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N° 226 - février 2004
Aux finances, Martin était l’émule du shérif de Nottingham
De 1993 à 2002, le bénéfice des entreprises a doublé
Gabriel Sainte-Marie
Une analyse effectuée par la Banque Scotia en début d'année révèle que les ménages canadiens ont atteint un niveau d'endettement record. Depuis 2003, leurs dettes dépassent leurs revenus après impôt. En 1993, ce ratio dette/revenus nets était de 85%. Durant cette décennie, le nombre de faillites des consommateurs a doublé au Canada. 1993, c'est l'année où Paul Martin, l'actuel premier ministre, devenait ministre des Finances.

Selon Andrew Jackson, du Centre canadien de politiques alternatives, le lien entre l'arrivée de Martin et la situation de l'endettement est évident. La hausse a progressé au même rythme que les surplus budgétaires du gouvernement fédéral. En dix ans, la situation de la classe moyenne et des plus pauvres s'est sérieusement détériorée.

Dans une recherche intitulée « Paul Martin's Economic Record », Jackson étudie la condition des travailleurs canadiens durant le règne de Martin aux Finances. Entre 1993 et 2002, l'économie a grandement progressé. La production per capita a augmenté de 27 % au Canada et d'environ 30 % au Québec, contre 21 % aux États-Unis. Au Canada, il s'est créé 2,5 M de nouveaux emplois dont plus d'un demi-million au Québec. Ces chiffres sont impressionnants, mais n'ont aucunement profité aux travailleurs et travailleuses.

Une fois l'inflation enlevée, le revenu moyen des Canadiens a augmenté de seulement de 1 % par an, et celui des Québécois encore moins. La situation des travailleurs est pire. Par exemple, le salaire réel des travailleurs au Québec a à peine progressé de 0,1 % par an et a même diminué chez les travailleurs syndiqués !

L'impressionnante croissance de la production canadienne a surtout profité aux entreprises privées. Entre 1993 et 2002, leurs bénéfices avant impôts, en termes réels, a plus que doublé. En même temps, Paul Martin diminuait leurs impôts.

Il n'est pas étonnant que les inégalités sociales se soient accrues. Par exemple, à l'arrivée de Martin aux Finances, 20 % des Québécois les plus riches se partageaient 39,8 % des revenus après impôts. En 2002, ils avaient augmenté leur part à 42,7 %. Les autres 80 % ont vu leur morceau du gâteau diminuer. La situation est la même dans le reste du Canada. Durant cette période, la pauvreté n'a pas reculé malgré une croissance exceptionnelle de la production.

Oubliant sa fausse promesse de réduire la pauvreté, le Parti libéral a saboté les politiques de redistribution. Avant l'arrivée du PLC au pouvoir, les transferts gouvernementaux aux ménages représentaient 13,5 % du produit intérieur brut. En 2002, ils ne représentaient plus que 10,5 %. Cela représente 35 milliards $ actuels en moins aux ménages les moins fortunés. Les principaux programmes attaqués ont été ceux de l'assurance-emploi et de l'aide sociale.

En 1993, il y avait 1,6 M de chômeurs canadiens dont 57 % bénéficiaient du programme d'assurance-chômage. En 2002, le nombre a diminué à 1,3 M, mais seulement 38 % d'entre eux ont reçu de l'assurance-emploi. Une réduction de participation carrément inadmissible. Les premiers touchés par ces mesures sont les travailleurs saisonniers, occasionnels, à temps partiel et les femmes.

Les surplus de la caisse d'assurance-emploi, financée en grande partie par les travailleurs, ont servi à réduire le déficit gouvernemental. Un choix politique avantageux surtout pour ceux qui vivent à même les intérêts du capital. Le geste posé par Jean Chrétien et son acolyte Martin est digne du shérif de Nottingham.

Le gouvernement fédéral a sabordé les programmes sociaux des provinces comme la santé et l'éducation en coupant les paiements de transfert. Il a aussi éliminé le programme qui répartissait moitié-moitié les dépenses pour l'aide sociale entre le fédéral et les provinces.

Aucune de ces politiques n'a augmenté le bien-être de la population pendant le passage de Paul Martin aux Finances. Chrétien et Martin ont changé le rôle de l'État en singeant les États-Unis. Le gouvernement délaisse son côté social, ce qui réduit son poids. En 1992, les budgets des gouvernements au Canada (excluant le budget militaire) représentaient 43 % du PIB. En 2002, le ratio chutait à 34 %, s'alignant sur le voisin du sud qui maintient ce rapport à 28 %. Un tel désengagement augmente l'insécurité des travailleurs.

Il n'est pas surprenant que durant cette décennie les mises à pied temporaires aient augmenté de 15 % au Canada et de 50 % au Québec. Le nombre de personnes occupant plus d'un emploi en même temps, un signe d'insécurité manifeste, a augmenté de 20 % au Canada et de 50 % au Québec ! Aujourd'hui, un travailleur québécois sur quatre doit occuper plus d'un emploi pour vivre. Parallèlement, le taux de syndicalisation a diminué de 1 % au Québec.

Autant au Québec que dans le reste du Canada, un travailleur à temps partiel sur trois aimerait travailler à temps plein. La part des emplois du secteur public a aussi chuté. Aujourd'hui, il y a plus de travailleurs contractuels et saisonniers qu'avant l'arrivée du Parti libéral au pouvoir. La situation n'est guère reluisante. La baisse du taux de chômage dissimule un autre élément négatif. Par exemple, en 1999, malgré un taux de chômage canadien officiel de 7 %, c'est un travailleurs sur huit qui a été en chômage à un moment dans l'année.

Le surendettement des ménages est un élément qui s'inscrit dans le terne portrait actuel. La situation des familles et travailleurs canadiens ressemble de plus en plus à celle des États-Uniens. La croissance économique remarquable n'a pas profité aux travailleurs et l'ex-ministre des Finances en est grandement responsable. La situation des travailleurs québécois a déjà trop régressé. Il ne faut pas se faire d'illusions. Paul Martin au pouvoir à Ottawa et Jean Charest à Québec continuent à miner notre bien-être. Si nous voulons recouvrer notre juste part du gâteau, il faudra redoubler de vigilance et se préparer à de chaudes luttes.

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