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AD MARE USQUE AD MARTIN
N° 225 - janvier 2004
L’aparté
SO, SO, SO, SOLIDARITÉ !
François Parenteau
On peut bien se plaindre d’avoir des gouvernements trop à droite, la population est devenue de droite. Le chacun pour soi, le manque total de solidarité, le conservatisme et le conformisme sont partout.

Prenez l’actuelle grève dans les transports en commun. Partout autour de moi, je n’ai entendu que des invectives à l’endroit des grévistes. Et je ne fréquente pas vraiment les gens de la Chambre de commerce ou du Beaver Club. Pour tout dire, même moi j’ai pensé toutes ces choses pas très gentilles envers nos camarades travailleurs du transport en commun. Mais je m’en étonne tout de même.

Je m’étonne qu’il n’y ait aucune nuance dans les dénonciations. Aux yeux de tous, toutes classes sociales unies, les employés d’entretien sont des planqués surprotégés qui prennent la population en otage et, surtout les plus démunis de la population, ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter la liberté sous forme de char. S’ils voulaient écoeurer le monde du transport en commun, ils ne pourraient pas mieux s’y prendre. Les formules de ressentiment sont aussi denses et colorées qu’un autobus sur l’avenue du Parc à l’heure de pointe. Et dans les médias, à part l’aut’journal et quelques pamphlets syndicaux, aucune exception non plus. C’est un transport collectif.

Pourtant, une grève est censée établir un rapport de force en faveur des grévistes. Dans ce cas-ci, ils revendiquent de meilleurs salaires et de meilleures conditions de retraite. Il me semble que se mettre à dos la population est une bien mauvaise stratégie. Sans doute n’ont-ils rien à foutre de la population. En fait, la grogne publique ne peut que les servir puisqu’elle fait pression sur les dirigeants alors qu’elle ne les atteint pas, eux, puisque leur job est protégée par des planchers d’emplois. Et ici, contrairement aux autobus, pas question de planchers surbaissés. Belle mentalité.

Quand on regarde la série Simonne et Chartrand ou tout ce qui rappelle les grandes luttes syndicales du passé, il y a bien sûr des empoignades et de la tension. Mais on voit aussi la solidarité, l’entraide, l’appui du public à une cause jugée juste. Sans doute était-ce plus facile de se regrouper face aux boss quand les boss étaient de méchants anglais. Mais voilà, les boss sont maintenant des Canadiens-français. Et en plus, dans ce cas-ci, l’employeur est public. Et dans un contexte de sous-emploi, quiconque a une job payante avec la sécurité d’emploi est déjà considéré comme un privilégié. Ça ne fait pas le même cocktail.

Le problème, il me semble, c’est que le monde syndical semble tellement présumer de la justesse de sa cause qu’il ne voit pas la nécessité de l’expliquer à la population. Ceux qui comprennent sont des braves, ceux qui ne comprennent pas sont des écoeurants et nous vaincrons. Ils pourront bien accuser les médias de se faire les messagers des patrons et les porte-voix serviles de la droite. Ils auraient même largement raison. Mais s’ils continuent à ne pas tenir compte du ressentiment public, ils courent à leur perte.

Pire, en agissant comme si rien n’avait changé, ils contribuent à maintenir la droite individualiste et ses idées au pouvoir, et dans ce cas-ci à consolider la civilisation du pétrole. Après une grève comme celle-là, Charest aura beau jeu de privatiser ou de sous-traiter le transport en commun en réduisant radicalement les salaires et les conditions de travail. La population sera tellement écoeurée qu’elle sera d’accord.

Je ne sais pas si cette grève est réellement justifiée mais ce n’est pas mon propos. Il me semble juste qu’il y aurait moyen de faire des pressions sans pour autant se mettre la population à dos. Je ne connais pas les détails des lois mais s’ils ne faisaient pas payer l’entrée au lieu d’arrêter les véhicules, me semble que ce serait plus sympathique. Ou, encore mieux, si tous ces syndiqués s’organisaient pour pallier le manque de transport en offrant des lifts pendant la journée aux citoyens se retrouvant à la rue ? En plus d’aider les gens, ça permettrait aux grévistes d’expliquer leur cause entre deux lumières. Ça, ce serait une démonstration de solidarité. Et, immanquablement, elle en attirerait d’autres. De la part des usagers envers eux mais aussi, par l’exemple, entre les usagers et certains automobilistes. Si cette grève pouvait servir à favoriser le covoiturage, ce serait au moins ça.

Mais présentement, les services essentiels font en sorte que la population peut s’arranger pour suivre les horaires et tenir compte de la circulation alourdie sans avoir à changer complètement ses habitudes. Donc, tout ce que les employés d’entretien entretiennent, présentement, c’est la colère de toute la population envers eux. Car il y a un service essentiel qu’ils n’assurent vraiment pas. C’est celui de la solidarité. Parce que la solidarité, ça doit circuler dans les deux sens...

Texte lu à l’émission du 22 novembre de Samedi et rien d’autre animé par Joël Le Bigot sur les ondes de Radio-Canada.

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