L'aut'journal
Le mercredi 12 décembre 2018
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
AD MARE USQUE AD MARTIN
N° 225 - janvier 2004
Contre la manipulation hollywoodienne
Un petit guide de survie pour nageurs essoufflés
Gabriel Anctil
La réédition de l’essai de Paul Warren, Le secret du star-system américain, tombe à point. Noyé dans un raz-de-marée de mises en scène de la réalité (les guerres hollywoodisées, les télés-réalité scénarisées), ce petit guide de survie pourrait servir de bouée à bien des nageurs essoufflés.

Professeur de cinéma à l’Université Laval, Warren nous donne un petit cours sur les techniques qu’utilisent les films hollywoodiens pour amener les spectateurs à s’identifier, sans aucune distanciation émotive ou critique, au personnage principal d’un film. Sa théorie s’articule autour du plan de réaction (le reaction shot) qui est utilisé à profusion dans n’importe quel film qui suit les techniques hollywoodiennes, qu’il soit américain ou autre. Ce plan de réaction, comme son nom l’indique, signale littéralement au spectateur quelle émotion adopter : être amusé, heureux, triste, soucieux, épouvanté, amoureux, euphorique ou furieux.

Ces plans de réaction sont souvent joués par les personnages secondaires du film, dont la seule fonction est de mettre en valeur le héros, le personnage principal. Prenons un exemple évident : dans la série des Rocky, durant les combats de celui-ci (interprété par Sylvester Stallone), on nous montrera à plusieurs reprises sa femme qui le regarde passionnément du bas du ring.

Quand il reçoit un coup, on nous la montre qui grimace (nous grimaçons avec elle). Quand il donne un coup, elle se réjouit (nous nous réjouissons avec elle). S’il fait une farce, elle s’esclaffe (nous nous esclaffons). Chaque émotion est commandée, contrôlée. Et le rouage est si bien huilé que personne, ou presque, ne réalise qu’il se fait dicter la façon de penser et de réagir.

Tant que le tout reste du divertissement, c’est sans conséquence sérieuse. Mais ce que nous fait remarquer Warren, c’est que cette technique, qui a été perfectionnée dans les années 20, a débordé la seule sphère cinématographique : elle a envahi la publicité (pensez aux infopubs), la télévision (pensez aux Jeux Olympiques) et l’information (pensez aux simagrées de Gilles Proulx quand il écoute un journaliste). En fait, elle est rendue partout.

Bien sûr, les politiciens ont récupéré ces techniques et les ont utilisées pour s’allier et séduire les masses. Les premiers à le faire de façon vraiment sérieuse ont été Hitler et Goebbels (avec la cinéaste Leni Riefenstahl). Au sud de notre frontière, la Maison-Blanche travaille régulièrement avec Hollywood pour mettre en scène son président: quand Georges W. prononce un discours devant des milliers de marines et que le montage télévisuel nous montre les réactions positives de ces soldats inconnus aux mots de leur président, des millions de téléspectateurs les imitent et réagissent avec entrain à son discours.

Évidemment, dans son livre, Warren va plus loin et analyse aussi le rôle des vedettes, de la musique, du langage corporel, du rôle des angles et de la grosseur des prises de vue. Il donne de nombreux exemples tout en utilisant un vocabulaire simple et accessible aux néophytes.

C’est donc un outil très précieux pour ne pas tomber dans les pièges pernicieux des manipulateurs d’émotions. À mettre à côté de la télévision, entre le TV-Hebdo et le Guide-cinéma.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.