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Pataplatte Premier
N° 229 - mai 2004
En 15 ans l'Argentine est devenue une républiquette
L'ancien grenier du monde meurt de faim
André Maltais
Au cours de son histoire, le peuple argentin n'a presque pas connu la faim à l'échelle massive. Surtout que, après 1945, l'Argentine s'était dotée de l'une des meilleures distributions du revenu au monde grâce à d'extraordinaires structures industrielles et économiques d'État et à une production agroalimentaire diversifiée et principalement destinée à son marché intérieur ».

Celui qui parle ainsi est Alberto Jorge Lapolla, ingénieur-agronome et généticien, membre du Groupe de réflexion rurale argentin.

Le professeur Lapolla écrit que, en quinze ans, l'Argentine, autrefois « grenier du monde » et pays de la « meilleure viande du monde » est devenue une « républiquette » productrice de soja destiné au fourrage qui nourrit les troupeaux de Chine, d'Europe et des États-Unis.

Pendant ce temps-là, des millions de pauvres fouillent poubelles et décharges municipales à la recherche de nourriture. Selon l'Institut d'études sur l'État et la participation (IDEP), 105 personnes (55 enfants, 35 adultes et 15 personnes âgées) meurent quotidiennement en Argentine de causes reliées à la faim.

Pourtant, le pays produit encore le plus haut taux mondial d'aliments par habitant, soit annuellement 70 millions de tonnes de grain et près de 200 millions de têtes de bovins, ovins et porcins. En tout, 3500 kilos d'aliments par année par personne!

L'ingénieur Lapolla accuse les cultures transgéniques que les multinationales (Monsanto, Syngenta, Dupont, etc.) présentent faussement comme la panacée qui va pallier à la faim dans le monde. Cette année, le soja transgénique compte pour la moitié de la production argentine de grain et occupe 54 % de la superficie semée.

« Presque tout est exporté, dit-il, et le bétail étranger nourri avec le soja argentin inonde ensuite des marchés qui n'importent plus de viande argentine parce que nous limitons notre production bovine à ciel ouvert et en pâturages naturels pour faire de la place à l'expansion incontrôlée du soja transgénique ».

Ce commerce inutile enrichit les multinationales et fait en sorte que « le gouvernement argentin obtient des devises pour rembourser l'illégitime dette extérieure ».

La propagation ultra-rapide du soja transgénique a liquidé des dizaines d'activités liées aux productions alimentaire et industrielle et à la consommation comme les cultures horticoles, fruitières et apicoles, les pâturages, les forêts naturelles et commerciales de même que d'autres cultures : riz, pomme de terre, betterave, lentilles, petits pois, coton, lin, blé et maïs.

« Cela a gravement affecté la souveraineté alimentaire de la nation et nous oblige maintenant à importer du lait, du poulet, des lentilles, des pois. »

De plus, l'expansion du soya transgénique concentre la possession des terres comme jamais auparavant. Le recensement national agroalimentaire de 2001 révèle la disparition de 60 000 petits producteurs au cours des années 1991-2001 avec le résultat que 6200 propriétaires possèdent maintenant 49.6 % du total des terres dont 17 millions d'hectares sont aux mains d'étrangers.

Le professeur Lapolla ajoute que l'usage abondant d'agrotoxiques (au moins 150 millions de litres de glifosates annuellement) auxquels résiste le soja transgénique a transformé les zones affectées par la monoculture en « deserts biologiques » marqués par la disparition d'oiseaux, lièvres, crustacés, lombrics et même insectes.

Les agrotoxiques affectent particulièrement la microbiologie des sols qui n'arrivent plus à régénérer le processus de leur fertilité naturelle parce que les pesticides exterminent bactéries et autres micro-organismes à l'origine de celle-ci.

« L'approbation du maïs transgénique doublerait l'emploi de glifosates et précipiterait l'avènement de catastrophes écologiques imminentes ».

En plus des pesticides, les semences directes (faites directement sur la matière organique non-décomposée) provoquent à la longue une diminution de la température des sols qui détruit également leurs micro-organismes et leur capacité d'absorption d'eau, ce qui, en 2003, a transformé en catastrophes des inondations survenues dans la province de Santa Fe.

« En même temps, ajoute M. Lapolla, les arrosages d'agrotoxiques rendent malades, affectent le développement génital des enfants, décalcifient les os et tuent de nombreuses personnes pauvres qui ne trouvent souvent pour se nourrir que ce soja destiné aux animaux » !

Le soja, termine le professeur, propage une « agriculture sans agriculteurs » qui a comme conséquence finale « le génocide par la faim de notre peuple. Il pourrait bien être pour la nation ce qu'a été le modèle de la convertibilité du peso en dollar: la fête d'aujourd'hui devenant la tragédie de demain ».

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