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Bullshit !
N° 224 - novembre 2003
Beurrée de beurre de pinottes Kraft et de Cheez Whiz
Votre toast a définitivement un p’tit goût d’Altria
Stéphanie Beaupied
Si vous écoutez Indicatif présent à la radio de Radio-Canada, vous connaissez sûrement la chronique captivante de Laure Waridel : Acheter, c’est voter. Un condensé vient tout juste de paraître. L’envers de l’assiette est un véritable petit guide alimentaire pour les consommateurs québécois. L’auteur a le mérite de responsabiliser le citoyen-consommateur : « Chaque repas nous lie à la Terre et à des millions de gens qui cultivent, récoltent, transforment, emballent et vendent notre nourriture ».

Laure Waridel nous propose un défi militant quotidien : « Peut-être est-il temps de réaliser le pouvoir politique de nos choix de consommation ». Détrompez-vous, L’envers de l’assiette n’est pas une plate-forme de beaux principes, mais bien un guide pour déjouer la tendance actuelle dans le marché mondial de l’alimentation, pour décoder ce qui se trouve sur les tablettes de votre supermarché. La formule est simple : 3N-J !

Le premier N pour choisir des produits Nus. « Nous fabriquons aujourd’hui 80 % plus d’emballage qu’en 1960, soit environ 200 kg par personne par année ». Les divers petits contenants emballés trois fois pour rien coûtent très chers au bout de la ligne au consommateur. L’acheteur paye un surplus dans le prix d’achat. Les taxes servent aussi à se débarrasser de ces déchets et à décontaminer les sites d’enfouissements.

« Dans bien des cas, nous payons plus pour l’emballage que ce que reçoivent les agriculteurs pour le fruit de leur travail. » Choisir des produits le plus nus possible, privilégier l’achat en vrac, éviter l’utilisation de styromousse, utiliser sa tasse à café et apporter ses propres sacs à l’épicerie sont des solutions faisables avec un peu de volonté.

Pensez globalement, mangez localement ! Le deuxième N pour Non-loin. Des bleuets de la Californie ou du Lac-St-Jean ? Moins chers les bleuets de la Californie, direz-vous ? En fait, « les aliments produits localement sont généralement plus frais et nécessitent moins d’agents de conservation que les aliments qui parviennent du bout de la planète ».

Laure Waridel explique que les coûts sociaux et environnementaux ne sont pas compris dans le prix, l’exploitation du travailleur et la pollution due au transport et à la production. L’achat dans sa région des produits du terroir, l’autocueillette et faire des réserves à la fin de l’été lors des récoltes abondantes soutiennent du même coup les emplois locaux et la vie rurale.

Choisir le 3e N pour Naturel ! Quand l’agriculture devient de la monoculture mondialisée, assez difficile de choisir des aliments Naturels. Naturel ce qui se trouve sur les tablettes des supermarchés ? L’envers de l’assiette révèle que « la multinationale Novartis produit et vend à la fois les aliments pour bébé Gerber, des pesticides reconnus comme ayant des effets sur le système nerveux et des médicaments, dont le Ritalin… ».

Quant à la multinationale Mosanto, elle produit une semence munie d’un herbicide. « C’est le cas des semences RoundUp Ready de Monsanto qui constitue environ 70 % des OGM actuellement en culture. Ces semences de soja, de maïs, de canola et de coton sont résistantes à l’herbicide RoundUp. Ainsi, les agriculteurs qui les choisissent n’ont nul autre choix que de se procurer l’herbicide de Mosanto en plus de ses semences ».

Manger bio, c’est cher ? Laure Waridel explique le phénomène : « Les agriculteurs biologiques ont difficilement accès aux programmes de soutien de l’État, qui privilégie la production industrielle ». Malgré tout, « le secteur biologique est celui qui connaît la plus forte croissance de marché dans tout le secteur agroalimentaire, soit de 20 % à 30 % par année ». Des solutions existent. En consultant le bottin d’Équiterre [www.equiterre.qc.ca/bottin], il est possible de trouver les producteurs biologiques de votre région et de commander des produits biologiques directement de la ferme. Il est aussi possible de participer au programme ASC (agriculture soutenue par la communauté) pour acheter vos produits alimentaires et contribuer à un producteur local.

Peu d’aliments Justes. Juste des multinationales. Les supermarchés semblent offrir une plus grande variété de produits sur les tablettes. Rien de plus faux, « le contenu de notre assiette s’avère de plus en plus déterminé par une poignée d’entreprises multinationales qui collaborent entre elles. Dans ce contexte, le libre marché se révèle fort relatif, tant il n’y a plus de véritable concurrence. »

Prenons l’exemple du parfait déjeuner Altria. Votre café provient probablement de cette multinationale (anciennement Phillip Morris) qui possède plus de 50 % des cafés vendus au Canada tels que Sanka, Maxwell House, Nabob, Carte Noire… Si vous mangez une toast avec du beurre d’arachide Kraft, du Cheez Whiz, du fromage Philadelphia ou du P’tit Québec, vous faites encore partie de la grande famille Altria. Un peu de céréale Raisin Bran ou de Alpha Bits avec un jus Del Monte, votre alimentation est signée Altria. Pour terminer votre déjeuner en beauté, une cigarette Malboro…Altria avec ça ? « Le président-directeur général d’Altria, Geoffrey C. Bible, a reçu 23 416 230 dollars américains en salaire et compensation pour l’année 2001. Pour obtenir cette somme, il faudrait 12 830 années de travail à un cueilleur de café (payé à 5$ par jour, ce qui est plus élevé que la moyenne) ».

Acheter équitable, manger Juste, c’est de plus en plus faisable surtout pour le café, le thé, le chocolat et le sucre. Le principe est simple, le prix payé pour le produit est fixé d’avance pour assurer au paysan, au travailleur et à la communauté une vie décente. Souvent sous forme de coopérative, la communauté s’organise de façon démocratique pour gérer leur milieu de vie, tout en assurant une production respectueuse de l’environnement. Le commerce équitable est un geste solidaire. Un petit surplus qui vaut la peine d’être payé pour avoir un produit Juste et de qualité.

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