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Je suis un bon chrétien
N° 228 - avril 2004
États-uniens un jour, impérialistes toujours
Même les écolos imposent leurs solutions au Brésil
André Maltais
S'abritant derrière les valeurs progressistes de la défense de l'environnement et de la protection de la forêt amazonienne, les intérêts impérialistes états-uniens sont partout en Amazonie et mènent la guerre aux populations locales.

Dans un excellent dossier (1) rédigé en espagnol, Nazira Correia Camely, professeur d'économie à l'Université fédérale d'Acre, État brésilien d'Amazonie, montre que les bailleurs de fonds de la cause environnementale oeuvrent à préserver les ressources de la forêt amazonienne « en vue d'une utilisation future par les multinationales ».

« Tout commence, dit la professeure, quand, à la fin de la dictature brésilienne (1964-1985), un mouvement de défense de l'Amazonie, issu de l'Église catholique et d'ONG européennes, s'élève contre la vente de terres par les militaires à des compagnies étrangères. »

Les premières campagnes écologiques attirent massivement des ONG états-uniennes qui propagent leur solution à la déforestation: la création d'aires de préservation environnementale.

Puis, peu à peu, au fil de l'implication financière du gouvernement états-unien (NASA, USAID, etc.) et d'organismes comme la Banque mondiale, le G-7 et la Fondation Ford, les zones écologiques démarquées deviennent des « zones économiques-écologiques » ou « réserves extractives ».

Celles-ci sont vouées à la production agricole orientée vers l'exportation de produits tropicaux approuvés par les « marchés verts » et, à ce titre, deviennent des « laboratoires » des méthodes et techniques du développement durable.

Si bien que, explique Mme Camely, au milieu des années 1990, « les entités de défense de l'Amazonie sont transformées en entités de gestion environnementale très majoritairement sous l'hégémonie nord-américaine ».

Quant à la population des grandes villes brésiliennes, elle-même aux prises avec des problèmes « écologiques » (déchets, pollution de l'air, etc.), elle considère aujourd'hui comme « légitime le fait accompli d'une intervention écologique permanente par des pays étrangers sur son territoire ».

Pour Mme Camely, les ONG étrangères se sont implantées progressivement en profitant des carences en besoin de première nécessité (éducation, santé, outils et méthodes de culture, etc.) des populations locales.

De plus, des ONG comme le Fonds mondial pour la nature, Oxfam, The Nature Conservancy, SOS Amazonie, le Jardin botanique de New York, etc., dictent leur agenda environnemental aux gouvernements locaux et aux universités brésiliennes grâce à des réseaux complexes de formation, embauche et échange de « cadres environnementaux » ainsi que de financement et parrainage de projets scientifiques.

L'Université de Floride (et son département latino-américain) ainsi que d'autres universités états-uniennes jouent un rôle clé d'intermédiaires entre les ONG états-uniennes et les fonctionnaires provinciaux, universités et ONG brésiliennes.

Mme Camely accuse la politique amazonienne du Parti des travailleurs du président Lula da Silva de jouer le jeu des impérialistes étrangers d'autant plus que bon nombre de ses députés et sénateurs provinciaux profitent des gains générés par la « cause amazonienne ».

Quant aux universités brésiliennes, démunies comme elles le sont, il est facile pour les ONG étrangères de proposer aux chercheurs des ordinateurs ou encore la possibilité de publier dans de prestigieuses revues internationales en échange d'une adhésion aux projets de ces ONG.

Les « défenseurs de l'environnement », nous dit Mme Camely, vont et viennent comme chez eux en Amazonie. Ils y étudient le climat, la flore, la géologie, les populations indigènes et l'hydrologie, et les résultats de leurs recherches sont souvent utilisés à des fins totalement autres que scientifiques.

Satellites, avions survolant la jungle et autres instruments de collecte de données scientifiques informent, par exemple, sur les mouvements des populations locales qui constituent le seul véritable obstacle aux visées impérialistes sur l'Amazonie.

C'est pourquoi, transformant les petits paysans en prédateurs de la forêt, les ONG étrangères contribuent à « introduire en Amazonie des éléments de guerre de basse intensité » : amendes contre la déforestation, expropriations, déplacements de communautés, emprisonnement et même tortures.

Les « seringueiros » sont, par exemple, des travailleurs pauvres venus du nord-est brésilien tenter leur chance dans les plantations de caoutchouc amazoniennes, au 19e siècle.

Quand, au milieu du 20e siècle, le caoutchouc synthétique remplace le naturel, ils restent en Amazonie comme main-d'œuvre pour les grands propriétaires terriens (« hacendados »).

Exploités et abandonnés à leur sort durant des décennies, ces travailleurs sont soudainement découverts dans les années 1980 par l'Église catholique, le Parti des travailleurs et d'autres organisations progressistes.

Peu de temps après, des ONG états-uniennes financent le « Projet seringueiros », et des groupes d'alphabétisation et de militants syndicaux s'amènent défendre les droits de ces travailleurs.

« Si ces militants sont sincères, nous dit madame Camely, leurs bailleurs de fonds envisagent déjà de profiter du caractère non indien des « seringueiros » et de leur connaissance de la forêt amazonienne. »

Rapidement politisés par des militants de plus en plus radicaux, les « seringueiros » affrontent bientôt les « hacendados » et leurs milices.

Mais ceux qui financent la lutte des « seringueiros » se foutent pas mal de les libérer. Ils veulent surtout faire pression sur les « hacendados » qui s'opposent aux premières réserves écologiques (allant jusqu'à faire assassiner l'activiste bien connu Chico Mendez).

Camely raconte que, au plus fort de cette période, les activités des « défenseurs de la forêt amazonienne » sont financées par plusieurs ONG états-uniennes dont l'Environmental Defense Fund de Steve Schartzmann qui compte 500,000 membres préoccupés par les forêts tropicales.

Aujourd'hui, les « seringueiros » sont recyclés en « policiers » des réserves extractives contre les populations indiennes perfidement accusées de déforestation.

Le « Projet seringueiros » est maintenant une puissante ONG appelée Centre des travailleurs de l'Amazonie (CTA) et gérée par plusieurs hauts-fonctionnaires du PT dont les actuels ministre de l'environnement (Marina Silva) et gouverneur de l'État d'Acre (Jorge Viana).

D'autres ONG, sous le prétexte d'offrir des services (alphabétisation, écoles linguistiques, enseignement de la Bible) aux populations amazoniennes, les espionnent et accaparent leurs connaissances biomédicales des ressources de la forêt.

Une ONG comme TNC (The Nature Conservancy) acquiert des terres qu'elle transforme en réserves écologiques privées en échange de parties des dettes extérieures brésilienne et bolivienne.

Dans les années 1990, TNC s'est rendue célèbre en créant le parc national de la Sierra del Divisor et en exigeant le retrait de toute population humaine de cet immense territoire.

« Cette invasion de satellites et de cadres environnementaux, conclut Mme Camely, n'est pas encore d'ordre militaire, pas plus que ne l'est l'achat de terres immenses par des ONG états-uniennes, mais ces deux aspects sont au cœur de la stratégie des Etats-Unis pour l'Amazonie ».

(1) http://www.rebelion.org/brasil/030706correia.htm

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