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Des hommes de conviction
N° 227 - mars 2004
Alcan trahit sa promesse d’une usine de remplacement
Qu'on mette fin au droit de pillage
Pierre Dubuc
Pendant dix-neuf jours, les travailleurs de l’aluminium au Saguenay ont occupé les installations de l’Alcan et fait fonctionner, sans les patrons, toute la chaîne de production, de l’arrivée de la bauxite aux installations portuaires de la Baie jusqu’aux salles de cuves, en passant par l’usine chimique Vaudreuil qui convertit la bauxite en alumine, le réseau ferroviaire et les installations hydroélectriques.

« Les travailleurs étaient immensément fiers de cet exploit sans précédent, nous dit Alain Proulx, le président de la Fédération des syndicats de l’aluminium (FSSA-TCA). Le métal était de qualité supérieure et nous avons assisté à une baisse significative du nombre d’accidents de travail. »

« Nous savions, poursuit-il, que nous ne pouvions poursuivre indéfiniment cette expérience de pouvoir ouvrier, mais nous voulions exprimer très clairement notre colère devant la trahison de l’Alcan. »

On se souvient que les travailleurs ont déclenché l’occupation lorsqu’ils ont appris la fermeture dix ans plus tôt que prévu des cuves Soderberg et le détournement des 200 mégawatts récupérés vers les alumineries ABI de Bécancour et Alouette de Sept-Isles, dont l’Alcan détient respectivement 25 % et 40 % des actions.

« L’Alcan, précise Alain Proulx, a trahi sa promesse construire une usine de remplacement dans la région. L’enjeu, c’est l’appartenance régionale des ressources naturelles », ajoute-t-il en rappelant que les 550 emplois qui disparaissent s’ajoutent aux 650 licenciements avec la fermeture de la papetière d’Abitibi-Consol à Port-Alfred.

L’action des syndiqués de l’Alcan a suscité un appui considérable dans la région. « Bien des gens se sont rappelé de leurs pères morts à la cuve 53. D’autres y ont laissé leur santé, victimes de cancers de la vessie, de la prostate, des poumons. Tout le monde s’indignait du comportement d’une compagnie qui a volé nos ressources humaines et naturelles pendant des décennies. »

« C’est clair, nous assure-t-il, que nos actions de résistance et de revendications ne s’arrêteront pas là. Nous voulons que la valeur des mégawatts libérés reste dans la région dans un fonds spécial destiné à la construction d’usines de transformation de l’aluminium. »

Les travailleurs de l’Alcan ont également brisé un tabou en réclamant la nationalisation des capacités hydro-électriques de l’Alcan au Saguenay-Lac-St-Jean, qui ont échappé, en 1962, à la nationalisation de l’électricité. À cette époque, cela représentait 25 % de la capacité hydro-électrique du Québec. Actuellement, les 2 660 mégawatts produits par l’Alcan équivalent au projet Grande-Baleine lorsqu’il a été lancé par Robert Bourassa.

Installée au Saguenay depuis les années 1920, l’Alcan a fait la pluie et le beau temps – surtout la pluie – dans la région. Pour les fins de ses barrages hydro-électriques, elle a haussé le niveau du lac Saint-Jean, inondant les meilleures terres agricoles de la région.

Exerçant son influence sur toutes les instances politiques locales, régionales et nationales, l’Alcan a manœuvré pour empêcher l’établissement dans la région d’autres industries pour ne pas avoir à partager la main-d’œuvre locale et être obligée de verser de meilleurs salaires.

L’Alcan a toujours eu une attitude coloniale et a considéré la région comme une « company town », au point où le nom même d’Arvida tire son origine des deux premières lettres des prénoms et nom de son p. d.-g. des années 1920, ARthur VIning DAvis.

La propriété privée des immenses ressources hydrauliques patrimoniales du Saguenay-Lac-St-Jean accorde à l’Alcan un tel avantage sur ses concurrents que le gouvernement a dû, pour attirer au Québec d’autres alumineries, leur accorder des tarifs préférentiels d’approvisionnement en électricité si scandaleux qu’on a préféré les garder secrets.

La population du Saguenay exige qu’on mette fin à un système de pillage qui voit les lingots d’aluminium prendre le chemin des Etats-Unis, les profits les poches des actionnaires de l’Alcan et leurs jeunes la direction de Québec et de Montréal.

Avec le trésor accumulé pendant des décennies par l’exploitation privée d’une ressource patrimoniale, l’Alcan a récemment avalé sa concurrente française Pechiney pour devenir la plus grande aluminerie du monde. Son président, Travis Engen, parle maintenant d’investissements dans des alumineries en Chine, en Afrique du Sud… mais pas au Saguenay.

Quarante ans plus tard, la population saguenéenne pose la question de fond : la nécessité de compléter la nationalisation de l’électricité au Québec.

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