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Je suis un bon chrétien
N° 228 - avril 2004
L’aparté
Résistons !
François Parenteau
Bon, c'est un fait, avec le début de Star Académie, la saison des téléréalités recommence. Au début, je me disais que je n'allais pas en parler parce qu'en parler fait le jeu des téléréalistes. Mais là, il faut réagir avant que tout le paysage télévisuel ne soit gangrené par ces concours d'amateurs glorifiés, ces bordels planifiés de kids kodaks en mal de célébrité. Il faut faire quelque chose. Comme le concept est à la mode, je propose de leur livrer une guerre préventive. Car nous avons affaire à une arme d'acculturation massive.

Je ne sais pas trop pourquoi mais j'ai l'impression que les lecteurs de cette chronique ne sont majoritairement pas des rangs des amateurs de téléréalité. Oh, sûrement que, comme moi, ils y ont jeté un coup d'oeil. Certains ont peut être même développé ce qu'ils appellent une curiosité anthropologique sur le sujet et qui, à mon avis, n'est rien d'autre que de la fascination morbide. Mais laissez-moi croire que je m'adresse ici à un auditoire anti-télé-trash, une base solide où recruter des guerriers.

La téléréalité prospère d'abord et avant tout pour donner un sujet dont parler aux gens qui prennent un gobelet à la grosse bouteille d'eau du bureau. Après le sport et la météo, c'est ce qu'on a inventé de mieux pour cette fonction. D'ailleurs, j'en appelle particulièrement aux diseurs de nouvelles de sport et de météo qui doivent se défendre contre cette invasion de leur territoire.

D'abord, il faut distinguer parmi les émissions. Pour contrer les affaires de Loft et autres concours de rien, on ne s'y prend pas de la même manière que pour les shows de chiens savants. Ces émissions de voyeurisme sont des usines à potins, des centrales au gaz de bitchage. Pour les rendre inintéressantes, il faut fournir une source de ragots plus vive, plus extrême et plus proche des auditeurs.

À la guerre comme à la guerre. Au bureau, partez les rumeurs les plus saugrenues ou les plus sulfureuses à propos de n'importe qui, préférablement à propos de ceux de vos collègues qui avouent apprécier ces émissions. Se retrouvant au coeur de la controverse, ils cesseront de vivre la controverse par procuration. Mettons que vous dites à Luc à la bouteille d'eau le matin que la réceptionniste, dans ses temps libres, est une dominatrice professionnelle, avec fouet et toutte le kit. On ne fera pas dans la dentelle, l'ennemi est de taille. Et si jamais Luc se met à converser avec la dite réceptionniste alors qu'il ne lui avait jamais dit que Bonjour!, vous avez un nouveau potin tout frais à répandre...

Ce que les empires médiatiques ont fait avec la téléréalité, c'est qu'ils ont privatisé le concept de potin et qu'ils nous demandent maintenant des droits d'auteurs. Court-circuitez-les en lançant des potins libres de droits, de domaine public. Il faut lancer un Linux de la conversation. Et ça stimulera votre propre créativité. Inventez des liaisons, partez des rumeurs, créez des tensions et montez des canulars. C'est ce que faisaient les femmes au balcon dans les ruelles en étendant le linge. C'est ce que les hommes faisaient à la taverne avant que les vidéopokers ne viennent leur aspirer la face. Reprenons le contrôle de nos sujets de conversation !

Pour les émissions de talent comme Canadian Idol et autres académies, c'est différent. Il y a le prétexte de la performance artistique. Oui, beaucoup de ces jeunes ont des voix et la plupart ont aussi de fort jolis physiques. Mais plusieurs karaokes présentent autant de talent sinon plus sans tout le cirque des votes et des mises en danger.

Et d'abord, où elle était la Beauce, avant que la petite Beauceronne qui participe ne se retrouve à la télé ? Elle chantait probablement dans les bars, avec un band de cover, devant des salles d'une centaine de personnes et sa famille lui disait de se chercher une vraie job. Aujourd'hui, ils font la cabale pour mousser les votes de leur locale et en appellent à la fierté régionale. La vraie fierté, ça aurait été de l'encourager avant. Au moins, c'est le bar de la place qui aurait fait de l'argent et non un empire montréalais.

Une petite suggestion : un bon soir, emmenez vos amis téléréalitéphiles au karaoke Club Date, sur Sainte-Catherine près de Beaudry. C'est dans le quartier gai et la faune locale crée une ambiance du tonnerre mais c'est un lieu fréquenté par toutes sortes de monde. Il y a Jimmy qui fait Céline Dion, des cammionneuses qui viennent chanter Total Eclipse of the Heart les larmes aux yeux, des p'tits comiques qui dédient une chanson aux dyslexiques et chantent Untorgoffable. Tous des vedettes d'un soir mais juste là pour le plaisir de se donner, pour chanter. Et il y a des voix et des talents de scène là comme vous n'en verrez jamais à Star Académie.

Sans niaiser, on le fait. On essaie tous de convaincre un accro de lâcher la téléréalité. Mais sans l'engueuler, en lui montrant mieux. Quitte même, si c'est le voyeurisme des lofts qui l'attire, à faire des trous dans les murs de vestiaires comme dans le temps où on se faisait du fun gratis. Et je serai très content si vous pouvez me communiquer les résultats. Nous vaincrons !

Texte lu à l’émission du 6 mars de Samedi et rien d’autre animée par Joël Le Bigot sur les ondes de Radio-Canada.

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