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AD MARE USQUE AD MARTIN
N° 225 - janvier 2004

Les blessures symboliques
Gilles Derome
Certains gestes sont innocents pour celui qui les pose. Un homme politique peut se faire inviter par un riche propriétaire sans que son intégrité et son impartialité soient compromises. La chose se complique lorsque cinq ou six hommes ou femmes, et peut être d’autres, se font inviter par le même riche propriétaire et que ce dernier fait des dons généreux au parti politique des premiers. On répète depuis longtemps que le pouvoir corrompt. Le danger est d’en faire la preuve.

Quand j’étais jeune, on découvrait avec Bruno Betthelheim la signification des blessures symboliques. Le fait que des propriétaires riches et unilingues d’une ville refusent de s’intégrer à une autre plus grande cause une de ces blessures symboliques à ceux qu’ils rejettent. Il y a dans ce refus de reconnaître l’autre une volonté d’apartheid, de ségrégation et de provocation.

Et ce mépris avive chez les plus fragiles le goût des règlements de comptes. Pour ceux qui n’ont pas les mots pour exprimer leurs blessures, la tentation est grande de faire du bruit et des éclaboussures. Je ne suis pas certain que les graffitis – made by strangers, disait une propriétaire offusquée – soient moins démocratiques que son propre refus de s’associer à une grande ville.

Si la défusion est démocratiquement permise à cette échelle, elle le sera à l’échelle du pays tout entier. Je ne suis pas malheureux que les fauteurs aient été pris. Ce qui m’aurait inquiété, c’est qu’ils demeurent anonymes comme les polices montées de la reine qui ont jadis posé des bombes et distribué des faux communiqués. On se souviendra qu’elles n’ont pas été mises en prison ou salies par les maîtres de la démocratie au pouvoir.

Devoir de mémoire, devoir de justice propose à notre réflexion le philosophe Paul Ricoeur dans un livre sur la critique et la conviction. Les auteurs des chiures ont mal réagi au mépris légal et démocratique des riches unilingues. C’est notre devoir de justice de rappeler à ces derniers qu’eux aussi, ils ont un devoir de mémoire.

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