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Après le stade olympique, le mégahôpital
N° 205 - décembre 2001

D'une lune à l'autre
Élaine Audet
Une fois encore revient décembre avec ses terribles statistiques annuelles de femmes assassinées par les hommes de leur vie, par des hommes incapables de desserrer leur étreinte pour laisser respirer sans eux leur compagne et leurs enfants. Se poursuit le refus de reconnaître aux travailleuses une équité de traitement prétendument consentie depuis longtemps. Perdure l'incertitude de ce qu'il adviendra des femmes afghanes qui exigent à juste titre de participer à la concertation sur l'avenir de leur pays, pendant qu'à l'ombre des stratégies guerrières, le clonage fait son nid.

La même litanie transforme nos pensées en cauchemars. Elle s'appelait Line, il l'a étranglée parce qu'elle cherchait à le quitter. Elle s'appelait Diane, il l'a tuée et brûlée dans sa camionnette parce qu'elle venait de le quitter. Elles s'appelaient Pascale et Émilia, leur père les a tuées à coups de fusil parce qu'il était séparé de leur mère depuis deux mois. Elle s'appelait Nicole et son mari l'a abattue dans son auto après une discussion orageuse, nous rappelle comme chaque année Martin Dufresne, pour que nous n'oublions pas le nom de nos disparues. Entre le 1er janvier et le 13 novembre 2001, elles sont 19femmes et 15 jeunes portant à 630 le nombre de femmes et d'enfants tuéEs par des hommes au Québec depuis 1989.

Un père violent reste un père

Le Collectif masculin contre le sexisme remarque une multiplication récente des meurtres d'enfants par des pères violents ou dépressifs, surtout à l'occasion des « visites » ou de situations de garde. Il y a donc tout lieu de s'inquiéter du projet de loi sur le divorce annoncé par le ministère fédéral de la Justice qui permet de supprimer l'attribution de la garde au parent le plus méritant lors du divorce pour imposer à tous les enfants et à toutes les femmes la «coparentalité », c'est-à-dire l'autorité du père biologique.

Cette loi ne tient pas compte du problème de la violence maritale contre les femmes et les enfants et elle menace de peines de prison et de la perte de leurs enfants toute femme accusée par un homme d'y contrevenir. Si des hommes violents battent, agressent sexuellement et/ou tuent leurs femmes et leurs enfants actuellement, en dépit des ordonnances de se tenir à distance du domicile conjugal, qu'en sera-t-il lorsqu'une loi leur donnera un «droit » de visite de leurs enfants ?

Selon le Collectif masculin contre le sexisme, une telle loi entravera encore plus la protection des victimes de rapt et d'inceste et servira de prétexte à l'abandon financier et au harcèlement continu de la famille par certains pères, trop heureux de troquer la pension contre l'institutionnalisation d'un pouvoir abusif.

Nombre de femmes portent plainte à la police quand elles reçoivent des menaces de leurs ex-conjoints. On emprisonne parfois ceux-ci, mais on les relâche même s'ils sont toujours dans les mêmes dispositions d'esprit. Et l'une après l'autre, des femmes et des enfants tombent. Pas question pour le système judiciaire d'aller contre les pères qui se plaignent de perdre tous leurs droits. Pas question d'aller contre ceux-là mêmes sur qui repose un ordre qui dure depuis 3000 ans. On a besoin d'eux et de leur agressivité dite naturelle pour maintenir la loi de l'argent, pour faire les guerres du pétrole et du profit. D'hier à aujourd'hui.

L'équité sous le tapis

Il y en a qui trouvent que la revendication d'équité salariale est « bidon », motivée par « l'appât du gain » et la « logique pernicieuse de la victimisation », « triste avatar d'un féminisme revanchard ». Ils font mine d'oublier que c'est en raison de la discrimination sexuelle que les employeurs ont pu jusqu'à maintenant être gracieusement subventionnés par un salariat féminin de 30 à 40 % inférieur à celui des hommes pour des tâches semblables ou équivalentes.

Ces promoteurs de la vocation d'enseignant me semblent plutôt avoir une « vocation » pour l'injustice. On rêve d'une grève générale des femmes qui leur ferait prendre conscience de la valeur sociale du travail féminin. C'est sur l'invisibilité et la non-rémunération d'une grande partie de ce travail que se perpétue une discrimination fort rentable pour tous ceux qui en profitent, de bas en haut de la société.

Solidarité avec les femmes afghanes

Après avoir risqué leur vie en créant des écoles de filles, en fournissant aux femmes des soins médicaux et en luttant contre les atrocités des Talibans, les femmes afghanes exigent à juste titre de participer à toutes les instances politiques de leur pays.

Si on se fie aux images des rencontres pour la mise sur pied d'un gouvernement post-taliban et pro-américain, il y a gros à parier que les femmes afghanes, ayant servi d'alibi aux stratèges américains pour envahir leur pays, seront à nouveau abandonnées à leur sort maintenant qu'ils y ont les coudées franches.

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