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Des hommes de conviction
N° 227 - mars 2004
Les cuisines collectives, c'est plus que de la cuisine
7000 membres au Québec, répartis entre 1330 groupes
Ginette Leroux
Faut-il savoir cuisiner pour se joindre à une cuisine collective ? « Pas du tout », annonce d’entrée de jeu Germaine Chevrier, coordonnatrice du Regroupement des cuisines collectives du Québec (RCCQ). Elle nous cite l’exemple de cette jeune fille qui possédait un doctorat, mais était nulle en cuisine.

« D’abord hésitante, elle s’est vite rendu compte qu’une cuisine collective est un lieu de partage, raconte madame Chevrier. Chacun y apporte ses connaissances et expériences de vie. L’important, si on ne sait pas cuisiner, est de faire autre chose pour le groupe comme éplucher les carottes, laver la vaisselle ou encore s’occuper des achats », poursuit-elle.

Dans ce cas, l’échange a été révélateur pour tous : ce n’est pas parce qu’on est très scolarisé qu’on sait tout. Et vice-versa. « Briser les préjugés entre les différentes couches sociales est une de nos valeurs fondamentales. Les cuisines collectives sont pour tout le monde », ajoute-t-elle.

Le Regroupement des cuisines collectives compte 7 000 membres répartis entre 1 330 groupes partout sur le territoire québécois. « Depuis 1995, il y a un réel engouement pour les cuisines collectives, continue madame Chevrier ; je pense que ça répond au besoin de concilier emploi du temps, budget et bons repas à bas prix. »

Démarrer une cuisine collective requiert l’aide d’une animatrice. Le Regroupement offre ce service. Recrutement, équipement, financement et fonctionnement sont les principaux thèmes abordés lors des deux jours de formation.

« L’animatrice fournit tous les outils reliés au calcul des recettes, des coûts, à la division des tâches, aux achats, explique la coordonnatrice. Elle précise le matériel de base nécessaire, frigo, poêle, ustensiles et chaudrons de grande taille. » À ces détails pratico-pratiques, s’ajoute l’importance pour l’équipe de prendre des décisions communes et surtout d’être capables de concessions, en somme les conditions essentielles de réussite. Le rôle principal de l’animatrice est de soutenir le groupe jusqu’à ce qu’il se prenne en main et d’en assurer le suivi en cas de problèmes.

« Un groupe de cuisine collective est habituellement composé de 5 à 6 personnes de tous horizons, poursuit madame Chevrier. Celles-ci cuisinent au rythme d’une fois par mois, davantage le soir et les fins de semaine, moments plus propices pour les gens qui travaillent. » Si le groupe est en général accueilli par un organisme communautaire, il est aussi possible que des amis décident de créer une cuisine collective et se rassemblent à tour de rôle chez l’un d’entre eux.

« Cuisiner en groupe requiert du temps et peu d’argent, affirme-t-elle, car l’objectif premier est d’acheter et de cuisiner ensemble pour économiser. Certains groupes font des ententes avec leur supermarché local. Un prix fixe par portion est décidé, en général 1$. » Tout se détermine au moment de la planification : le nombre de repas à préparer – ordinairement 5 ou 6 plats principaux, rarement des desserts – ainsi que le nombre de portions pour chaque recette. S’il y a un surplus d’argent, il est réinvesti dans un fonds de cuisine (ingrédients non périssables) permanent. Dans des groupes d’amis, chacun a son fonds de cuisine à la maison et il est utilisé selon l’endroit où l’on cuisine.

On s’attendrait à ce que plus de femmes que d’hommes se joignent à un groupe de cuisine. « Détrompez-vous ! souligne la coordonnatrice, 39 % des groupes sont mixtes contre 35 % composés exclusivement de femmes. Mais de plus en plus, les hommes s’en mêlent, y trouvent une source d’intérêt, même les enfants y viennent cuisiner avec papa. » Une réalité nouvelle.

On y observe une diversité de générations. Une mère de plusieurs enfants côtoie une toute jeune maman dans la vingtaine, échangeant conseils et petits trucs ou encore des personnes âgées, en général des femmes qui, parce qu’elles vivent seules, ne prennent plus le temps de cuisiner et souvent s’alimentent mal.

La cuisine collective est à l’image de son quartier. À Côte-des-Neiges, entre autres, les immigrants donnent le ton. Un lieu privilégié d’échanges culturels car, de plus en plus, les gens s’intéressent à cuisiner autrement et s’ouvrent aux cuisines d’ailleurs.

Selon Germaine Chevrier, « les participantes ne cessent d’y trouver des avantages. Certaines sont retournées à l’école, d’autres sur le marché du travail. Beaucoup ont repris confiance en elles au contact des autres membres du groupe, brisant l’isolement. Des mères ont réalisé qu’elles avaient plus de temps à consacrer à leur famille, n’étant plus préoccupées par le souper à préparer. Elles se sont construit des réseaux d’entraide, valorisées en partageant leurs compétences comme mère de famille », précise-t-elle.

Elles sont maintenant capables d’agir, suivant ainsi la trace des sœurs Jacynthe et Sylvie Ouellette et de leur voisine qui, en 1982, ont initié les cuisines collectives dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Ces trois femmes débrouillardes, mères de famille en situation de pauvreté, ont décidé de mettre ensemble temps, argent et recettes culinaires pour se donner ainsi le droit de se nourrir sainement sans grever leur budget. L’idée a fait école.

Depuis plus de 20 ans, les participants, grâce à leurs expertises et expériences, ont trouvé autant de solutions à autant de problèmes identifiés. Croque-Notes, mis sur pied en 1990, le journal lien entre les membres du Regroupement publié quatre fois par année, s’applique à les colliger et en rend compte dans une chronique intitulée Échange de nos expertises.

Le Regroupement des cuisines collectives du Québec privilégie une structure basée sur le respect des participants, vise l’autonomie, le pouvoir de décision et le droit de parole à l’assemblée. Un colloque annuel met en présence participants et animatrices, ce qui permet aux uns comme aux autres de comprendre que les cuisines collectives s’inscrivent dans un mouvement.

Qui adhère au RCCQ s’engage à faire siens les valeurs et principes suivants : la dignité, l’autonomie, la démocratie, la solidarité, l’équité et la justice sociale. Une recette gagnante à la base du fonctionnement de chaque groupe de cuisine.

« Nous sommes un lieu de réflexion beaucoup plus large que l’alimentation. Notre but est de mettre de l’avant notre politique de sécurité et d’autonomie alimentaire, conclut la coordonnatrice du Regroupement. Nous souhaitons que les ministères travaillent en collaboration avec les organisations concernées. » Réunir autant les producteurs, les fabricants que les distributeurs pour qu’ensemble, avec les organismes de soutien alimentaire (banques alimentaires, pratiques alternatives), ils s’interrogent sur les moyens à prendre pour que, dans notre société, les gens aient accès avec dignité à des produits sains sont autant de vœux à réaliser.

« Nous avons une éducation à faire auprès de la population québécoise. Parce que c’est une question de santé. La cuisines collectives… c’est plus que de la cuisine », ajoute notre interlocutrice.

On peut s’intégrer à un groupe déjà constitué en consultant la liste des membres par l’intermédiaire du Regroupement. Le choix est vaste : cuisines traditionnelle, ethnique, végétarienne, santé, minceur, de tout selon ses goûts. Bref, la cuisine à la carte.

Pour de plus amples informations, téléphonez au (514) 529-3448 ou encore visitez leur site internet au www.rccq.org

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