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N° 226 - février 2004
Quand Compass, Sodexho et Aramark mettent la table
C'est le pouce du travailleur qui fait le sandwich
Vincemt Larouche et Pierre Dubuc
Le 12 juillet dernier, le gouvernement Charest octroyait au Groupe Compass le contrat pour alimenter les 1500 athlètes, entraîneurs et dignitaires aux Mondiaux Jeunesse 2003 qui se tenaient à Sherbrooke. Mais ce n'était là qu'un amuse-gueule.

Aujourd'hui, le Groupe Compass et ses deux principaux concurrents, les firmes Sodexho et Aramark, suivent avec grand intérêt les débats entourant les modifications au code du travail et les projets de loi sur la réorganisation des services de santé présentement à l'étude à l'Assemblée nationale.

Le Groupe Compass et les sociétés Sodexho et Aramark sont trois multinationales spécialisées dans la sous-traitance des services alimentaires, d'entretien ménager et de buanderie aux institutions publiques et aux entreprises.

Le Groupe Compass est une société britannique qui compte 250 000 employés dans plus de 80 pays. Son chiffre d'affaires est de 7,3 milliards de livres sterling. Avec l'acquisition récente de Beaver Foods, elle a triplé ses activités au Canada où elle est présente dans plus de 1 500 établissements, principalement des établissements publics d'éducation et de santé.

Sodexho est une société française qui comprend aujourd'hui 315 000 employés répartis dans 74 pays et réalise un chiffre d'affaires de plus 12,6 milliards d'euros. En 2001, elle a pris le contrôle de la société américaine Marriott. Elle se proclame le numéro un mondial de la restauration. Elle embauche 1500 personnes au Québec dans 108 établissements.

Enfin, Aramark est une firme de Cincinnati, qui emploie 200 000 personnes dans 18 pays avec un chiffre d'affaires de 8,8 milliards $US.

Le Syndicat canadien de la fonction publique a publié un portrait de Sodexho qui en dit long sur ses pratiques. Quatre hôpitaux de Vancouver ont résilié leur contrat avec Sodexho par suite de nombreuses plaintes sur la mauvaise qualité de la nourriture. À Glasgow et à Liverpool, les hôpitaux, dont l'entretien ménager avait été confié à Sodexho, ont été pointés comme « les plus malpropres du Royaume-Uni ». En Californie, les hôpitaux Stanford et de l'Université de la Californie à San Francisco ont résilié leurs contrats avec Sodexho pour la malpropreté du linge confié à la buanderie.

La situation n'est pas meilleure dans l'éducation. À Chicago, des centaines d'élèves qui utilisaient les cafétérias exploitées par l'entreprise ont été malades. Au Massachussets, l'Occupational Safety and Health Agency a imposé une amende à Sodexho parce qu'un étudiant a trouvé un morceau de pouce d'un travailleur dans un sandwich à la dinde. Au Wisconsin, quatre enfants ont dû être hospitalisés pour une intoxication alimentaire au E. coli. À l'Université Johns Hopkins, une cafétéria exploitée par l'entreprise a dû être fermée pour malpropreté. Au Centre médical St. Joseph, à Baltimore, les épidémiologistes ont lié 24 cas de salmonellose aux aliments préparés par la cuisine de l'hôpital exploitée par Sodexho.

Aux Etats-Unis, Sodexho a été condamnée à plusieurs reprises par le National Labor Relations Board pour pratiques anti-syndicales. Seulement 12 % de sa main-d'œuvre est syndiquée, ce qui est inférieur aux taux du Groupe Compass et Aramark, pourtant reconnus pour leur anti-syndicalisme. Le salaire moyen oscille entre 6 $ et 8 $ de l'heure. Par contre, en 1999, le p.d.-g. Pierre Bellon touchait un salaire de 25 millions de dollars. La revue Forbes le classe au 363e rang des individus les plus fortunés du monde.

Sur son site Internet américain, Sodexho se vante d'équité raciale en emploi et affiche les photos de Noirs, de Latinos et d'Asiatiques. Cependant, Sodexho fait face aux Etats-Unis à un recours collectif de 1 milliard $ de la part de ses 2 600 gérants noirs, actuels et passés, pour discrimination.

Sodexho a obtenu un contrat de 850 millions $US du Pentagone pour nourrir les Marines américains, mais le contrat a été annulé après les protestations du Groupe Compass pour pratiques concurrentielles déloyales.

Au Canada, le gouvernement de la Colombie-Britannique vient d'adopter une loi qui a pour effet de céder au secteur privé pour 700 millions $ de services de santé et Sodexho est sur les rangs. En Ontario, l'hôpital de Grand River à Kitchener, aux prises avec un déficit de 9,8 millions $, veut confier l'entretien ménager à Sodexho dans le but avoué d'économiser 300 000 $ par année.

Le Groupe Compass est présent au Grand Prix du Canada, au Centre Bell, au Stade Percival-Molson, au Sky Dome de Toronto, à Tennis Canada, au Mont-Saint-Anne. À ce dernier endroit, il a été prouvé que le centre de ski avait confié son service de restauration au Groupe Compass pour se soustraire à la loi sur l'équité salariale.

La société Aramark est connue pour avoir acquis les services de cafétéria de Bombardier Aéronautique et décrété un lock-out pour obliger les employés à accepter des réductions de salaires de 19,25 $ à 7,75 $ de l'heure. Finalement, après avoir passé près de quatre mois à la rue, le syndicat a négocié des salaires qui s'échelonnent de 10,15 $ à 14,50 $ l'heure.

Aux États-Unis, Aramark est depuis longtemps reconnue comme une entreprise férocement anti-syndicale. Les tactiques des administrations locales de l'entreprise comprennent l'inclusion de lettres avec les chèques de paye décourageant les employés de se syndiquer, la projection de vidéos anti-syndicaux aux employés, le harcèlement et la diminution des heures de travail des organisateurs syndicaux.

Lors de la campagne pour syndiquer les employés d'Aramark au sein d'un groupe d'établissements scolaires en Californie, en 1999, la direction a averti par écrit les employés que l'arrivée d'un syndicat pouvait leur coûter leur emploi. Au cours des années, près de 400 plaintes pour non-respect des lois sur les syndicats et les relations de travail aux États-Unis ont été déposées contre Aramark.

La situation actuelle au service de cafétéria de Bombardier, à savoir la dégradation des conditions de travail suite à la prise en charge du service par Aramark, s'est déjà produite dans un nombre incalculable d'universités, de collèges, d'usines, d'hôpitaux et autres lieux de travail.

Le 30 juillet dernier, ce sont 950 employés d'entretien ménager syndiqués qui ont perdu leur emploi au sein des hôpitaux de la Colombie Britannique, suite à la décision du gouvernement libéral de la province de faire appel à Aramark comme sous-traitant. Les syndiqués furent remplacés par des travailleurs beaucoup moins bien payés, mais aussi moins bien formés et sans expérience.

Cette tendance est d'autant plus inquiétante qu'Aramark Québec annonçait en janvier 2000 son intention de diversifier ses services offerts, en proposant d'agir comme sous-traitant pour « tout ce qui peut être imparti par les entreprises et les institutions ».

Les trois ogres sont d'autant plus affamés que leurs affaires vont mal. Le bénéfice de Sodexho a chuté de 13 % en 2003. Quant à l'action de Compass Group, elle a été dépréciée d'environ un tiers au cours de la même période. Non seulement poussent-elles le gouvernement Charest à leur dresser la table, mais soyez assurés qu'elles ne toléreront pas d'autres convives.

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