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Je suis un bon chrétien
N° 228 - avril 2004
L'énergie thermique nous rend dépendants du prix du gaz
Non au chantage de la bande des gaziers
Martin Montoudis*
André Caillé nous avertit qu'en raison de l'incertitude entourant le projet Suroît à Beauharnois, la multinationale General Electric Power System était à la recherche d'un autre site en Amérique du Nord. Cette menace n'a aucun sens. C'est un bluff éhonté quand on sait pertinemment que la population américaine ne veut plus de centrales thermiques (gaz, charbon) ou nucléaire dans sa cour.

De plus, M. Caillé ne nous dit pas que le Sénat américain a bloqué le projet de loi de G.W. Bush qui prévoyait (au coût de 30 milliards de dollars sur dix ans) encourager par des incitations la production pétrolière, gazière et nucléaire.

J'ai hâte de voir où General Electric va être capable de s'installer ailleurs qu'au Québec. Pense-t-on sérieusement nous faire avaler que c'est par bonté d'âme et générosité économique que l'industrie gazière veut construire chez nous?

Nous savons tous que les « gaziers américains » ont des réserves gazières pour environ cent ans et qu'ils ne peuvent plus construire de centrales thermiques polluantes comme ils le voudraient sur leur territoire, empêchés qu'ils le sont localement par de puissants groupes populaires environnementaux et que de plus, pour arrêter la prolifération de ces centrales, des campagnes citoyennes en appellent au boycottage des achats d'« électricité sale » provenant de centrales polluantes, ce qu'ils appellent le « blanchiment de l'électricité sale ». Rappelons que nous vendons à nos voisins de l'électricité propre le jour et en achetons de la sale la nuit. En restant propre, nous assurons nos ventes futures.

L'argument des gaziers, voulant que toute la pollution atmosphérique et les pluies acides ne restent pas aux États-Unis mais sont poussées naturellement vers le nord par les « vents dominants » pour aller polluer le Québec, ne tient plus chez nos voisins du sud qui accusent leur industrie gazière de « crimes contre l'humanité ».

Alors la seule solution qu'ont les gaziers pour continuer leur expansion et vendre leur gaz, c'est de construire leurs centrales polluantes dans le sud du Québec, là où est la plus forte demande énergétique américaine. Véritables machines à sous pour les gaziers (américains ou canadiens), avec en prime, une pollution assurée par les « vents dominants » sur tout le Québec, qui aura à payer les coûts énormes attribuables à la détérioration de la santé publique.

Mais voilà, ce n'est pas si facile que ça de construire une centrale polluante chez nous. Il faut l'accord du Québec et de sa population. Présentement, nous sommes en droit de refuser parce qu'on n'en a pas besoin, qu'on n'en aura jamais besoin, qu'on a de l'hydroélectricité et que l'énergie éolienne abondante assure notre avenir... et parce qu'on veut rester propre.

Et c'est là qu'intervient la bande de Gaz Métropolitain (André Caillé, Thierry Vandal et compagnie). L'idée, c'est de compromettre Hydro-Québec en changeant sa culture d'entreprise et en la faisant passer à la filière thermique... au grand plaisir des gaziers.

Et pour y arriver, André Caillé doit nous faire peur: « ...la sécurité énergétique des Québécois est menacée... nous ne pourrons pas répondre à la demande en énergie et en puissance pour la période de 2003 à 2010... ça nous prend Suroît... », etc.

Une fois Suroît construit et que de « Propre, Propre, Propre » nous ayons fait le premier pas pour devenir « Sale, Sale, Sale », alors plus rien n'arrêtera la prolifération d'autres Suroît (on prend vite goût à la facilité). Après Suroît, le Québec ne sera jamais plus capable, et aucunement justifié, de refuser la construction d'autres centrales polluantes. C'est ce qui sera le plus tragique pour notre avenir dans ce projet compromettant.

L'énergie thermique nous rendra dépendants du prix spéculatif du gaz, ce qui ne nous garantira plus le coût le plus bas pour notre électricité de consommation. Qu'elles seront les conséquences sur nos exportations d'électricité ? Pourrons-nous maintenir nos prix avantageux dans le « monopoly spéculatif » de la déréglementation de l'électricité en Amérique du Nord ? Pourquoi devrions-nous aussi oublier le silence complice d'Environnement Canada qui, je présume, ne veut pas déplaire aux gaziers canadiens ?

Avec Suroît, Hydro-Québec ne fera qu'acheter du gaz à un prix hors contrôle lié à la spéculation (comme l'essence) et vendra l'électricité produite aux prix fluctuants du marché déréglementé. Où iront les bénéfices ?

Mais s'il n'y avait que ça... Ce qui est plus grave, c'est qu'à ce moment, étant encore « propre », le Québec devra acheter les « crédits environnementaux de gaz à effet de serre » (Protocole de Kyoto) de 2,25 millions de tonnes de CO2 par année qu'émettra Suroît. Ce que les Américains ne peuvent et ne veulent évidemment pas se permettre de faire chez eux.

Quant à l'éclat « volontairement tardif » de la révélation secrète des niveaux d'eau des bassins d'Hydro, cela n'impressionnera personne puisqu'on sait que nos proches concurrents reçoivent cette information par satellite depuis fort longtemps.

Pourquoi ne pas avoir pensé avant au déficit énergétique ? Était-ce une mauvaise planification à long terme ? Pourquoi avoir tant vendu et fait baisser les niveaux de nos bassins ? Était-ce volontaire, pour nous amener aujourd'hui au déficit énergétique ? Pourquoi ne pas avoir le réflexe naturel de penser à l'énergie éolienne et aux économies d'énergie ?

Prévoyant et brillant comme l'est M. Caillé, je suis persuadé qu'il a prévu un « plan B » qui ne fait pas appel au gaz... Un « plan B » plus conforme à la mission d'Hydro... plus québécois. Suroît n'est rien d'autre que le résultat d'une stratégie longuement élaborée par André Caillé et Thierry Vandal pour le compte des gaziers.

Au Québec, nous sommes chanceux, nous avons une nature généreuse avec de très grandes ressources hydroélectriques et des réserves éoliennes durables... et surtout patrimoniales. N'écoutons pas les prophètes faussement alarmistes qui rêvent d'un « Gaz-Québec » privatisé; la vocation d'Hydro, ce n'est pas le gaz. Si le président d'Hydro-Québec, depuis qu'il est en place, a mal planifié la sécurité énergétique des Québécois pour nous faire peur aujourd'hui, s'il n'est pas capable de gérer un « déficit temporaire » énergétique, et bien, qu'il démissionne.

Ni le ministère de l'Environnement, ni le ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, ni Hydro-Québec, ni le B.A.P.E., ni la municipalité de Beauharnois, ni le gouvernement et surtout pas la Régie de l'énergie, qui est mal outillée pour donner un avis sur « un choix de société », n'ont le droit de prendre seuls la décision de l'instauration ou non de Suroît. En démocratie, ce sont les citoyennes et les citoyens qui décident par référendum d'un tel projet, comme cela se fait partout ailleurs dans le monde civilisé. À ce que je sache, Suroît ne faisait pas partie d'une promesse électorale.

À mon avis, la Régie de l'énergie est mal équipée pour enquêter sur les véritables intentions cachées d'André Caillé qui fera dire à ses chiffres ce qu'il veut bien nous faire avaler, tout en nous noyant sous des tonnes de documents... étant Hydro-Québécois et « fier de l'être », j'en sais quelque chose.

Le lobby des gaziers, avec la complicité d'André Caillé, fait que le projet de centrale thermique au gaz à Beauharnois est dogmatique et sectaire et ne peut pas, à sa face même, être débattu et analysé raisonnablement. Il doit donc être soit rejeté, soit légitimé par un référendum.

La seule chose vraie dans ce projet, c'est son nom évocateur, Suroît, qui veut dire dans la vieille langue des marins normands « vent soufflant du sud-ouest »... et c'est bien de là que soufflent tous les dangers.

*Retraité d'Hydro-Québec, l'auteur a été pendant 25 ans secrétaire général du Syndicat des employé-e-s de techniques, professionnelles et de bureau d'Hydro-Québec (SCFP-FTQ local 2000).

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