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Bullshit !
N° 224 - novembre 2003

Au terme d’une cavalcade bien trash le Mordu débarque
Ramon Vitesse
Dans les pays d’Europe de l’Est, l’accordéon n’était pas un instrument traditionnel. Ayant été inventé à Vienne en 1829, ce « piano à bretelles » le devint, par adoption, près d’un siècle plus tard après maintes tribulations et... une graduelle popularisation. Le souffle de cet instrument prend littéralement au ventre pour accoucher de cultures vivaces. Voyageons avec !

Revenons aux sources avec BORIS KARLOV 1924-1964 (BMA Productions/www.bourque-moreau.com). Cette légende de l’accordéon bulgare nous est révélée par le Québécois Yves Moreau qui a effectué des recherches d’archives sonores lors de nombreux séjours (son premier remonte à 1966 alors qu’il avait 17 ans) dans les Balkans. En quarante mélodies et deux DC dédiés à la danse, l’accordéoniste perpétue l’héritage bulgare; notamment celui de son père (qui dirigea un orchestre de cuivres Rom). Il ravive également quelques airs macédoniens et serbes, abolissant du coup quelques frontières... Avec un copieux livret trilingue (bulgare inclus !) bourré de notes biographiques et d’histoire, voici une invitation à revivre des enregistrements rares de la Radio Nationale, de l’étiquette Balkanton ainsi que de 78-tours de Radioprom. Essentiellement instrumentale, la collection de pièces aux trilles caractéristiques à Karlov est proprement hallucinante et... fort gaillarde !

La seconde partie de ce voyage accordéonesque prend un tour mélancolique, et même dangereusement mortel, avec trois titres de BD qui corroborent que les bonbons capitalistes, malgré leurs emballages éblouissants, sont aussi amers que ceux du communisme. ARRIVÉES, T.1 EUROPA (Glénat) de TBC débute avec le passage illégal vers l’Europe unie, promesse de vie meilleure. Le Mordu débarquera chez un oncle maffieux au terme d’une cavalcade bien trash. Bien sûr, l’accordéon des tziganes n’arrivera pas à dérider le zigue qui se prend un coup de civilisation dans la gueule...

Derrière le pseudonyme de TBC, s’illustre un Yougoslave repêché lors d’un concours du géant de l’édition BD. TBC signe album noir coloré (!) par un certain Martin. Contrainte commerciale qui n’altère en rien ses humeurs. Son trait s’avère au diapason: maigre et hyper nerveux.

AGADAMGORODOK (coll. Aire Libre, Dupuis) de Bailly et Lapière nous trimballe dans des montagnes russes visiblement dysfonctionnelles. À travers cette fiction, on croise des parias en quête de rêves et des rats à face humaine. Pas étonnant que le tandem d’auteurs parvienne effectivement à un tour de force poétique: celui d’un amour forcené en guise de réponse à l’ennui et à la déchéance provoqués par un monde en déroute. À gros traits et en couleurs tranchées Bailly coopte le texte de Lapière dont on citera volontiers une bribe issue de la bouche de son accordéoniste: « Et ont vu avec envie pourquoi les larmes y menaient la fête. »

Dans VAGUE À LAME (coll. Un Monde, Casterman), resurgissent d’épiques luttes ouvrières pour créer une coopérative et des manouches venus d’on ne sait où avec cette indomptable musique. Pourquié et Pécherot font crépiter un polar aussi truculent que jusqu’auboutiste. À preuve, cet accordéoniste galopant et ce vieillard qui... explose ses idées !

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