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Après le stade olympique, le mégahôpital
N° 205 - décembre 2001

Vous quêterez votre pain à la sueur de vos impôts
Gaétan Breton

La charité partenariat



Avec le temps des Fêtes, reviennent la guignolée et les autres formes de charité, ce qui nous permet de constater comment l'État se déleste de ses responsabilités sur la charité. Je n'ai rien contre la charité, mais je préfère la justice et la dignité. C'est déjà assez difficile, pour plusieurs et quoiqu'on en dise, d'accepter ce que donne un État neutre et dont le rôle est de répartir justement la richesse, sans retomber dans les filets d'une charité qui, même bienveillante (souvent bien plus que l'État) n'en demeure pas moins souvent perçue comme infamante.

Il y a deux sources aux fonds utilisés pour la charité 0 l'État et les sources privées. Le problème des sources privées est qu'elles donnent aux organismes qu'elles connaissent ou/et dont elles approuvent l'action. Comme ces dons sont déductibles d'impôt, on peut dire que les riches choisissent où va aller l'argent de la charité et le gouvernement ne fait que mettre sa part à travers la déduction d'impôt.

Une société de quéteux

En conséquence, le soutien du gouvernement aux organismes n'est plus une fonction d'un plan global de développement de la société, mais des coups de cœur des particuliers qui ont les moyens de financer ce genre d'activités.

Un autre effet pervers est celui des grandes entreprises de collecte de fonds comme les téléthons. Cette année, la nièce d'une grande vedette est, pour prendre un exemple fictif, aveugle. Alors, lors d'un grand téléthon, les gens, appuyés par le gouvernement à travers les impôts, vont donner de l'argent pour les aveugles. Si aucun sourd n'a de tante grande vedette et qu'ils n'ont pas de structure pour organiser un téléthon, ils mangeront l'année prochaine, puisque aucune coordination n'est faite.

On ne peut demander aux gens de gérer de telles choses et d'opérer la répartition, l'État est sensé s'en charger, pourtant il ne fait que suivre de plus en plus les décisions erratiques des généreux donateurs qui sont, à ce moment-là, de plus en plus professionnellement courtisés.

Prenons un autre exemple réel. Dans une école secondaire aux étudiants dont les parents ont des moyens raisonnables (banlieue à l'aise), on quête pour envoyer 20jeunes pendant deux semaines en Angleterre pour apprendre l'anglais. Les dons sont déductibles, et ça inclus vraisemblablement ceux des parents. Le tout va coûter autour de 40 000 $. Au taux d'imposition des donateurs, le gouvernement va, sans le savoir et sans s'en inquiéter outre mesure, fournir autour de 20 000 $ dans cette opération.

Or, cela se passe la même semaine où le gouvernement prétend ne pas avoir d'argent pour acheter des livres de classe dans Hochelaga-Maisonneuve. Ce sont les déviations et les aberrations qui nous attendent quand la charité remplace la justice et quand tout le monde se met à quêter de tous les bords.

Soit dit en passant, quand le gouvernement coupe également le financement aux institutions scolaires et les envoie quêter, il devrait tenir compte qu'elles ne sont pas situées dans des milieux également favorables. Pourtant, il ne le fait pas et augmente ainsi la pauvreté des écoles pauvres et la richesse des écoles riches.

La charité et l'obstruction

Non seulement le gouvernement s'en remet à des organismes privés, mais il leur met des bâtons dans les roues. Bref, il n'a pas plus de discernement dans l'allocation de ses fonds directement que quand il le fait par l'intermédiaire de l'impôt.

Les bénévoles et semi-bénévoles ont remplacé les fonctionnaires. En conséquence, on a remplacé des emplois bien rémunérés, par des emplois précaires voire inexistants. Mais, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Non seulement on remplace les fonctionnaires par des bénévoles, mais on s'organise pour qu'ils passent le plus clair de leur temps à essayer de se dépêtrer du fatras de programmes, projets et directions qui dispensent des bouts de budgets pour des bouts d'activités.

Dans ce système, la nouvelle mode est le développement (oui ! sans rire), et le mot le plus honni est 0 récurrent. Autrement dit, les subventions de fonctionnement sont de plus en plus rares, il faut générer des projets. Qui va générer des projets, les gens qui sont là en permanence ? Ces gens ont de plus en plus de difficulté à être là en permanence à cause des baisses des subventions de fonctionnement, vous voyez le dilemme.

Les organismes qui manquent de fonds pour se doter d'une structure minimale, se font dire de faire des plans d'affaires et des projets ciblés, alors que les bénévoles manquent de temps pour gérer le quotidien. Bref, on leur dit qu'ils devront travailler bénévolement des heures inhumaines pour faire le travail du gouvernement tandis que celui-ci se creuse la cervelle pour tenter de compliquer encore la vie de ces groupes.

Nous serons tous des semi-fonctionnaires

Encore là, je suis toujours étonné que nos gouvernements trouvent de l'argent pour soutenir le sport d'élite. Pensez à ce qu'il en coûte pour soutenir une équipe olympique dans laquelle on trouve en moyenne deux officiels, entraîneurs et dirigeants de fédérations pour un athlète. Or, dans le sport d'élite, il n'est malheureusement plus question de santé, ni pour les athlètes, ni pour les jeunes en général, ce qui était le but premier de la chose. Pendant ce temps, on laisse d'autres jeunes manquer de l'essentiel et ne pas manger à leur faim des aliments sains et ne pas être formés dans des écoles sans moyens.

La solidarité n’est pas un sport d’élite

Que le gouvernement utilise les bonnes volontés ne peut qu'apporter une valeur supplémentaire à son action. Mais, il faudrait qu'un ministère, celui de la Solidarité sociale, par exemple, dont le nom est si évocateur, se voie confier la tâche d'orchestrer le soutien social. Toutes les zones de grand besoin sont déjà connues, ces besoins ont déjà été listés et analysés des dizaines de fois. Il ne reste au gouvernement qu'à mettre un peu d'ordre là-dedans.

Évidemment, cela risquerait de mettre en péril certaines baronnies de la compassion ou des permanents vivent grassement de leur appui aux bonnes personnes alors que d'autres crèvent de faim. Nous ne voulons plus la charité, nous voulons la justice et la dignité.

Le communautaire est d'abord constitué d'organismes qui, vivant sur le terrain, ont pour but de régler des problèmes concrets que l'État n'arrive pas, ou ne veut pas, prendre correctement en charge. Reconnaître l'importance de ces organismes est louable, mais les soutenir efficacement le serait bien plus.

La politique gouvernementale me semble peu encline à dépasser le stade de la reconnaissance rhétorique, à un moment où la récession fait craindre le pire aux groupes communautaires pour l'année qui vient, car ce sont toujours les premiers à subir les coupures.

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