotidien montréalais, l’information sur ce congédiement n’a pas été reprise, ni commentée.

Deux cas de censure flagrants et graves dont personne ne parle, alors que tout le monde et son frère se scandalisent de l’horrible censure par Pierre-Karl Péladeau.

Faudrait-il conclure que nos commentateurs et nos humoristes savent aussi où loge le vrai pouvoir… et la vraie convergence ? Et ce n’est pas nécessairement sur la rue Frontenac ni la rue Alexandre-de-Sève !

L’ignoble accusation

Vigile, le site Internet souverainiste, a relevé les propos de Lysiane Gagnon, parus dans La Presse du jeudi 8 avril à propos de l’incendie de la bibliothèque de l’école juive. Sous le titre « L’ignoble attentat », Lysiane Gagnon écrivait : « Jusqu’à tout récemment, l’antisémitisme au Québec - le vieil antisémitisme “ canadien-français ” - était surtout affaire d’attitude: un mélange de méfiance, d’envie, d’ignorance crasse, d’hostilité plus ou moins ouverte envers les Juifs. (...) Hélas, nous voici au stade de l’acte. »

Vigile commente, en publiant la nouvelle d’accusations portées contre des citoyens d’origine arabe : « Madame » reconnaît « le vieux fond antisémite des canadiens-français... eh ben dis donc... cela avant même que la police ne découvre un coupable... le “ nous ” québécois coupable par association, par anticipation, par constipation... »

On peut trouver Vigile à l’adresse Internet suivante : http://www.vigile.net/

Les itinérants s’unissent contre l’incivilité

Le 11 mai, environ 70 intervenants ont remis des centaines de contraventions symboliques à la population dans le centre-ville de Montréal afin de la sensibiliser à la discrimination dont sont victimes les personnes en situation d’itinérance.

À l’approche de la saison estivale et alors que la Ville de Montréal et le SPVM ont clairement signifié leur intention de sévir encore davantage cette année auprès de ces personnes, les promoteurs de l’Opération Droits devant (qui regroupe une trentaine de groupes communautaires) souhaitent dénoncer le sort que leur réserve la judiciarisation à outrance dont elles sont l’objet.

En 2003, l’analyse de plus de 700 contraventions a démontré que les personnes en situation d’itinérance reçoivent des contraventions pour des incivilités commises par l’ensemble de la population, mais pour lesquelles on ne sévit qu’auprès d’elles. Cette situation relève de la discrimination pure et simple.

Face à cette situation, les promoteurs de l’Opération Droits devant ont sillonné des portions des rues St-Denis et Ste-Catherine et remis des contraventions symboliques aux personnes qui commettent des incivilités afin de les sensibiliser à la discrimination dont sont l’objet les personnes marginalisées. La contravention, sur laquelle est indiquée l’infraction commise et les frais qui y sont normalement reliés, permet au simple quidam de mesurer la banalité d’un geste commis quotidiennement (jeter de la cendre de cigarette par terre, traverser la rue ailleurs qu’à une intersection, être assis sur un muret de béton dans un parc, etc.) et pour lequel, pourtant, on ne sévit qu’auprès des plus démunis de notre société.

« Les gens comprendront soudainement que s’ils avaient les cheveux verts ou encore un habillement marginal, ils recevraient des contraventions pour avoir commis ces gestes », déclare Pierre Gaudreau, coordonnateur du RAPSIM.

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