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Je suis un bon chrétien
N° 228 - avril 2004
Ne touchez pas à 30 ans de luttes et d'efforts
La réingénierie se fait au masculin
Micheline Carrier
Le gouvernement Charest a accueilli par le silence les pétitions signées par plus de 3000 femmes et de 600 hommes pour réclamer le maintien du Conseil du statut de la femme (CSF) et du Secrétariat à la condition féminine. Ces pétitions ont été déposées le 18 mars dernier à l’Assemblée nationale du Québec par la députée Jocelyne Caron, critique de l’opposition en matière de condition féminine.

La ministre présumément responsable des dossiers de la condition féminine, Michelle Courchesne, a affiché elle aussi de l’indifférence (réelle ou feinte), une attitude qui traduit le refus du gouvernement Charest d’entendre et de reconnaître l’opposition à ses projets de démolition des seuls organismes qui défendent les intérêts des femmes au sein de l’appareil de l’État. Il est vrai que le message de milliers de femmes, de centaines d’hommes et de dizaines de groupes est moins doux à l’oreille politicienne que ceux de la Chambre de commerce, du Conseil du patronat ou de la haute finance. En feignant d’ignorer ce message, le gouvernement Charest se dispense d’en débattre et d’y répondre, il s’assure également que les médias n’y feront pas écho. Pas de vague, envoyons le tout sous le tapis.

Cette attitude s’inscrit dans le mépris général qu’affiche le gouvernement Charest à l’égard des femmes, de leurs acquis et de leurs droits, depuis qu’il est installé au pouvoir. Déjà, dans son discours inaugural livré exclusivement au masculin, Jean Charest avait à peine prononcé le mot femme et décidé (non oublié, comme certain-es le pensent) de ne pas nommer de ministre responsable du Secrétariat à la condition féminine et des dossiers des femmes. Le message était clair: les femmes doivent reprendre leur place, elles en ont eu assez.

Depuis, on a vu que la « réingénierie » de ce gouvernement s’attaque notamment et d’abord aux acquis et aux droits des femmes (pensons au sort des travailleuses des garderies, aux femmes chefs de famille monoparentale que même le CSF a « oubliées » dans son avis sur le projet de loi 21, aux syndiquées du domaine de la santé dont les droits sont bafoués, etc.) et, comme l’a déjà laissé entendre Jean Charest, ce ne sont pas des « petites madames » qui vont lui dire quoi faire.

Le mépris du gouvernement Charest incite à dénoncer sans relâche ces fossoyeurs de l’État et des droits qui s’acharnent notamment contre les moins favorisé-es de la société. Ils recevront des centaines d’autres signatures en faveur du maintien du Conseil du statut de la femme et du Secrétariat à la condition féminine et, assûrément, pour de nombreuses autres causes. Il faudra réclamer à nouveau une ministre en titre responsable des dossiers de la condition des femmes, Mme Michelle Courchesne étant visiblement trop occupée par ses fonctions de ministre des Relations avec les citoyens (le féminin n’existe pas dans l’appellation officielle) et de l’Immigration pour veiller aux intérêts des femmes du Québec.

En rappelant que le Conseil du statut de la femme a été créé pour contribuer à redresser une situation d’inégalité sociale, politique et économique dont souffrent les femmes, les signataires de la pétition ont déclaré que cette situation s’est certes améliorée depuis trente ans, mais qu’il y a encore beaucoup à faire. Par ses avis éclairés aux instances gouvernementales, sa contribution aux débats de société, son apport au plan de la recherche, son soutien aux groupes locaux, l’information diffusée par la Gazette des femmes, le Conseil du statut de la femme a été à l’avant-garde du progrès social, disent-elles. Le mandat et les structures actuels du CSF doivent donc être maintenus, d’autant plus que l’organisme est bien ancré dans le mouvement des femmes et dans toutes les régions.

Les signataires proviennent de tous les horizons géographiques et des milieux professionnels, communautaires, littéraires, artistiques, universitaires, syndicaux et médiatiques. De la vendeuse à la professeure d’université, de l’analyste en informatique à la comptable, de la botaniste à l’écrivaine, de l’infirmière à la comédienne, de l’étudiante à la caissière, de la travailleuse au foyer à l’artiste en arts visuels, de la policière à la designer, de l’architecte à la simple citoyenne, les signataires féminines représentent la majorité du mouvement des femmes du Québec.

Les signataires de ces pétitions lancent au gouvernement un message clair : ne touchez pas aux résultats d’années de luttes et d’efforts qui ont finalement convaincu le Québec de reconnaître les inégalités que vivent les femmes en tant que groupe. Les gouvernements précédents ont déjà reconnu la justesse de cette préoccupation en créant des comités au sein des ministères, ainsi que des organismes, dont le Conseil du statut de la femme, chargés de veiller à ce que les lois et règlements adoptés tiennent compte de la réalité des femmes. Le Québec a développé son propre modèle, certes à améliorer, disent les signataires, mais qui a donné jusqu’ici des résultats non négligeables. Il doit poursuivre dans cette voie qui le distingue et le pose en modèle envié partout en Amérique et en Europe. Il n’y a pas lieu de reculer en s’engageant sur des chemins qui n’ont pas donné ailleurs les résultats escomptés (par exemple, le modèle européen de l’approche intégrée de l’égalité), affirment les signataires des pétitions.

Dans le contexte d’un ressac antiféministe sans précédent et après les reculs que les femmes ont déjà subis depuis l’arrivée du gouvernement Charest au pouvoir, les signataires des pétitions ont voulu s’opposer avec fermeté à ce que la «réingénierie» néolibérale s’attaque maintenant à des organismes que les femmes du Québec estiment indispensables et auxquels ils reconnaissent un rôle prépondérant dans l’évolution socio-politique du Québec. Ces femmes et ces hommes demandent donc au gouvernement du Québec de ne pas détruire ce qui va bien dans le seul but de faire des économies ou de donner satisfaction à ceux qui trouvent toujours que les femmes réclament trop et devraient se contenter de ce qu’elles ont.

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