L'aut'journal
Le mardi 20 août 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Je suis un bon chrétien
N° 228 - avril 2004
Création de Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre
Le manifeste du club politique est adopté
SPQ Libre
Le mouvement syndical est le grand rassemblement du monde du travail pour la défense de ses intérêts contre le patronat, mais c'est aussi une des principales bases organisationnelles du mouvement souverainiste

Avec l'élection du Parti libéral à Québec et l'arrivée de Paul Martin à la tête du Parti libéral du Canada, s'ouvre un nouveau cycle politique qui oblige le mouvement syndical et les progressistes québécois à une réévaluation de la situation politique dans le but d'en dégager les perspectives appropriées.

Se pliant aux recommandations du Fonds monétaire international, Ottawa consacrera désormais ses surplus budgétaires à la réduction de la dette, avec pour conséquence le maintien de l'étranglement financier des provinces. À Québec, le gouvernement Charest emboîte docilement le pas avec son programme néolibéral de compressions budgétaires et de privatisations.

Le départ des Jean Chrétien et Stéphane Dion, les « sauveurs du Canada », ne signifie pas l'abandon par le gouvernement fédéral du « plan B », qui nous a valu la Loi sur la clarté et les menaces de partition. Ottawa a tout simplement sous-traité le « plan B » au gouvernement du Québec.

L'offensive menée par le gouvernement Charest contre le mouvement syndical a des visées plus larges que la réduction des conditions de travail et de vie des travailleuses et des travailleurs. L'entreprise a également pour objectif la démolition des organisations syndicales, c'est-à-dire la réduction du taux de syndicalisation – actuellement autour de 40 % – à un niveau comparable à celui des États-Unis, soit moins de 15 %.

La riposte du mouvement syndical – si énergique soit-elle – est handicapée par l'absence de représentation au plan politique. Aucun membre de la députation péquiste ne peut légitimement prétendre au rôle de représentant du mouvement syndical et progressiste.

L'exemple de la lutte du mouvement syndical ontarien contre la « révolution du bon sens » du gouvernement Harris a montré les limites de l'opposition extra-parlementaire. Des mobilisations de grande envergure, comprenant la fermeture complète de villes importantes lors de grèves générales, n'a pas empêché la réélection du gouvernement conservateur. À moins de craindre pour leur réélection, les gouvernements néolibéraux ne cèdent pas devant la pression de la rue.

La contestation sociale, les manifestations et les mouvements de grève, d'une part, et l'action politique partisane, d'autre part, sont inter-reliés, mais ont chacun leur dynamique propre. S'il revient au mouvement syndical et aux groupes sociaux d'organiser le premier volet de cette lutte, le second, celui de la politique partisane, nécessite sa propre organisation.

Alors que le Brésil s'est donné un président issu du mouvement ouvrier, le Québec syndiqué et progressiste, avec le plus haut taux de syndicalisation des Amériques, n'a pas un seul représentant reconnu à l'Assemblée nationale.

Cette situation est anormale, mais pas inédite. Au cours des trente dernières années, le mouvement syndical et progressiste a été incapable de développer une stratégie politique en fonction de ses intérêts propres et s'est retrouvé complètement marginalisé sur la scène politique. Cette situation doit cesser.

Au cours des dernières années, la gauche syndicale et progressiste a tenté – d'abord avec le Rassemblement pour une alternative politique (RAP) et le Parti de la démocratie socialiste (PDS) en 1998, puis avec l'Union des forces progressistes (UFP) en 2003 – une percée sur la scène politique, mais sans succès, en bonne partie à cause de l'absence d'un mode de scrutin proportionnel.

Cependant, la conjoncture s'est aujourd'hui modifiée. La défaite du Parti québécois a mis fin au cycle politique qui s'était ouvert avec l'élection du gouvernement Parizeau en 1994 et dont le point culminant a été le référendum de 1995. Un nouveau cycle est en gestation. À nouveau, le chef du Parti québécois propose la tenue d'un référendum sur la souveraineté l'année suivant la prise du pouvoir.

Cette proposition a déjà enclenché la contre-attaque des forces fédéralistes qui ira s'intensifiant au fur et à mesure que nous approcherons du scrutin. Car, compte tenu de la progression continue de l'idéal indépendantiste au sein de la population québécoise, les fédéralistes savent très bien que grandes sont leurs chances de perdre le prochain référendum. Tout sera mis en œuvre pour que le référendum ne se tienne pas et la façon la plus sûre d'y arriver sera, bien entendu, d'empêcher l'élection du Parti québécois.

Devant tant d'adversité, le Parti québécois n'aura d'autre choix, s'il veut l'emporter, que d'opérer un virage à 180 degrés et de redevenir la grande coalition, rassemblant l'ensemble du spectre politique, qu'il était dans les années 1970. Les déclarations de Bernard Landry, dans La saison des idées, et dans son entrevue à l'aut'journal (no. 225 décembre 2003), indiquent que la direction du Parti québécois partage cette analyse.

La gauche syndicale et populaire doit bien évaluer la nouvelle conjoncture. Aux prises avec le déséquilibre fiscal (les besoins sont à Québec, l'argent à Ottawa), le Parti libéral avec sa réingénierie de l'État et ses compressions budgétaires va malgré lui nourrir le projet souverainiste. Avec le Parti québécois dans son rôle d'Opposition officielle et sa promesse d'un référendum sur la souveraineté, le débat social va nécessairement prendre une coloration nationale. À nouveau, les questions sociale et nationale seront intrinsèquement liées.

Pour sortir de la marginalité, la gauche syndicale et progressiste doit constituer une tendance organisée et reconnue à l'intérieur du Parti québécois avec la perspective d'y défendre ses idées et de faire élire un certain nombre de ses porte-parole lors d'éventuelles élections partielles et, bien entendu, lors du prochain scrutin général.

À défaut de la proportionnelle lors du prochain scrutin, il faut revendiquer en quelque sorte la proportionnelle à l'intérieur du Parti québécois. Des exemples de cohabitation entre différentes tendances existent dans d'autres partis politiques. Par exemple, les statuts du Parti socialiste français reconnaissent l'existence de plusieurs courants politiques. De plus, ils prévoient la représentation proportionnelle aux différentes instances du parti de ces tendances en fonction du nombre de votes qu'elles obtiennent sur leur énoncé politique lors des congrès du parti.

Un scénario semblable est possible au sein du Parti québécois. Bernard Landry s'y est montré favorable dans son entrevue à l'aut'journal.

Le corollaire à la création de cette tendance est la mise sur pied d'un club politique regroupant, à l'extérieur du Parti québécois, les membres du courant syndicaliste et progressiste.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.