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AD MARE USQUE AD MARTIN
N° 225 - janvier 2004
L’indépendance passe par l’ouverture aux progressistes
Bernard Landry prêt à accueillir différents courants politiques à l’intérieur du PQ
Pierre Dubuc
Dans le texte qu’il a fait paraître dans Le Devoir du 18 octobre, intitulé « La saison des idées », Bernard Landry reconnaît « qu’un grand coup de barre s’impose » pour que le Parti québécois retrouve sa capacité mobilisatrice. Il parle de « recréer la vaste coalition » à l’origine du Parti québécois où l’on retrouvait des « souverainistes de toutes tendances et de tous horizons autour d’un programme d’accession à l’indépendance nationale. »

Nous avons rencontré Bernard Landry, à son bureau de comté à Varennes, pour prendre la mesure de l’ampleur du coup de barre qu’il est prêt à imprimer à son parti, lors du congrès de 2005, alors qu’on débattra du fonctionnement du parti, de son programme et de la réactualisation du discours souverainiste.

Nous lui avons demandé s’il était favorable à l’existence de courants organisés à l’intérieur du Parti québécois comme c’est le cas, par exemple, au Parti socialiste français ? Que de tels courants soient représentés dans les instances du parti proportionnellement à leurs forces respectives ? Que des candidatures issues du mouvement syndical et de la gauche puissent briguer les suffrages lors d’élections partielles ou générales ?

« Nous voulons que nos structures soient les plus accueillantes de tous les partis progressistes du monde », nous déclare-t-il en ajoutant « espérer pouvoir faire mieux encore que le Parti socialiste français. Est-ce qu’on va y réussir ? Je le souhaite. »

La cohabitation de différents courants politiques ne va-t-elle pas demander un important changement de culture au sein du PQ? « Pas si grand que cela, rétorque Bernard Landry. C’est un retour aux sources. J’étais là à l’origine. C’était une vaste coalition, dont le spectre politique allait du créditiste Gilles Grégoire au syndicaliste Robert Burns. »

Il voit d’ailleurs un avantage à la présence de ces courants. « Si quelqu’un est insatisfait d’une décision adoptée lors d’un congrès, il peut aller militer dans le courant qui, la prochaine fois, va lui permettre de faire passer son idée, plutôt que de déchirer sa carte. »

Peut-on imaginer des candidatures issues du mouvement syndical ou de la gauche sous la bannière péquiste ? « En 1976, près de la moitié de la députation était de provenance syndicale », rappelle-t-il en précisant toutefois que les candidatures sont contrôlées par la base lors des assemblées d’investiture.

Sa volonté de rapprocher le Parti québécois avec le mouvement syndical est manifeste. Constatant le branle-bas de combat du mouvement syndical contre les politiques du gouvernement Charest, il ne peut s’empêcher d’ajouter, avec une pointe d’ironie à peine dissimulée : « Aux dernières élections, les syndicats ont très bien fait leur travail en dénonçant une droite dangereuse, l’ADQ, mais ils ont oublié qu’il y avait une droite camouflée, le Parti libéral. Ils ont oublié qu’en démocratie, il ne s’agit pas seulement de dénoncer la droite; il faut appuyer la gauche. »

Aujourd’hui, plusieurs syndicats réalisent l’importance d’une implication immédiate sur le terrain politique en vue de travailler, dès maintenant, à empêcher la réélection du gouvernement Charest. Certains d’entre eux veulent aller plus loin que l’appui traditionnel à un parti politique. Ils invitent ouvertement leurs membres à prendre leur carte d’un parti politique, en l’occurrence le Parti québécois. C’est le cas des TCA qui ont décidé, en outre, de regrouper leurs membres actifs au PQ au sein d’un comité « Syndicat et politique » afin de coordonner leurs activités.

Le chef du Parti québécois est bien au fait de cette décision. Qu’en pense-t-il ? « Je suis tout à fait d’accord avec la formule », nous répond-il. En France, le modèle imaginé par les TCA va encore plus loin. Les membres des différents courants politiques au sein du Parti socialiste se retrouvent dans des clubs politiques, créés à l’extérieur du parti, où ils peuvent discuter de leurs orientations et de leurs stratégies d’intervention. Courants à l’intérieur du parti et clubs à l’extérieur sont en quelque sorte complémentaires.

L’existence de tels courants politiques organisés est sans doute la formule la mieux adaptée à notre époque où une plus grande expérience et maturité politiques obligent à trouver des formes organisationnelles en mesure de faire cohabiter des affinités politiques différentes partageant toutefois un même idéal. Mais les risques de dérapage sont toujours possibles.

Bernard Landry cite l’exemple des dernières élections françaises alors que les divisions au sein du Parti socialiste ont catapulté le candidat de l’extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, au deuxième tour de l’élection présidentielle contre le candidat de la droite Jacques Chirac.

« Nos amis socialistes ont eu un gros problème de discipline républicaine. Les résultats ont été catastrophiques. » Cette idée de la « discipline républicaine » lui apparaît essentielle pour le combat à venir au Québec. « Les souverainistes et les progressistes québécois ont à affronter un fardeau plus lourd que les Français », souligne-t-il en faisant référence aux enjeux de la prochaine élection.

« Nous abordons un troisième cycle de notre lutte d’émancipation, explique-t-il. Lors du premier cycle, nous avons pris le pouvoir et obtenu 40 % des suffrages au référendum. Au deuxième cycle, nous sommes allés chercher 50 % des votes. Le troisième cycle est plus crucial que les autres. Si nous n’atteignons pas 50 %, nous reculons. Si nous le dépassons, c’est l’indépendance nationale. »

« Nos adversaires aussi le savent. C’est pour cela que l’aspect rassemblement, l’aspect discipline républicaine, pour utiliser le langage des progressistes français, sera plus important que jamais. Il va falloir être mieux organisé, avec de meilleures structures et un meilleur dialogue », ajoute-t-il.

L’existence de ces courants, et leur légitimité au sein du Parti québécois, sera essentielle pour le débat sur l’avenir du Québec auquel nous convie le Parti québécois. Bernard Landry nous assure que « tout est sur la table », mais à l’intérieur de deux balises. « Première balise, le Parti québécois est progressiste et il va le rester. Deuxième balise, la souveraineté. Ce serait trahir l’âme du parti, que de dire comme certains : “ abandonnez votre rêve ! ” »

Bernard Landry fixe le cap sur la souveraineté. « Diriger un gouvernement provincial, c’est une ambition politique traditionnelle qui ne me motive pas, affirme-t-il. Je vois la souveraineté dans un horizon de cinq à six ans, basé un phénomène de temps et de démographie. Dans cinq ans, ma génération vote, celle de mes enfants vote et celle de mes petits-enfants vote. Quand je suis devenu souverainiste, c’était différent. Tous ceux qui étaient plus vieux que moi étaient contre la souveraineté. »

En plus de cette alliance intergénérationnelle, l’autre condition nécessaire à l’atteinte de la souveraineté, c’est, selon Bernard Landry, que « le Parti québécois soit rassembleur de tous les progressistes ». Il énumère toutes les législations progressistes adoptées par son parti, de l’équité salariale aux législations syndicales avancées, et conclut : « Où, en Amérique du Nord, peut-on trouver un parti politique aussi avancé dans son action et sa pensée ? », demande-t-il.

Entre le bilan et la perception du bilan, il existe néammoins un écart dont les dernières élections témoignent de façon éloquente. Pour recréer la grande coalition progressiste et souverainiste des années 70, il faudra que le PQ donne un « grand coup de barre ». L’initiative est dans son camp.

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