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Bullshit !
N° 224 - novembre 2003
L’aparté
Les pragmatiques
François Parenteau
Une petite nouvelle de rien du tout est passée inaperçue cette semaine. Le Devoir nous révélait jeudi dernier que le Parti libéral aurait abandonné le code d’éthique que s’étaient donné les péquistes et qui exigeait qu’un ministre qui quitte ses fonctions doive attendre deux ans avant de se retrouver à l’emploi d’une entreprise privée qui a entretenu des liens avec leur poste. Et un an pour leur personnel politique. C’était déjà bien mince comme code d’éthique mais c’était déjà ça. Et là, zippedi-paw ! Y’en a même pu…

Me semble que c’est là-dessus que les péquistes auraient dû frapper cette semaine plutôt que d’accabler le ministre Bellemare avec sa fille. C’est vrai qu’un code d’éthique, ça ne danse pas aux tables. Et ça se laisse si facilement taponner dans les coins noirs que personne ne s’en formalise. Mais l’abolir, il me semble que c’est d’un sans-gêne total.

Le règne des libéraux s’annonce donc comme un cambriolage en règle. Le plan : on reste discret pour pouvoir entrer dans la maison. On se présente comme des réingénieurs qui viennent juste arranger la tuyauterie. Un coup rentré, on désamorce le système d’alarme, on sacre toutte ce qui peut valoir quelque chose dans des sacs, on pitche ça dehors à nos chums du privé qui attendent dans le char, on va les rejoindre et on fout l’camp.

Le code d’éthique aurait juste fait en sorte qu’ils auraient dû attendre un peu avant d’aller rejoindre leurs chums du privé avec le magot. Ils auraient dû se donner rendez-vous dans un parc, se faire remettre une grosse enveloppe brune avant de se pousser quelques années au Bahamas pour se faire oublier.

Maintenant, ce sera si facile et rapide que Charest peut aller à New-York inviter plus de chars au pillage. Il est allé dire à ses complices : c’est beau, on a enlevé les portes, on a dévissé les pentures et on les a jetées dans le fleuve, on a débranché le système d’alarme et même coupé le téléphone.

Au cours de la dernière campagne électorale, plusieurs analyses décrivaient le Parti libéral comme un parti pragmatique, ce qui l’avantageait face au Parti québécois qui était un parti idéologique. Pragmatique, ça sonne « gros bon sens », idéologique, ça sonne « dogmatique ».

Pourtant, le néolibéralisme tel que pratiqué avec zèle par les libéraux de Charest a tout du dogme. Il n’est pragmatique qu’à très court terme, si votre horizon est votre carrière personnelle et votre compte en banque. Partout dans le monde, les exemples pleuvent d’entreprises d’État qui sont devenues des fiascos une fois privatisées et déréglementées. L’eau et les trains en Angleterre, l’aviation à l’échelle internationale, l’énergie avec Enron, la santé.

Non seulement toutes ces privatisations ont occasionné une augmentation des coûts pour le citoyen-devenu-consommateur, mais aussi une nette détérioration du service et un tel mépris de règles sécuritaires qu’on peut directement attribuer à cette politique la mort de plusieurs personnes dans des accidents de trains ou d’avions. Les exemples pleuvent et fessent tellement fort qu’on pourrait même dire qu’ils grêlent.

Et pourtant, on continue de nous dire que c’est la voie de l’avenir. Il faut vraiment avoir l’esprit obscurci par un dogme pour y croire encore. Ou, plus simplement, on est aveuglé par la brillance de son intérêt personnel et on ne voit plus rien d’autre.

Voulez-vous que je vous dise ? Dans des circonstances pareilles, même la pourtant excellente suggestion de réduire les revenus que l’État québécois tire du jeu m’apparaît suspecte.

En terminant, un petit mot sur ces agriculteurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean et leur démonstration sordide. Après les avoirs vus abattre une vache devant les caméras de télé et vociférer qu’ils recommenceraient, je me dis que Bell Canada devrait désormais avoir les coudées franches avec sa campagne publicitaire du terroir pour des années à venir...

Texte lu à l’émission du 11 octobre de Samedi et rien d’autre animé par Joël Le Bigot sur les ondes de Radio-Canada.

Note de l’éditeur : À la suite de l’annonce que le Parti libéral adoptera un code d’éthique semblable à celui des péquistes, François Parenteau s’est déclaré flatté que sa chronique soit passée moins inaperçue que la nouvelle dans Le Devoir.

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