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AD MARE USQUE AD MARTIN
N° 225 - janvier 2004
Depuis 1993, la part anglophone fait des gains
Il faut sortir du jovialisme linguistique
Suzanne Lachance
Les militants qui luttent pour faire du français la véritable langue commune au Québec gagneront-ils leur pari ? En tout cas, certains se préparent à secouer la torpeur dans laquelle s'englue la question depuis quelques années. C'est à la mobilisation qu'invitent Jean Dorion et Mario Beaulieu, au terme d'une journée d'étude tenue le 22 novembre sur l'état de la langue française.

Les conférenciers invités, Josée Legault et Charles Castonguay, ont livré leur analyse à un auditoire de plus d'une centaine de personnes, constitué principalement de gens d'âge mûr voire vénérable, mais parsemé aussi, malgré la grève des transports en commun qui sévissait en cette journée, de quelques jeunes, preuve vivante que la cause a un avenir.

Josée Legault dresse un sévère constat du « jovialisme linguistique » pratiqué par le précédent gouvernement péquiste, dont le message a largement été relayé par les médias : le français a fait des progrès, la paix et l'équilibre linguistique ont été atteints. À son avis, Lucien Bouchard a consacré, particulièrement lors du « congrès du miroir » de novembre 1996, la rhétorique anglo-montréalaise basée sur les droits individuels, associant les mesures de renforcement du français à une violation de ces droits.

Le gouvernement Parizeau ayant commandé une étude, en 1995, pour connaître l'évolution de la situation linguistique, elle rappelle que le rapport Legault-Plourde qui en a résulté a été jugé trop alarmiste, alors que se préparait le discours « bonne-ententiste » du Centaur, en mars 1996. Il a donc été relégué aux oubliettes.

Il relevait pourtant certains reculs qu'on n'a jamais cherché à renverser, nonobstant le « bouquet de mesures » offert par Lucien Bouchard aux militants les plus revendicateurs pour les calmer. Ces derniers ont d'ailleurs fait les frais d'une campagne de dénigrement en règle de la part des hautes instances du parti, qui les ont affublés d'étiquettes peu flatteuses « purs et durs, radicaux, extrémistes ».

Il faut sortir du jovialisme, dit-elle, et se remettre à faire des études qui mèneront à des mesures de renforcement, voire assurer la prééminence de la Charte de la langue française sur d'autres lois, afin d'atteindre l'objectif principal, qui est d'assimiler les nouveaux arrivants à la langue naturelle des Québécois.

Charles Castonguay dénonce depuis longtemps le problème de comparabilité des données linguistiques fournies par Statistiques Canada. Les raisons de cette manipulation, selon lui : rassurer les Québécois sur la situation de la langue française, la langue étant l'élément mobilisateur de la cause souverainiste.

La préoccupation de l'organisme est clairement politique, et non scientifique, claironne-t-il. Il cite en exemple l'incidence sur les réponses apportées par les groupes linguistiques, du regroupement des questions, leur séquence, la préséance d'une langue sur l'autre dans les questions posées. Progressivement, au cours des années, les travaux de « bonification » du questionnaire ont amené la langue française à faire des bonds. Mais, se demande-t-il, le progrès observé est-il réel ?

Tout en soulignant les efforts soutenus du Québec pour intégrer les nouveaux arrivants à la majorité, M. Castonguay déplore qu'on n'y fasse pas d'étude pour mesurer les progrès. Il invite les militants à prendre la parole, dénonçant le silence ambiant autour de ces questions depuis quelques années. « Il y va de la qualité de l'utilisation de nos impôts. Nous avons le droit d'exiger une utilisation maximale de la langue française au Québec », conclut-il.

Jean Dorion a décrit, au cours de l'année 2002, des phénomènes peu connus, tant de la part de la population que des autorités politiques, sur la part respective d'effectifs scolaires des deux groupes linguistiques.

On croyait en effet qu'après l'adoption de la loi 101 en 1977, l'école française occuperait une part croissante des effectifs scolaires. L'augmentation prévue s'est avérée pendant quelque temps, mais la part anglophone a fait des gains sans interruption depuis 1993.

M. Dorion attribue ce déclin à plusieurs facteurs, notamment à l'introduction de la clause Canada qui a augmenté considérablement les contingents anglophones. Citant également l'importante dénatalité chez les francophones et une immigration plus forte chez les anglophones, il souligne que, pendant toute la période où il y a eu une volonté linguistique affirmée au Québec, les anglophones ont davantage envoyé leurs enfants à l'école française.

Aujourd'hui, il faut revenir à cet état d'esprit, prône-t-il. « Il faut combattre le virus mortel introduit par Pierre-Elliott Trudeau dans la Charte canadienne des droits, en revendiquant le concept de territorialité linguistique, comme cela existe dans d'autres pays », indique-t-il en substance.

Lors des ateliers, les participants ont clairement exprimé leur satisfaction de voir la question linguistique revenir au cœur du militantisme politique. Les moyens proposés pour corriger les reculs observés varient, allant de l'indépendance à la promotion de la fierté de la langue française, l'obligation pour les allophones de fréquenter le cégep francophone, en passant par l'utilisation de la fiscalité, l'affichage obligatoire dans au moins deux ou trois langues en plus du français prédominant, sans oublier la dénonciation des cas de mauvais traitement du français.

L'inaction du gouvernement péquiste ayant mené deux ateliers à proposer la création d'un nouveau parti, le Président de la SSJBM, Jean Dorion, a rapidement écarté cette idée, invoquant que « Dieu ne veut pas la mort du pécheur mais sa conversion ! ». Il a chaleureusement été applaudi par une salle majoritairement acquise au Parti québécois.

Ne niant pas la déception causée par le désintérêt du précédent gouvernement à l'endroit de la question linguistique, M. Dorion espère tout de même créer un rapport de force assez puissant pour forcer la main de quelque gouvernement que ce soit. Il compte notamment sur l'intérêt que ce vaste champ d'études offre aux chercheurs, ainsi que sur la force des convictions et le pouvoir de persuasion des militants.

Avis aux intéressés, une suite à cette journée d'étude est prévue les 9 et 11 décembre, à 19 heures, dans les locaux de la SSJBM situés au 82 Sherbrooke Ouest.

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