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AD MARE USQUE AD MARTIN
N° 225 - janvier 2004
Au Guatemala les partisans de Montt assassinent les opposants
Chassez les militaires, ils reviennent au pas de charge
André Maltais
Même défait au premier tour des élections du 9 novembre, l'ancien dictateur Efrain Rios Montt continue à salir tout le paysage politique du Guatemala tellement ses partisans anciens et actuels restent infiltrés partout, aussi bien dans l'entourage des candidats à la présidence de tous les partis politiques que dans les rues et campagnes du pays.

Oscar Berger, le vainqueur du premier tour, est à la tête de la Grande alliance nationale (GANA). Il a l'appui des entrepreneurs du pays et promet de libéraliser et privatiser tout ce qu'il pourra.

La GANA est formée d'au moins trois partis politiques dont l'un (le Parti patriote) est dirigé par le colonel à la retraite Otto Perez Molina qui, durant la répression des années 1980, commandait la base militaire de Nebaj.

L'ex-tortionnaire est quasiment assuré d'être élu député de même qu'un autre « haut gradé » de la GANA, le général Marco Tulio Espinoza, ministre de la défense de 1994 à 1998.

L'adversaire de Oscar Berger au second tour est Alvaro Colom. Son parti est l'Union nationale de l'espoir (UNE), autre parti de droite toutefois moins radical que la GANA. Transfuge du seul parti de gauche en lice, l'Union révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG), Colom a choisi Fernando Diaz Duran pour candidat à la vice-présidence et Mario Merida pour conseiller en matière de sécurité.

Duran est un ex-conseiller militaire du temps des massacres tandis que Merida a été directeur de la section d'intelligence militaire puis vice-ministre de l'intérieur dans les années 1990.

L'un des partis éliminés au premier tour, le Parti pour l'avancement national (PAN) de Leonel Lopez-Rodas, promettait la « pauvreté zéro » en envoyant l'armée dans les rues des villes et sur les places des villages !

Lopez-Rodas, bien sûr, était bien et étroitement entouré par les généraux Luis Enrique Mendoza Garcia (ex-ministre de la Défense), Carlos de Leon Cabrera (commandant de plusieurs zones militaires dans les années 1990) et Arturo de la Cruz (détenteur de postes militaires clés dans les années 1970 et 1980 et actuel député).

Le candidat Rios Montt, pour sa part, est chef du parti actuellement au pouvoir, le Front républicain guatémaltèque (FRG) et responsable de crimes de guerre.

Auteur d'un coup d'État soutenu par Ronald Reagan en 1982, quelques mois après l'unification de quatre mouvements de guérilla formant l'URNG, il étend à tout le pays les sinistres patrouilles d'autodéfense civile (PAC) et initie le moment le plus meurtrier de la terreur d'État au milieu d'une guerre civile qui a duré 36 ans (1960-1996).

Selon la Commission d'éclaircissement historique, 81 % des enlèvements, tortures et assassinats de paysans, syndicalistes et intellectuels commis pendant toute la guerre civile se sont produits au cours des deux années entourant le bref régime de Rios Montt!

On attribue à ses militaires et escadrons de la mort (les PAC) l'assassinat et la disparition de plus de 15 000 personnes en dix-sept mois de pouvoir.

En 1999, Alfonso Portillo est élu à la présidence pour le FRG mais Rios Montt, que la constitution guatémaltèque empêchait de devenir président puisqu'il est un ancien auteur de coup d'État, n'en devint pas moins président du Congrès.

Depuis, la violence et la peur n'ont cessé. Cette année seulement, on compte 2000 exécutions, assassinats, actes de torture, enlèvements, etc., de la part des partisans de Rios Montt (le plus souvent d'ex-membres des PAC).

Bien qu'officiellement démantelées depuis 1996, les PAC sont encore d'une inquiétante actualité.

Ainsi, après avoir promis de compenser financièrement les ex-paysans transformés en paramilitaires durant les années 1980 et 1990, le parti au pouvoir leur a permis de se réorganiser pour négocier cette compensation.

Le FRG a ensuite manipulé ces anciens patrouilleurs en reportant le paiement des indemnités après l'élection. « Une fois Rios Montt élu à la présidence », disait-on.

Prêts à aller loin pour assurer la victoire de la main qui les nourrit, les ex-PAC ont recréé dans les manifestations électorales le climat de peur et d'incertitude de la guerre civile.

Régulièrement, des bandes d'hommes encagoulés, armés de machettes, chargeaient en pleine rue des journalistes pour les kidnapper ou les arroser d'essence tandis que des tueurs en motocyclettes assassinaient des opposants au fusil ou à la mitraillette.

Les 24 et 25 juillet, des milliers de partisans de Rios Montt assiégeaient les institutions économiques et juridiques du pays et réussissaient à faire renverser une première décision de la Cour constitutionnelle refusant la candidature du vieux bouc.

La campagne électorale qui s'achève a vu 20 journalistes et membres de partis politiques autres que le FRG être assassinés !

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