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Je suis un bon chrétien
N° 228 - avril 2004
Chaque refus entraîne une diminution de l'offre
Serge Savard préfère le bénévolat aux scabs
Vincent Larouche
L'hiver est une saison morte dans le secteur de l'hôtellerie. Au prestigieux Château-Champlain de Montréal, la situation est aggravée par le lock-out qu'impose l'employeur à près de 250 salariés

Depuis le 16 février dernier. C'est de peine et de misère que la direction réussit à maintenir un minimum de services à l'hôtel, grâce à une longue liste de « bénévoles », qui ne sont en fait rien de moins que des scabs!

On retrouve même des gens de marque au sein de ce groupe, notamment le directeur-gérant de l'établissement en personne, M. Jacques Amou. Même le directeur de l'hôtel Holiday-Inn de Longueuil a lui aussi été surpris agissant comme briseur de grève. Sur les lignes de piquetage, les employés ragent de voir des gens prendre leur place : « La loi anti-scab du Québec, même si c'est meilleur qu'au fédéral, ça doit avoir été écrit par un patron quelque part ! », déclare Yannick Charbonneau, président du syndicat des employés affilié à la CSN.

Le Château-Champlain est détenu à 49 % par l'homme d'affaire montréalais et ex-hockeyeur Serge Savard et ses associés du groupe Thibault-Messier-Savard. L'autre 51% appartient à la société américaine Ocean Properties. Selon les différentes catégories d'emplois, les salaires y sont de 10 % à 20 % moins élevés que la moyenne des autres hôtels de la région. Les employés demandent un début de rattrapage salarial d'environs 5 % pour la prochaine convention collective, ce que la direction refuse catégoriquement. Les autres points en litige touchent notamment les fonds de pension et le régime d'assurances, qui est entièrement sous contrôle patronal.

Toutefois, l'un des enjeux majeurs reste la durée de la convention. Depuis quelques années, dans la région métropolitaine, plus d'une trentaine de syndicats de l'hôtellerie, affiliés à la CSN, forment un « front commun » pour négocier leurs contrats de travail de façon coordonnée. Le tout se déroule à l'été, pendant la période la plus achalandée de l'industrie du tourisme. Pareille stratégie est aussi appliquée dans la région de Québec. Des gains substantiels ont été réalisés grâce à cette technique, où l'union d'un si grand nombre de travailleurs permet l'instauration d'un véritable rapport de force face aux patrons.

Les syndiqués du Château-Champlain veulent que leur prochaine convention arrive à échéance en même temps que celle des autres syndicats de la région. Pour la partie patronale, il n'est pas question d'avoir à faire face à ce fameux « front commun ». Aussi a-t-elle laissé traîner les négociations au maximum depuis le mois de juillet, faisant appel à de nombreuses tactiques anti-syndicales.

On a notamment tenté de monter les employés contre leur exécutif syndical au moyen de tracts distribués avec les talons de paye. « Ça n'a pas pogné, explique le vice-président du syndicat, Gaétan Longpré, car chez nous les votes sont toujours massifs et tout le monde est là en assemblée. » Le lendemain du décret du lock-out, les travailleurs ont d'ailleurs répliqué par un vote de grève à 95 %.

Malgré la présence d'un conciliateur dans le dossier depuis l'automne, les négociations sont aujourd'hui rompues entre les deux parties. La direction a d'ailleurs annoncé qu'à chaque refus d'une offre par les employés, elle diminuerait ses propositions. Loin de se laisser intimider, les travailleurs entendent tenir bon jusqu'au retour de l'été et à l'arrivée massive des touristes, ce qui devrait amener les patrons à adopter une attitude plus conciliante.

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