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AD MARE USQUE AD MARTIN
N° 225 - janvier 2004
Les médias pointent du doigt de nébuleux terroristes non irakiens
À qui profitent les attentats contre la Croix-Rouge ?
Michel Chossudovsky
L’attentat contre l’édifice de la Croix-Rouge à Bagdad ne porte pas la marque de la résistance irakienne. Depuis le début, la résistance a ciblé des objectifs militaires et politiques de la Coalition dirigée par les États-Unis.

Le 11 octobre, ce fut le quartier général de la CIA à l’hôtel Bagdad. Le 26 octobre, c’était au tour de l’hôtel Rachid qui abrite des militaires américains et où se trouvait alors le sous-secrétaire à la Défense Paul Wolfowitz. Auparavant, le 20 août, la résistance a pris pour cible l’édifice de la mission de l’Onu en Irak, bien connue pour sa collaboration avec les autorités de la Coalition anglo-américaine dirigée par Paul Bremer.

La Croix-Rouge, au contraire, faisait partie des quelques organisations humanitaires qui ont continué à collaborer avec le Ministère de la santé irakien tout au long des bombardements, soit du 16 mars au 8 avril. Son personnel se portait au secours des blessés et organisait des convois d’ambulances vers les hôpitaux.

Qui alors est derrière les attaques du 27 octobre dernier contre la Croix-Rouge ? Les médias ont pointé du doigt des terroristes étrangers liés à Ben Laden, mais ont omis de rappeler que c’était le deuxième attentat contre la Croix-Rouge.

Le 8 avril, le jour de « la libération de Bagdad », un convoi de sept véhicules de la Croix-Rouge, chargé d’approvisionner les hôpitaux de la ville, a été pris pour cible. Le bilan a été extrêmement lourd : treize morts parmi le personnel de la santé de même que le délégué de la Croix-Rouge en Irak, un citoyen canadien, M. V. Arslanian.

Les médias américains ont minimisé l’incident. « Un travailleur canadien du Comité international de la Croix-Rouge a été tué lorsque des tirs ont atteint sa voiture alors qu’il traversait Bagdad », a-t-on rapporté. Les médias occidentaux en ont fait à peine mention, trop occupés qu’ils étaient à célébrer la « libération de Bagdad ».

Le gouvernement canadien n’a même pas émis de communiqué concernant la mort de son ressortissant, comme dans le cas de Zahra Kazemi, la journaliste canadienne assassinée en Iran.

Selon la déclaration officielle de la Croix-Rouge, les ambulances se sont retrouvées « au milieu d’un feu croisé ». Mais d’autres rapports suggèrent qu’il ne s’agissait pas d’un feu croisé. On aurait délibérément ciblé le convoi. Selon le Health Newswire Consumer du 10 avril, les véhicules « avec leurs grandes croix rouges étaient visibles à bonne distance ».

Reste à savoir qui a tiré ?

La Croix-Rouge était présente depuis 1991 en Irak alors que le pays vivait sous le régime des sanctions internationales. Elle était une des rares agences d’aide internationales indépendantes active durant les bombardements.

La mort, le 8 avril, de M. V. Arslanian a ralenti les activités de l’agence en soutien aux hôpitaux de Bagdad. M. V. Arslanian était personnellement responsable pour « l’acheminement des fournitures comme l’eau, les couvertures, les génératrices, etc. ». Il est par conséquent improbable que le convoi fut attaqué par les forces irakiennes.

L’attentat du 8 avril contre la Croix-Rouge marquait un tournant important dans l’organisation de l’aide humanitaire. Il préparait le terrain pour l’arrivée d’organisations humanitaires et d’agences d’aide autorisées (« intégrées ») approuvées par le Pentagone. Ce même 8 avril, la Croix-Rouge a été obligée de suspendre plusieurs de ses activités en Irak.

Une lecture attentive de la déclaration de la Croix-Rouge et des différents rapports de presse laisse croire – bien que sans preuve officielle – que les véhicules de la Croix-Rouge ont été la cible de tirs des forces de la coalition.

La Croix-Rouge prend bien soin de ne pas accuser ouvertement les forces américaines. Le journal The Independent du 10 avril rapporte que « la Croix-Rouge a déclaré qu’elle ne savait pas si son convoi avait été délibérément attaqué ou bien s’était retrouvé au milieu d’un feu croisé entre les forces américaines et irakiennes ».

Selon Roland Huguenin-Benjamin, de la mission de la Croix-Rouge à Bagdad, « des blessés se trouvaient sur les routes et certains ponts, mais il n’était pas possible de les évacuer, parce qu’on faisait immédiatement feu lorsque quelqu’un essayait de s’en approcher. Le problème était l’absence de respect pour les ambulances et les blessés. Les secouristes ne pouvaient bénéficier d’un minimum de sécurité pour évacuer les blessés ».

La revue The Economist du 9 avril reconnaît que l’attentat contre le convoi a contribué à paralyser les activités de soutien de la Croix-Rouge aux hôpitaux de la ville. « Durant la bataille de Bagdad, les hôpitaux débordaient. Le Comité international de la Croix-Rouge a estimé qu’ils recevaient jusqu’à cent blessés à l’heure et la Croix-Rouge a dû mettre fin à ses activités dans la ville, mercredi, après qu’un de ses travailleurs eut été tué dans le chaos dans lequel baignait alors la ville ».

Compte tenu de ces événements et des relations que la Croix-Rouge a entretenues avec les autorités irakiennes avant et pendant la guerre, il est peu probable que la résistance irakienne s’en soit prise à l’édifice de la Croix-Rouge, le 27 octobre dernier. Alors, qui a donné l’ordre de l’attaquer ?

L’attentat du 27 octobre servait les intérêts de la Coalition. Il créait une « vague d’indignation utile ». Les médias en ont immédiatement fait leurs choux gras, qualifiant l’attentat d’acte terroriste, mais sans mentionner que la Croix-Rouge avait déjà été une cible le 8 avril.

Selon les médias américains, qui alimentent la machine de propagande du Pentagone, Saddam Hussein et des combattants étrangers liés à Ben Laden étaient responsables de l’attentat du 27 octobre.

Ces attentats contre des cibles civiles ont pour but de discréditer la résistance irakienne. Elles servent également un autre objectif. La Croix-Rouge est « le seul organisme bénéficiant d’une autorité internationale habilité à visiter les centres de détention en Irak et à pouvoir rendre compte du traitement infligé aux prisonniers, y inclus ceux qui y sont interrogés », comme le soulignait récemment Peter Gowan.

Cela signifie que la Croix-Rouge, tout en conservant une certaine formalité et courtoisie dans ses rapports avec les autorités de la Coalition, est néanmoins habilitée en vertu du mandat que lui accorde la Convention de Genève, à accumuler des preuves des crimes de guerre commis par les forces d’occupation. Ces données sont compilées à Genève. Elles feront partie de l’histoire de la guerre et de l’occupation de l’Irak.

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