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AD MARE USQUE AD MARTIN
N° 225 - janvier 2004
La lutte pour le contrôle des ressources est une guerre globale
À Bagdad comme à Montréal c’est le même combat
Amir Khadir
Quel lien y a-t-il entre l'agression de l'Irak, son occupation par l'armée américaine et la politique de l'eau de la ville de Montréal annoncé aujourd'hui par le conseiller Alan de Sousa ?

L'eau comme le pétrole est une ressource stratégique, l’eau est politique comme le rappelle le dossier dirigé par Gaétan Breton dans le numéro de novembre d’À Babord. Pour son contrôle, comme pour celui du pétrole, la guerre semble la seule constante de l'Histoire, celle écrite par l'égoïsme et la convoitise de ses acteurs les plus puissants.

Le premier lien entre l'occupation de l'Irak, menée en partie pour le contrôle et la privatisation du pétrole irakien, et le plan présenté par Alan de Sousa pour bloquer la privatisation de l'eau et de sa gestion à Montréal, c'est que la guerre pour le contrôle des ressources et leur privatisation est en fait une guerre unique et globale (Bagdad, Montréal) mais qui se présente sous de multiples facettes selon l'ordre local des choses . Là, elle est menée par des bombardiers et des armées de « destruction préventive ». Ici, des généraux et des fantassins en costume et cravate sont lancés à l'assaut du bien commun pour planter en son cœur le drapeau du profit privé.

« Bientôt pourtant, ceux qui possèdent feront un seul parti, et un autre ceux qui n'ont rien. Et puis la guerre ». (Réflexions sur la décadence, André Suares 1908)

Le sous-commandant Marcos, chef des Zapatistes, décrivait il y a quelques années à la une du Monde Diplomatique cette guerre comme la quatrième guerre mondiale. Celle qui oppose les intérêts des habitants de la terre au parti unique des possédants constitué en un Empire mondial marchand. L'Empire soumet les États à ses intérêts par de puissants instruments de contrôle et de régulation (OMC, ZLEA, ALENA, FMI, BM, G8) mais n'hésite pas au besoin à imposer son diktat par de formidables appareils de répression et de coercition (armées, Conseil de sécurité, etc).

Le deuxième lien, c'est que cette guerre aux multiples fronts se bute à des résistances.

La résistance du peuple irakien, quoique complexe et discutable sur ses méthodes, est courageuse et réelle. Le peuple irakien est meurtri dans son corps et paye un lourd tribut en vies humaines, mais rétif à abdiquer, l'Irak retrouve sa dignité en disant non à l'occupant. L'enlisement de l'armée américaine est palpable. On assiste donc à un basculement du « facteur subjectif » : victorieux dans la guerre d'agression, Bush et ses militaires aux abois sont sur la défensive et perdent peu à peu la guerre d'occupation sur le plan politique.

Au Québec, toute proportion gardée, la résistance marque des points aussi. Qu'il s'agisse de bloquer le harnachement des rivières par des centrales électriques ou de faire dérailler les manœuvres du secteur privé pour domestiquer l'eau comme commodité marchande, la résistance du mouvement citoyen est admirable, quand on pense à des mouvements comme Eau-Secours!

La ville de Montréal annonce qu'à partir de janvier 2004 les fonctions stratégiques de la gestion de l'eau seront groupés sous le contrôle d'un service de la ville, qu'il n'y aura pas de compteur d'eau dans les résidences et que les grandes entreprises et les institutions verront leur consommation comptabilisée. Mince victoire peut-être, mais qui force tout de même l'enlisement du bateau de la privatisation de l'or bleu dans les eaux troubles de Montréal. Grand bateau, affrété par les timoniers de l'Institut économique de Montréal et leur « tante Monique », du Conseil du trésor, qui laissait entendre que l'eau de Montréal était impropre à la consommation !

Est-ce dire que cette victoire marque le début d'un « basculement subjectif » en faveur de la résistance sociale devant l'offensive néo-libérale au Québec ?

Peut être trop tôt pour rêver. Car le décalage est encore trop important. La locomotive aveugle du gouvernement « conservateur » de Charest fonce dans le paysage social, syndical et environnemental à toute vapeur. L'offensive est brutale, dogmatique et anti-démocratique, mais forme un tout cohérent, conforme aux intérêts des classes possédantes.

La résistance, quant à elle, est encore dispersée et faible. Sa nécessité est cependant unanimement ressentie par les mouvements sociaux aussi bien que les forces syndicales. Pour être efficace, pour que le rapport de force puisse basculer, elle cherche une cohésion et de l'unité dans l'action. L'idée se propage telle une traînée de poudre. La naissance du Réseau Vigilance, témoigne de cette prise de conscience que le Québec est en proie avec une crise qui va aller en s'aggravant avec la contre-réforme Charest.

La réponse à cette crise, bien qu'elle suppose le renforcement individuel des organisations sociales et syndicales, réside surtout dans un rassemblement de toutes les forces de la contestation, de la convergence la plus large possible des luttes et des revendications sectorielles.

Mardi le 18 novembre dernier, lors d'une conférence sur le fléau néo-libéral organisée par le Regroupement pour la promotion de la discussion populaire à l'Université de Montréal, un participant demandait au panel dont je faisais partie comment combattre le cynisme ambiant qui sert si outrageusement ceux qui maintiennent le système.

Ma réponse naïve fut que le cynisme se nourrit de désespoir et par conséquent la seule antidote au cynisme est de rétablir l'espoir. J'ai envie d'ajouter qu'il faut cesser notre aveuglement sur nos propres forces, réconcilier nos concitoyens avec l'action politique, seule capable d'offrir un projet social rassembleur contre l'ordre global destructeur. Rappeler que, partout, des gens luttent pour leurs droits et leur dignité, et ces résistances nourrissent aussi notre espoir. Bien que personne ne puisse prédire les formes que prendront les luttes décisives à venir ni leur issue définitive, il est certain que ces luttes auront lieu et notre avenir en dépend.

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