accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Des hommes de conviction
N° 227 - mars 2004

Le turban fait le mollah
Gilles Derome
Croire que la religion est aussi importante que la politique est une question de civilisation et d'évolution culturelle. Nous avons l'habitude de penser que cela va de soi et que ces deux notions engendrent des institutions qui ont des rôles semblables. Rien n'est moins vrai.

Dans les sociétés fermées, et le Québec a déjà été une société repliée sur elle-même, les chefs de la religion majoritaire règnent en maîtres. Le phénomène se constate aussi bien aux États-Unis que dans plusieurs pays musulmans et les chefs religieux qui règnent d'office sont généralement des fondamentalistes. Les grands prêtres qui ont droit au chapitre sont les premiers à professer l'égalité des pouvoirs religieux et politiques. Accepter qu'ils doivent céder le pouvoir aux élus et comprendre que la laïcité est une valeur qui prend le pas sur la tolérance ne fait toujours pas partie de leur conception du monde.

L'homme religieux se doit de faire acte d'humilité. Il ne possède plus la vérité absolue et doit cesser de se comporter comme son détenteur. Le règne du Christ Roi est terminé et celui du terrorisme d'Église a perdu sa raison d'être. Les fondamentalistes, les nôtres comme ceux des autres, croient souvent que l'amour qu'ils défendent est plus fort que la politique ou la raison. Le monde a beaucoup changé depuis le Moyen Âge même si certains préfèrent toujours l'ignorer ! Pour les adeptes de toutes les religions, l'heure n'est plus à imposer leurs coutumes et leurs costumes aux autres. Et la qualité de leur foi ne change rien à l'affaire ! On a prévu des lieux pour les déguisements et des dates pour parader les croyances.

Celui qui porte un uniforme s'isole et se drape souvent dans le mépris des autres. On ne s'habille pas en militaire, en policier ou en punk impunément. C'est une façon de dire : Je fais partie d'un groupe fort ! Je ne suis pas un rien dans mon Église ! Réclamer le droit d'imposer partout le caractère distinctif de ses signes religieux provoque l'exclusion. S'autoproclamer l'élu de son Dieu sur la place publique peut être considéré comme un manque de civisme ! Ou une invitation au martyre !

Retour ŕ la page précédente