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AD MARE USQUE AD MARTIN
N° 225 - janvier 2004
Est-ce l’hirondelle qui fera le printemps ?
Montréal prend le parti de l’eau publique
André Bouthillier
Depuis le sommet de Montréal, la Coalition Eau Secours! s’est activée avec ses partenaires locaux, afin de convaincre les élus municipaux de ne pas recourir à la tarification par compteur d’eau dans le secteur domestique (les ménages) mais de plutôt répartir les coûts dans la taxe foncière et de ne pas confier la gestion de l’eau à une entité autre qu’un service (département) de la Ville.

Voilà enfin que la Ville annonce son intention d’installer des compteurs dans les institutions, commerces et industries mais pas dans les résidences. Pour Martine Ouellet, vice-présidente de la Coalition Eau Secours! « la science a eu raison d’un préjugé populaire ». Elle souligne « le courage politique de monsieur De Sousa pour avoir présenté ce qui suit » :

1.- À partir de janvier 2004, toutes les fonctions stratégiques de la gestion de l’eau seront groupées sous la responsabilité de l’actuel Service environnement-voirie-réseaux (SEVR). Une demande d’Eau Secours! Donc pas de privatisation de la gestion et des actifs en vue.

2.- Pas de compteur d’eau dans les résidences. Une demande d’Eau Secours! Les compteurs restent dans les arrondissements qui en sont déjà dotés et c’est en 2005 qu’il y aura homogénéisation de la répartition des coûts de l’eau. À cause des défusionnistes...

3.- Les coûts de l’eau seront inclus dans la taxe foncière pour la consommation domestique, et les entreprises, institutions et industries se verront comptabilisées au compteur plus un montant additionnel pour les grands consommateurs - Une demande d’Eau Secours!

Quant à l’augmentation du coût de l’eau, il nous reste à en faire les calculs et à intervenir lors de l’adoption du budget de la Ville en décembre 2003.

« Les Montréalais et Montréalaises devront rester vigilants, car il manque encore un programme réglementaire d’économie d’eau, un comité consultatif de citoyens. Et surtout que le mouvement vers l’abolition de l’utilisateur des compteurs domestiques se poursuive », d’ajouter Martine Ouellet.

Malgré que Montréal semble s’en éloigner, la réingénierie nous rappelle tous les efforts des Chambres de commerce pour masquer, sous de nouveaux mots, leur volonté de faire disparaître l’État au profit de leurs membres. Depuis 1982, avec leurs partenaires politiques, elles utilisent les termes : « partenariat », « gérance externe », « sous-traitance », « gestion déléguée », « impartition », « allocation directe », « relocation », et plus récemment, en désespoir de cause, « obligation de résultat » (avec le droit pour les villes de tarifer les services et d’utiliser le secteur privé). En fait, tous ces mots signifient privatisation au sens large. Pour y arriver, le Premier ministre ajoute une facilitante : l’abolition de l’article 45 du code du travail.

Pour Michel Parent, président du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal : « Bien sûr que c’est le transfert de notre convention collective qui bloque l’intérêt du privé à gérer l’eau. Il y a quelques années, Lavalin nous a même rencontrés pour voir s’il y avait possibilité de négocier un arrangement. Car ils savent très bien que leur seule marge de manoeuvre pour offrir une gestion à moindres coûts c’est de couper dans les conditions de travail des employés ».

Dans ce contexte, les annonces du gouvernement du Parti libéral du Québec ont pour objectif de transférer aux entreprises privées le plus grand nombre de tâches que se réservait le secteur public pour protéger la population de « l’incompétence créative ». C’est-à-dire cette attitude maintenant bien ancrée du secteur privé qui consiste à ne pas respecter les spécifications aux cahiers de charges de l’État et ainsi s’autoriser à remplacer par des matériaux de moindre qualité ceux exigés par les fonctionnaires.

L’impunité érigée en système provient du fait que depuis des années il y a de moins en moins d’inspecteurs ou de spécialistes qui s’assurent d’un suivi concret des normes gouvernementales.

Le devoir de mémoire nous rappelle que la haute direction de la « Lyonnaise des Eaux » fut mise en prison, que la « Générale des eaux » a dû changer de nom 3 fois pour cause de mauvaise réputation. Un regard élargi nous rappelle la gestion boiteuse de la Chambre de commerce de Montréal dans le cas de Stationnement Montréal, la gestion illégale et trompeuse de « Cinar ».

Il faut se rappeler l’indécence du président et du vice-président de notre fleuron privatisé « Air Canada » qui se partageront 42 millions de dollars en actions s’ils demeurent en poste; la gestion à deux vitesses d’American Airlines qui, après avoir imposé aux employés des restrictions de 1,8 milliards sous forme de réduction des salaires, a octroyé à ses cadres des primes représentant deux fois leur salaire, plus la protection du régime de retraite de 45 cadres supérieurs en cas de faillite du transporteur; les beaux cas d’Enron (fraude de 67 milliards USA) ou du grand Canadien Conrad Black ayant détourné 32 millions en paiements non autorisés. Et on demande à la population de faire confiance au secteur privé pour son eau ???

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