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AD MARE USQUE AD MARTIN
N° 225 - janvier 2004
Les Pépines s’affichent partout en Estrie
De la grappe aux raisins, aux pépins, aux pépines
Ginette Leroux
Les PÉPINES. Intrigant ce sigle, non ? « Notre sigle est le fruit d’un jeu de mots sur les télégrappes industrielles, mises en place par Gérald Tremblay, actuel maire de Montréal, mais ministre de l’Industrie et du Commerce en 1992, à l’époque de la création de notre organisme. Les grappes nous ont fait penser aux raisins, les raisins aux pépins et les pépins aux... pépines ! Il ne restait qu’à trouver une signification pour chaque lettre », raconte Colette Bernier, coordonnatrice de la Promotion des Estriennes Pour Initier une Nouvelle Equité Sociale, les Pépines.

À l’instigation de Nicole Dorin, alors responsable du bureau du Conseil du statut de la femme (CSF-Estrie), un noyau de militantes dans divers secteurs d’activités et provenant de toutes les municipalités régionales de comté (MRC) se réunissent. Pour elles, dans l’élan de la politique de régionalisation, c’était l’occasion pour les femmes d’accroître leur présence dans les instances décisionnelles de leur communauté. Depuis onze ans, les Pépines font de ce défi leur quotidien.

Au cours de ces années, soutenues entre autres par le Conseil régional de développement (CRD-Estrie), un allié naturel, elles n’ont eu de cesse qu’elles n’aient produit des outils d’information et de sensibilisation. Un premier document, le répertoire Femmes en tête en Estrie, publié en septembre 2000, présente une liste de 104 candidates prêtes à s’engager dans leur milieu qui affichent leurs compétences et leurs expériences. « Il leur fallait assez d’audace pour accepter de s’afficher, confie Mme Bernier. Des femmes de tous les milieux, certaines qu’on connaissait un peu plus, d’autres pas du tout mais qui y croyaient. »

Ce bottin a été distribué dans les Centres locaux de développement (CLD) de chaque Municipalité régionale de comté (MRC), les conseils d’administration du Conseil régional de développement (CRD), aux élus municipaux, aux commissions scolaires, etc. Bref, partout où il y a des instances décisionnelles.

« Selon nous, aucun niveau de pouvoir n’est à négliger, ajoute la coordonnatrice, car le plus petit comité d’une municipalité peut avoir un impact sur la qualité de vie des gens qui y vivent. Certaines femmes aimeront mieux consacrer leurs énergies dans leur municipalité. D’autres y verront un tremplin vers des paliers plus importants, comme accéder à la présidence du CRD par exemple », commente-t-elle.

Actuellement, une moyenne de 20 % d’Estriennes sont présentes dans les principaux lieux décisionnels, plus en éducation et en santé. Et en politique municipale, elles ne sont pas légion avec 12 % de mairesses et plus ou moins 20 % de conseillères parmi tous les conseillers. C’est peu si l’on considère que les femmes constituent 52 % de la population !

Des projets, les Pépines en ont plein la tête. En 2001, deux autres documents voient le jour : la « Cartographie du pouvoir en Estrie » et son complément, le « P’tit guide des chemins du pouvoir ». Utilisés dans les sessions de formation, ces outils d’information servent à démystifier et à comprendre les diverses routes du pouvoir. Un concept séduisant, un produit de qualité, facile à consulter et de format pratique.

« Toutefois, travailler auprès des décideurs n’est pas tout, souligne Colette Bernier. Les femmes ont elles-mêmes des préjugés bien ancrés face au pouvoir. Il faut les aider à déconstruire ces images acquises historiquement. Des femmes l’ont compris, d’autres hésitent encore », en convient la coordonnatrice.

Les Pépines vont maintenant vers la relève. Trois cent cinquante jeunes femmes de 15 à 30 ans ont été interrogées afin de produire un outil d’intervention spécifique pour les milieux scolaires, du secondaire à l’université. « C’est durant cette quinzaine d’années qu’elles sont le plus réceptives. Non seulement l’information fera son chemin, mais elles auront pris le goût de s’investir et de réclamer la place qui leur revient. L’habitude du pouvoir sera alors devenue une seconde nature », pense Mme Bernier. De plus, ces milieux sont mixtes. Il est important d’interpeller aussi les jeunes hommes pour développer chez eux le réflexe de l’équité entre hommes et femmes, pour que cela aille de soi.

Les Pépines s’affichent partout en Estrie. À leurs multiples réalisations, s’ajoutent des activités parallèles, entre autres un concours et une série de conférences qui permettent d’accroître leur visibilité.

Travailler à changer les mentalités n’est pas une mince affaire. Rien n’est acquis. Mais les Pépines savent maintenant préparer le terrain.

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