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Pataplatte Premier
N° 229 - mai 2004
Le gouvernement prêt à tout sauf à dire le mot
Modernisation a meilleure presse que privatisation
Vincent Larouche
C'est tout un tollé qu'a déclenché Yves Séguin, le 31 mars dernier, en amputant de 5 millions $ le budget de Télé-Québec. Le même jour, sur les ondes de CHOI-FM dans la capitale, le ministre des Finances déclarait « je ne suis pas certain que ce soit le rôle de l'État », au sujet de la conservation d'une télévision publique au Québec. Les réactions n'ont pas tardé à fuser de partout à travers la province.

Pour le comédien Luc Picard, l'existence d'un réseau de télévision public reste absolument fondamentale pour la société québécoise. L'homme se dit déçu de la véritable « célébration de tout ce qui est commercial » qui anime la télévision privée, où la compétition et la course aux cotes d'écoute lui semblent encore plus agressives qu'avant.

« C'est une évidence, mais il faut le dire, explique-t-il. Un réseau privé est seulement motivé par le profit. Il faut se demander si on veut une société où on produit juste des romans policiers parce que c'est ça qui marche, et où on laisse tomber les œuvres de Shakespeare et Proust parce que c'est moins rentable. »

Luc Picard est loin de partager l'avis de ceux qui prétendent que la présence de Radio-Canada rend l'existence de Télé-Québec inutile. « Comme on est une nation – et je ne pense pas que le Parti libéral va le nier– on a besoin d'un espace à nous. Radio-Canada français, c'est en français mais ça vient du gouvernement fédéral. »

Le comédien est d'ailleurs bien placé pour discuter du sujet, lui qui incarnait le rôle de Michel Chartrand dans la série Simone et Chartrand, dont la première partie fut présentée à Radio-Canada et la seconde à Télé-Québec. « Il y a des gens qui disent qu'il n'y a aucun chapeautage du fédéral sur Radio-Canada. Je veux bien…mais si on prend Simone et Chartrand, on avait de très bonnes cotes d'écoute de 1,5 millions et on n'a pas pu faire la suite à Radio-Canada, il a fallu passer à Télé-Québec. » Le diffuseur canadien avait alors prétexté qu'il désirait « un autre regard » sur cette partie de l'histoire du Québec.

Peu après les déclarations d’Yves Séguin, le gouvernement Charest a nié avoir l'intention de privatiser le réseau public, préférant parler d'une « modernisation » à venir. Pourtant, la logique voudrait que pour moderniser une institution, on y investisse de l'argent au lieu d'en retrancher. Télé-Québec, qui avait déjà subi des coupures de 25 millions en 1995, s'est vue obligée de réduire le nombre d'employés de 731 à 331 en neuf ans. Déjà, depuis le dépôt du budget Séguin, neuf personnes ont perdu leur emploi.

Plusieurs personnes voient tout de même dans les compressions une stratégie globale qui viserait la privatisation de la chaîne publique. 80 % de la programmation qui était autrefois produite à l'interne est dorénavant achetée à des producteurs privés. Le nom d'Astral Média a été prononcé dans plusieurs quotidiens comme acquéreur potentiel de la station. Questionné à ce sujet par le journal La Presse, Pierre Roy, président des Chaînes Télé Astral (et ancien vice-président de Radio-Québec) s'est contenté de se dire « toujours intéressé à toute acquisition qui cadre dans nos objectifs, dans notre mission. »

Dans le même article, M. Roy dit espérer que la réingénierie du gouvernement Charest corrigera ce qu'il considère comme une iniquité, soit le fait qu'un grand pourcentage de l'aide gouvernementale soit accaparé par les réseaux publics, au détriment du privé qui va chercher de plus hautes cotes d'écoute.

Sans vouloir évoquer de noms, la présidente de Télé-Québec, Paule Beaugrand-Champagne, a avoué au Soleil que « des vautours planent au-dessus de Télé-Québec depuis plusieurs mois. Des individus et des groupes font du lobby à Québec, de toute évidence. Certains sont venus nous le dire, sans utiliser l'expression privatisation. »

Inquiets pour le sort de leur télévision nationale, plus de 12 000 personnes ont déjà signé une pétition sur Internet demandant au gouvernement de renoncer aux coupures dans la télévision publique, voire même d'y investir davantage. 12 000 personnes qui croient qu'une programmation de qualité a un prix, comme Luc Picard qui dit préférer de loin « être pauvre et éduqué que riche et ignorant ».

Selon M. Picard, il faut arrêter de tout analyser en termes de dollars et d'efficacité : « On peut avoir une place où on n'est pas pollué par la publicité. Ça vaut la peine de se payer ça en tabarnouche ! », déclare celui qui dit apprécier les Francs-tireurs et les émissions d'informations publiques comme Points Chauds à Télé-Québec.

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