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AD MARE USQUE AD MARTIN
N° 225 - janvier 2004
Ce n’est pas dans la désunion qu’on va passer à travers
Il faut des États généraux pour riposter à Charest
Pierre Dubuc
Je pense qu’il faut sérieusement envisager la tenue d’États généraux du mouvement syndical pour riposter à cette offensive du gouvernement Charest », nous déclare Michel Sawyer, le président du Syndicat de la fonction publique du Québec. « J’ai rarement vu un gouvernement aussi anti-syndical. Il y a au feuilleton trois ou quatre projets de loi qui attaquent directement le droit à la syndicalisation. C’est le programme de l’ADQ qu’on nous sert. »

Michel constate, comme plusieurs, que le projet de loi forçant les fusions des accréditations syndicales dans le secteur de la santé risque de diviser profondément le mouvement syndical. Il interprète l’initiative de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) et de six autres organisations syndicales indépendantes du secteur de la santé, représentant 65 000 membres, de créer une nouvelle centrale syndicale comme la volonté de présenter un contrepoids à la CSN qui apparaît privilégiée par les fusions.

« Il faudrait un large forum, peut-être au printemps, où nous pourrions mettre en commun nos points d’accord, plutôt que de désaccords. C’est de cette façon qu’on pourra bâtir un front uni solide. Ce n’est pas dans la désunion qu’on va passer à travers la période noire qui s’annonce », lance-t-il à l’intention de ses collègues des grandes centrales et des autres organisations syndicales.

Cette idée d’États généraux du mouvement syndical a été lancée, il y a quatre ans, par la CSQ lors de son congrès. Depuis, elle fait tranquillement son petit bonhomme de chemin. Dernièrement, dans les pages de l’aut’journal, Marc Laviolette la reprenait à son compte.

Michel Sawyer déclare que le SFPQ est prêt à se joindre à un Front commun pour les négociations dans le secteur public, une fois que les grandes centrales se seront entendues entre elles, mais il dit craindre un report par le gouvernement de ces négociations une fois que seront réalisées les fusions entre les syndicats dans le secteur de la santé.

« À nos tables de négociations, les représentants patronaux font traîner les choses. On voit qu’ils n’ont pas de mandat. De plus, il est évident que, dans le secteur de la santé, les syndicats vont avoir de la difficulté à négocier, tant qu’ils ne sauront pas exactement qui ils représentent », ajoute-t-il.

Par ailleurs, cela n’empêche pas le gouvernement de procéder rapidement dans d’autres domaines, sans trop se préoccuper de l’avis des syndicats. « Le code du travail est amendé en vitesse », s’indigne Michel Sawyer en nous apprenant que son syndicat a dû se préparer en catastrophe pour présenter son mémoire un mercredi soir à 23 heures.

Pourtant, le SFPQ sera inévitablement touché par la réingénierie en préparation. « Pour l’instant, nous confie-t-il, il y a absence totale de transparence. Tout origine du bureau du premier ministre. »

Il dit craindre, par exemple, que le ministère du Revenu soit transformé en agence pour plus de souplesse dans la gestion. « Ma préoccupation, dit-il, c’est que les travailleurs, tout en demeurant assujettis à la convention collective, soient sortis de la fonction publique comme l’ont été les travailleurs d’Hydro-Québec et ceux de la Société immobilière du Québec (SIQ). Cela aurait des effets sur les accréditations reconnues et pourrait se traduire par une plus grande décentralisation des négociations. »

Il y a d’autres exemples de privatisations possibles qui échappent à l’attention du grand public, mais qui peuvent avoir des répercussions importantes pour le Québec. « Par exemple, on parle de céder au privé les pépinières du gouvernement, nous explique-t-il. Il y a vingt pépinières au Québec, dont six sont publiques. C’est dans ces dernières que se fait l’essentiel de la recherche. Si on les ferme, l’expertise sera perdue à jamais. »

« Ces pépinières sont rentables, poursuit-il, et pourraient l’être davantage, mais on les empêche de fonctionner à pleine capacité pour ne pas nuire aux pépinières privées. Si on les cède au privé, ce n’est pas certain qu’elles demeureront ouvertes et trois à quatre cents personnes perdraient leur emploi », poursuit-il en précisant que c’est uniquement par le biais d’un secteur public, dans ce domaine comme dans d’autres, qu’on peut intervenir, orienter les activités et, finalement, définir l’avenir du Québec.

Un autre exemple est celui de la pisciculture de L’Anse-Pleureuse en Gaspésie. Il faudrait un investissement d’un demi-million pour la rendre conforme aux normes. « Le gouvernement veut la fermer. On peut dire que ça ne touche que deux emplois permanents et six occasionnels. Mais huit emplois à L’Anse-Pleureuse, cela équivaut à 500 emplois à Québec. Comme dans le cas des pépinières, ce sont les régions qui sont touchées par ces mesures. »

Le président du SFPQ craint que le gouvernement Charest, qui s’époumone en parlant d’un déficit budgétaire appréhendé, tout en promettant une réduction d’impôts d’un milliard de dollars, soit en train d’ouvrir toute grande la porte à une intervention accrue du gouvernement fédéral dans les champs de compétence du Québec. « Le fédéral a de l’argent et exprime ouvertement son désir d’intrusion dans la santé, l’éducation et les affaires municipales », note-t-il.

La réingénierie l’État s’en vient à grands pas. Michel voit un signe qui ne trompe pas dans le remplacement en cours des hauts fonctionnaires d’expérience par des gens, plus jeunes, venus du privé, avec une culture du privé.

Pour y faire face, le SFPQ s’est doté d’un cadre de mobilisation important. « Nous avons adhéré au réseau Vigilance et nous préparons des actions avec d’autres organisations, nous dit-il. Mais il faut que cette mobilisation soit à la fois décentralisée et basée sur des alliances le plus large possible. Il faut qu’elle soit enracinée dans la population. Ce n’est pas une négociation corporatiste qui se prépare, mais une négociation avec un fort caractère social. Plus largement, c’est la défense des services publics qui est en jeu », conclut-il.

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