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Pataplatte Premier
N° 229 - mai 2004
Un pays dont la devise est je m'oublie
Un jour je me suis demandé où était enterré Miron
Hélène Pedneault
Depuis l'accession au pouvoir du Parti québécois en 1976, et particulièrement depuis le référendum de 1995, il se livre une guerre féroce sur le territoire québécois

Une guerre qui ne fait pas de morts, qui ne verse pas de sang, une guerre qui ne fait même pas peur puisque c’est une guerre dont les armes sont des symboles. Toutes les batailles de cette guerre sont gagnées haut la main, au quotidien, par le fédéral.

Le moyen ultime de sauver le Québec, c’est de faire l’indépendance, bien sûr. Mais en attendant, on pourrait au moins ouvrir les yeux, arrêter d’avoir peur des mots, admettre que nous sommes en guerre et livrer les batailles sur le même terrain, la malhonnêteté chronique, la fraude et le mépris en moins, évidemment.

Un jour, je me suis demandé où était enterré Miron. Je ne le savais pas. Après enquête, j’ai découvert qu’il était enterré à Ste-Agathe, là où il est né. Même chose pour Anne Hébert, qui est enterrée à Ste-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, près de son « torrent ». René Lévesque n’est pas à New Carlisle, où il est né, mais au cimetière de Sillery, etc. Quand je vois à quel point les Français prennent soin de leurs morts, à quel point ils en sont fiers, je me dis qu’il nous manque quelque chose d’important chez nous. Même sur le plan touristique, on voit débarquer chaque année des dizaines de milliers de touristes au cimetière du Père-Lachaise ou au cimetière Montparnasse.

Alors je me suis dit qu’on allait réparer ça. Je me suis dit qu’un pays, ça se bâtit autant avec l’inspiration des morts qu’avec l’énergie des vivants. On pourrait imaginer de faire une carte du Québec qui s’appellerait par exemple « Où sont nos chers disparus ? », avec des points indiquant où dorment nos héros et nos héroïnes, carte accompagnée d’un petit fascicule avec leur photo et un résumé de leur biographie et de leur œuvre. En complément, on pourrait créer un site Web avec encore plus de contenu. À l’endos de la carte du Québec, il y aurait la carte des grands cimetières de Montréal, dont le principal, à Côte-des-Neiges, qui est presque une ville en soi, avec le parcours pour trouver facilement nos « chers disparus » et les visiter.

Quand je pense que la tombe d’Honoré Mercier est laissée à l’abandon, ça me fait mal au cœur. Et ça me dit beaucoup sur mon peuple…

Un jour, j’ai découvert que la rue Sherbrooke à Montréal, qui mesure 40 km et traverse la ville au complet d’est en ouest, était en fait la route 138. Alors je me suis dit que si on continuait toujours tout droit sur la rue Sherbrooke, vers l’Est, on aboutissait fatalement… à Natashquan ! Comme il y a au moins deux Québec, parce que Montréal n’est pas « attachée » comme du monde au reste du Québec, il faut absolument trouver des symboles pour unifier le Québec et attacher Montréal aux régions. Alors j’ai pensé qu’on pourrait mettre 4 panneaux de signalisation sur la rue Sherbrooke, à tous les 10 km, à partir de la pointe ouest, avec « Natashquan » écrit dessus, agrémenté d’une flèche qui indique « tout droit », 1300 km. Imaginez de voir ça sur la rue Sherbrooke ! Un sourire apparaîtrait sur le visage de tout le monde. Il me semble que ça nous ferait chaud au cœur.

De même, il faudrait mettre un panneau indiquant « Montréal, tout droit, 1300 km » à la sortie de Natashquan. On pourrait même penser à une campagne de publicité avec Vigneault pour l’inauguration des panneaux, un Vigneault qui expliquerait comment se rendre à Natashquan à un touriste ou à un insulaire qui n’est jamais sorti de son île! Ce sont des idées qui ne coûtent pas cher, mais qui, symboliquement, auraient un impact important sur notre fibre identitaire.

En fait, il nous faudrait repenser toute la signalisation du Québec, qui est une pitié. Les Français sont très forts dans ce domaine. Quand on sort de Marseille, des villes comme Paris, Lyon, Bordeaux et d’autres importantes sont déjà indiquées. Moi je me suis déjà perdue à 20 km de Montréal, sans carte : Oka était indiquée, mais pas Montréal ! De la même façon, à Joliette, sur un nouveau panneau gigantesque qui traverse l’autoroute, Lavaltrie est indiquée, mais pas Montréal ! Il y a seulement le chiffre « 40 » qui apparaît, comme si on devait savoir par cœur les numéros des routes et des autoroutes, surtout quand on est en visite !

En fait, il faudrait d’abord semer une cinquantaine de nouveaux panneaux de signalisation à travers le Québec, avec au moins les trois noms des villes fondatrices du Québec : Québec (1608), Trois-Rivières (1634) et Montréal (1642), plus d’autres importantes. Par exemple, en sortant de Rouyn, il faudrait avoir ces trois noms, plus Gaspé (Jacques Cartier en 1534), Chicoutimi, Sherbrooke et même Natashquan, qu’on pourrait répéter partout, pour sa valeur symbolique. Même chose en sortant de Chicoutimi : il faudrait avoir les trois noms, plus Gaspé, Rouyn, etc. Même chose en arrivant à Québec ou en sortant de Montréal, il faudrait avoir Chicoutimi, Gaspé, etc.

Les panneaux de signalisation sont un accès important au pays, où l’on a envie que les gens circulent et s’y retrouvent. Les patronymes de nos villes et de nos villages sont notre petite histoire, notre petite littérature. Et dans le cas où il existerait également un nom amérindien pour une ville qui porte le nom d’un saint catholique, je le mettrais en dessous du nom officiel, entre parenthèses. Et sur touts les panneaux qui nous disent « Bienvenue à … » telle ville ou village, j’ajouterais également le nombre d’habitants, des « âmes », comme on disait quand j’étais petite. Je ramènerais ce terme, d’ailleurs : « âmes », au lieu d’habitants. C’est bien plus joli !

Quand le Conseil de la souveraineté est allé à Jonquière en tournée, nous avons rencontré trois jeunes allumés. L’un d’entre eux nous a dit qu’il avait eu une bonne idée. Il s’était rendu compte que le 24 juin était la fête de tous les Québécois, qu’ils soient souverainistes ou non, et que les souverainistes n’avaient pas leur fête à eux et à elles. Il a donc eu l’idée de faire une nuit de poésie « dans la nuit du 31 juin au 1er juillet », a-t-il dit, croyant qu’il y avait 31 jours en juin. J’ai immédiatement recyclé son erreur en bonne idée ! Que diriez-vous de faire la fête de souverainistes chaque année… le 31 juin (en fait, le 1er juillet…) ! N’est-ce pas une date extraordinaire ? Il faut répandre cette idée à la grandeur du Québec et adopter cette date officiellement.

Etc. etc, etc, etc, à l’infini…

Extraits d’un texte livré par Hélène Pedneault lors de la SOIRÉE-DÉBAT DU 29 MARS, présentée par le Conseil de la souveraineté du Québec.

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