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Kyoto ? On s'en fiche !
N° 226 - février 2004
Le Premier ministre joue les hommes de paille
Jean Charest promu commissionnaire d'Alcan
Pierre Dubuc
C'est en vulgaire petit commissionnaire du petit poltron de président de l'Alcan que le premier ministre Charest vient d'annoncer à Davos la fermeture, dix ans avant la date prévue, des cuves Soderberg au Saguenay, mettant à pied 560 travailleurs et plongeant dans l'insécurité une région déjà éprouvée par le licenciement de 600 travailleurs à la papetière de la Consolidated-Bathurst à Port-Alfred quelques jours avant Noël.

Quelle minable sortie pour un Premier ministre qui justifie son pèlerinage à Davos par la possibilité de rencontrer des hommes d'affaires pour annoncer des investissements et des créations d'emploi !

La fermeture prématurée des installations de l'Alcan permettra de dégager 200 mégawatts qui pourront être exportés aux États-Unis et permettront de toucher des bénéfices beaucoup plus juteux que ceux engendrés par la fabrication de lingots d'aluminium.

Rappelons que l'Alcan possède ses propres installations hydro-électriques, celles-ci ayant échappé à la nationalisation de l'électricité de 1962. Si le premier ministre du Québec avait une once d'amour-propre, il répliquerait au soufflet que lui a infligé l'Alcan en nationalisation ses installations. Il n'en fera évidemment rien. Aussi, il revient au mouvement syndical de réclamer la nationalisation des installations hydro-électriques de l'Alcan. Le potentiel hydro-électrique est un bien commun.

La décision surprise de l'Alcan doit également être mise dans le contexte d'une série de propositions précipitées d'Hydro-Québec et du gouvernement Charest au cours des dernières semaines : renégociations des ententes sur l'approvisionnement en électricité pour les usines de Baie-Comeau et Deschambault de la compagnie Alcoa; réactualisation du projet ultra-polluant de centrale thermique dans le Suroît, augmentation « modulée » des tarifs d'électricité.

Encore plus significatif, Le Devoir du 22 janvier nous apprend qu'Hydro-Québec a servi une « première mise en garde publique au gouvernement » au sujet des industries énergivores. Les dirigeants d'Hydro-Québec ont formellement prévenu le gouvernement de ne plus accepter de projets industriels énergivores comme les alumineries, les papetières ainsi que l'industrie chimique et plastique.

Pour justifier sa position, Hydro-Québec a publié un tableau évaluant la création d'emplois et les sommes investies par mégawatt. Les alumineries arrivent, bien entendu, au bas de l'échelle avec 0,7 emploi par mégawatt, alors que l'industrie de la transformation alimentaire trône en tête de liste avec 234 emplois créés par mégawatt.

Cette argumentation est complètement ridicule. En vertu d'une telle logique, la meilleure solution, en termes de mégawatts et création d'emplois, serait de retourner labourer les champs avec un bœuf ou un cheval !

Tout économiste digne de ce nom sait que les alumineries – tout comme la sidérurgie – ne sont pas rentables en soi. Elles ne le deviennent que dans le cadre d'un projet économique national comprenant d'importantes activités de transformation qui, elles, sont créatrices de valeur et d'emplois.

Par exemple, un projet national d'électricification du transport urbain (tramways, trolleybus) et interurbains (trains de banlieue, trains à grande vitesse) entraînerait la transformation au Québec de l'aluminium nécessaire à la production en grand nombre de locomotives et de wagons par les usines de Bombardier à La Pocatière.

Un tel système de transport public intégré et efficace réduirait le nombre d'automobiles et de camions sur les routes et, par le fait même, les importations de pétrole. Le Québec ne produisant ni voitures ni pétrole, ces deux produits sont responsables de la majeure partie de la sortie de devises. Le volet écologique d'un tel projet n'échappera non plus à personne.

Cependant, agir en ce sens demanderait de la vision et du courage. Des qualités que n'a manifestement pas le gouvernement Charest qui préfère gérer à la petite semaine en appauvrissant la population et en polluant l'atmosphère pour exporter le maximum de mégawatts aux États-Unis – avec les emplois qui y sont liés – pour remplir ses coffres dégarnis, résultat de l'étranglement fiscal dans lequel Ottawa maintient le Québec.

D'autre part, il est évident que le black-out de l'été dernier, qui a jeté le côte est des Etats-Unis et l'Ontario dans l'obscurité pendant plusieurs jours, pousse l'administration Bush – qui a identifié la sécurité énergétique comme une priorité dans ses relations avec le Canada – à exercer de très fortes pressions auprès du gouvernement du Québec pour que celui-ci augmente ses exportations vers le sud.

Derrière la fermeture des installations de l'Alcan et les récentes décisions d'Hydro-Québec se profile un des principaux enjeux de l'avenir du Québec. Être rabaissé au rang de pays du tiers-monde, simple fournisseur d'énergie à l'empire, ou avoir suffisamment d'échine pour se doter d'un véritable projet économique libérateur ?

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