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N° 226 - février 2004
En Uruguay, au Pérou et au Mexique
Les mobilisations populaires ont raison du néolibéralisme
André Maltais
Le mois de décembre a vu plusieurs victoires se concrétiser pour la population en Amérique latine. En Uruguay, au Pérou et au Mexique, les mobilisations populaires, parfois appuyées par une partie de la classe politique, ont eu raison de plusieurs projets à saveur néolibérale.

Référendum en Uruguay : La privatisation du pétrole recule ! Le 7 décembre, les Uruguayens votaient à 62,2 % le rejet d'un projet de loi permettant la privatisation de l'entreprise pétrolière nationale ANCAP (Administration nationale des combustibles, alcools et ciments Portland). Les partisans de la propriété publique du pétrole l'emportaient dans 16 des 19 provinces du pays y compris la capitale Montevideo.

La campagne du « oui » (oui au rejet du projet de loi) a été dirigée par la coalition de gauche Frente Amplio (Front large) de même que par les travailleurs de l'ANCAP.

Les analystes croient maintenant que Frente Amplio pourrait gagner les élections présidentielles d'octobre 2004. Les sondages menés après le référendum indiquent que le chef de la coalition, Tabare Vasquez, serait élu à la présidence dès le premier tour si le scrutin avait lieu maintenant.

En 1999, Vasquez avait déjà recueilli plus de votes que n'importe quel autre candidat, mais il avait perdu au second tour quand les deux partis traditionnels (le Parti Colorado et le Parti National) ont conclu une alliance en faveur de l'actuel président Jorge Batlle du Parti Colorado.

L'exploit de la gauche uruguayenne est de taille! Durant la campagne référendaire, Frente Amplio et la modeste Commission de défense de l'ANCAP ont dû affronter non seulement l'appareil gouvernemental au complet, mais aussi presque toutes les forces politiques du pays incluant les ex-présidents Luis Alberto Lacalle et Julio Maria Sanguinetti. De plus, Tabare Vasquez a dû combattre certaines figures importantes de son propre parti dont Danilo Astori et le chef historique de la coalition, Liber Seregni.

La loi rejetée aurait permis, pour une durée maximale de 30 ans, la formation d'un « joint-venture » entre l'ANCAP (entreprise d'État depuis sa fondation en 1931) et une compagnie privée étrangère. Elle aurait également mis fin au monopole d'État sur l'importation, le raffinage et l'exportation du pétrole et de ses produits.

Pour le porte-parole de la Commission de défense de l'ANCAP, Hugo de Mello, les résultats du référendum démontrent que « les majorités parlementaires n'appuient pas toujours ce qui est le fruit du sentiment et de la volonté populaire ».

Même si l'Uruguay importe tout le pétrole qu'il consomme et impose à la population le prix de l'essence le plus élevé de la région, la population a décidé que la privatisation était loin d'être la solution. « Pour l'être, nous dit Vasquez non sans ironie, les entreprises privées devraient accepter des règles et apporter à l'ANCAP ce qui lui manque pour pouvoir réduire le prix de la gazoline ».

Pérou : La compagnie minière canadienne recule ! Du 5 au 7 novembre dernier, des milliers de paysans péruviens dressaient pas moins d'une centaine de barrages routiers autour de Tambogrande et dans la zone agricole de la vallée de San Lorenzo dans l'extrême nord-ouest du pays.

Depuis 1997, la population de la région essaie d'empêcher la compagnie canadienne Manhattan Minerals (par le biais de sa filiale Manhattan Sechura) de creuser une mine à ciel ouvert à Tambogrande. Le problème est que les gisements d'or et d'autres métaux (d'une valeur estimée à un milliard de dollars) visés par le projet sont situés sous le centre-ville même de Tambogrande !

La compagnie veut creuser sous les rues et les maisons poussiéreuses et déplacer les deux cinquièmes des 20 000 habitants de la ville. Profitant de l'extrême pauvreté des habitants (85 % d'entre eux n'ont ni électricité ni eau potable ni rues pavées), la compagnie promet de moderniser les installations de la ville et de reloger les familles déplacées.

« Les mines, dit Francisco Ojeda, président du Front de défense des intérêts de Tambogrande et nouveau maire de la ville, comptent pour la moitié des revenus d'exportation du Pérou et elles nous ont toujours légué un héritage de pauvreté ».

Les résidents calculent que la mine, par la pollution qu'elle engendrera, va détruire l'agriculture de la plus riche région agricole péruvienne qui, entre autres choses, produit 40 % des mangues et des limes du pays.

« Quel est l'avantage, demande le maire, d'avoir une mine qui va créer 600 emplois mais va ruiner une agriculture qui donne présentement du travail à 17 000 habitants de Tambogrande ? »

En février 2001, les résidents avaient déclenché une grève civique intense contre la mine et, un mois plus tard, le militant Godofredo Garcia Baca était abattu par de mystérieux tueurs masqués. En juin 2002, lors d'un référendum non officiel, plus de 95 % d'entre eux s'étaient à nouveau prononcés contre le projet minier.

Cette année, la compagnie de Vancouver s'était enfin décidée à procéder à une étude d'impact environnemental tout en exigeant de l'État péruvien une compensation de 50 millions de dollars pour abandonner le projet.

Puis, le 11 décembre, Manhattan Minerals annonce que Centromin Peru (l'agence minière gouvernementale) a résilié le contrat Tambogrande parce que l'entreprise a failli à l'obligation de démontrer au 1er décembre qu'elle disposait d'un premier capital de 100 000 $ à investir. Cette « technicalité contractuelle » ressemble étrangement à une belle victoire de la population ! Jusqu'à maintenant au Pérou, aucune compagnie minière ne s'était jamais vu refuser un permis d'exploitation après une étude d'impact environnemental !

Mexique : La réforme fiscale du président Fox recule Le 23 décembre, la Chambre des députés du Congrès mexicain approuvait la loi fiscale 2004, une modification annuelle concernant l'impôt et le budget exigée par la constitution. Mais les modifications adoptées excluaient le plan du président Fox d'étendre la TVA (taxe à la consommation) aux aliments et aux médicaments.

Le plan était appuyé par le Parti d'action nationale (PAN) de Vicente Fox et combattu par le Parti de la révolution démocratique (PRD) de centre-gauche. Mais la division dans les rangs de l'ex-parti au pouvoir pendant plus de 70 ans, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) a empêché l'adoption de la réforme.

En effet, le PRI détient encore la majorité des sièges au Congrès et beaucoup de ses députés ont sacrifié leurs convictions néolibérales pour ne pas trop s'aliéner la population et faire voir, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, l'image d'un Vicente Fox inefficace.

Faut dire aussi que l'opposition de la population était quelque chose à voir! Un mois de manifestations dont la plus spectaculaire eut lieu le 27 novembre à Mexico, où près de 200 000 personnes se sont rassemblées au Zocalo. Il s'agissait de la plus grande manifestation des 20 dernières années !

La réforme visait à réduire la TVA de 15 % à 10 %, mais à en étendre l'application à plus de « produits » comme les livres, les médicaments et les aliments, touchant ainsi davantage de consommateurs dont ceux des classes les plus pauvres. Elle contenait aussi d'autres mesures ouvrant la porte à plus de privatisations dans le domaine des industries nationales électriques et pétrolières.

La résistance populaire et la stratégie paralysante du PRI font en sorte que, à mi-chemin de son mandat de six ans, Vicente Fox n'arrive absolument pas à imposer les « réformes » économiques néolibérales que les investisseurs étrangers attendaient de lui.

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