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Des hommes de conviction
N° 227 - mars 2004
Le taux de participation aux études universitaires a doublé
Un retard historique, ça se rattrape!
Pierre Dubuc
Maurice Duplessis avait coutume de dire que le Québec avait « le meilleur système d’éducation au monde », ce qui ne nous a pas empêchés, quelques années plus tard, de créer un ministère de l’Éducation.

Nous traînons toujours notre héritage de peuple analphabète de porteurs d’eau et de scieurs de bois. Dans le groupe d’âge des 65 ans et plus, plus de 40 % n’ont pas complété leur 9e année, c’est-à-dire leur secondaire III.

Depuis le début des années 1960, nous avons l’impression d’avoir fait beaucoup de rattrapage. Il n’en demeure pas moins que, selon une étude de la Communauté métropolitaine de Montréal (La Presse, 10 janvier 2004), Montréal arrive toujours au 25e rang des grandes villes nord-américaines quant à la scolarisation de sa population.

Un peu moins de 20 % de la population détient un diplôme universitaire, soit presque moitié moins que la ville, San Francisco, qui vient au premier rang avec 37,3 % de diplômés universitaires.

La situation n’est guère plus reluisante, selon l’autre critère retenu pour cette étude. Près de 15 % de la population montréalaise n’a pas complété un secondaire III, ce qui nous place encore une fois en queue de peloton, loin derrière Seattle à 3,1 %.

Évidemment, le groupe des 65 ans et plus pèse de tout son poids mais, de façon tout à fait surprenante, la situation n’est guère meilleure dans le groupe qui comprend les baby-boomers (45-64 ans). Près de 15 % de ce groupe n’a pas complété un secondaire III, le pourcentage le plus élevé de ce groupe d’âge de toutes les 25 villes comparées.

La situation se redresse quelque peu avec les jeunes générations qui se retrouvent au milieu du palmarès, en 12e place, avec 3,5 % n’ayant pas terminé leur secondaire III. Mais, de toute évidence, il reste beaucoup de rattrapage à faire.

Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire pour légitimer une hausse des frais de scolarité, les succès de la scolarisation sont étroitement liés à l’accessibilité. Au cours des derniers vingt ans (1979-1997), le taux de participation aux études universitaires a doublé (9 % à 19 %) pour les jeunes dont le revenu parental exprimé en dollars constants de 2001 était inférieur à 25 000 $.

Cependant, ce taux est encore inférieur de moitié à celui (38 %) des élèves dont le revenu des parents dépasse 100 000 $ par année. Une donnée que confirme une enquête de Statistique-Canada qui révèle que 40 % des jeunes qui n’ont jamais entrepris d’études post-secondaires évoquent des raisons financières comme obstacle principal à la poursuite de leur scolarité.

Ces données ont été établies pour l’ensemble du Canada et on peut légitimement penser que la situation est pire au Québec et encore plus dramatique chez les francophones, dont les revenus familiaux sont inférieurs à ceux des anglophones.

Plus riche, la communauté anglophone est plus scolarisée. Les universités anglophones McGill, Concordia et Bishop comptent plus de 25 % des inscriptions universitaires, alors que les anglophones ne représentent que 8,3 % de la population québécoise. Le compte n’y serait pas, même si on y additionnait l’ensemble des allophones (10,3 %), dont on ne voit cependant pas pourquoi ils ne devraient pas fréquenter les universités francophones.

Montréal – et surtout le Montréal francophone – est pauvre. Selon une étude récemment publiée de l’Association d’études canadiennes, Montréal vient au premier rang des 12 principales villes canadiennes pour le taux de chômage, les faibles revenus, la proportion de locataires, le nombre de familles monoparentales et de bénéficiaires de paiements de transfert des gouvernements,.

D’après une autre étude de l’OCDE qui vient d’être rendue publique, c’est à Montréal que la corrélation entre études et revenus est la plus forte au Canada. Un diplômé universitaire montréalais a des revenus presque deux fois supérieurs à un diplômé du secondaire.

Patronat, médias, gouvernement et appareils universitaires font présentement campagne pour nous faire avaler une hausse des frais de scolarité universitaires, et demain collégiaux. Leur campagne emprunte le schéma habituel. La France sert de repoussoir avec un système où la gratuité mènerait, essaie-t-on de nous convaincre, aux classes surpeuplées et à une éducation à rabais.

L’avenir « inévitable » serait du côté des pays anglo-saxons. Les Etats-Unis servent de modèles avec des institutions privées comme Harvard où les frais de scolarité s’élèvent à 50 000 $ par année. La Grande-Bretagne est aussi l’objet d’adulation depuis que le gouvernement de Tony Blair vient de procéder à des hausses vertigineuses.

Plus près de nous, l’Ontario est donné comme voie à suivre, compétition inter-provinciale oblige. Les frais de scolarité y ont augmenté de 10 % par année au cours des cinq dernières années. Il y a cinq ans, les revenus des parents d’un étudiant en médecine s’élevaient en moyenne à 80 000 $ en dollars d’aujourd’hui. Présentement, la moyenne est passée à 140 000 $.

Au Québec, les frais de scolarité – 1 862 $ par année – sont inférieurs de moitié à la moyenne canadienne qui s’établit à 4 025 $. Mais nous avons toujours besoin de cet incitatif pour rattraper notre retard historique par rapport aux grandes villes nord-américaines. Faut-il rappeler qu’on dénombre toujours un million d’analphabètes fonctionnels au Québec ?

Mais les universités manquent d’argent, dira-t-on. Quelle solution envisager ? Sans prétendre vouloir tout régler, nous pouvons quand même attirer l’attention sur quelques données fournies par le gouvernement dans le document conçu pour la consultation en cours.

Dans l’ensemble du budget des universités, les dons et legs sont deux fois plus importants (7,6 %) en Ontario qu’au Québec (3,5 %) et on peut facilement imaginer que l’écart serait encore plus prononcé si on ne tenait compte, au Québec, que des universités francophones. McGill est reconnue pour être généreusement dotée. Cela reflète évidemment la plus grande richesse de la communauté anglophone. Ne devrait-on pas en tenir compte dans la répartition des subventions aux universités ?

On apprend également que les entreprises dépensent, proportionnellement, beaucoup moins en Recherche et Développement (R & D) dans les universités au Québec qu’en Ontario. En l’an 2002, en Ontario, 71 % des dépenses totales en R & D se faisaient dans les entreprises et 24,9 % dans les universités et collèges. Au Québec, la part de la R & D effectuée en entreprise atteignait à peine 60,7 %, alors que 31,3 % de ces dépenses étaient prises en charge par les universités et cégeps.

Autrement dit, nous subventionnons, par le biais des octrois gouvernementaux aux universités, la Recherche et Développement que les entreprises du Québec ne font pas dans leurs usines. Il ne serait que normal que les entreprises défraient, par le biais d’impôts plus élevés, le déficit des universités, comme le réclament les associations étudiantes.

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