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Bullshit !
N° 224 - novembre 2003

La crise de l’énergie, c’est la privatisation
Pierre Dubuc
Après le scandale d'Enron, la crise californienne, le black-out qui a touché l'est de l'Amérique du Nord, la crise en Nouvelle-Zélande et les expériences désastreuses en Angleterre, on commence à parler de re-nationalisation de l'énergie. Par contre, en Europe où le privé est très présent, il s'exerce une formidable pression sur la France pour la privatisation de l'EDF (Énergie de France) », nous dit Charles Paradis, le coordonateur des syndicats d'Hydro-Québec (SCFP-FTQ).

Ces constats, Paradis les fait à partir des informations qui lui proviennent d'autres syndicats de l'énergie à travers le monde regroupés dans l'Internationale des services publics (ISP). L'été dernier, il a participé à Sao Paulo, au Brésil, à un séminaire de l'ISP portant sur les droits des travailleurs et des syndicats des réseaux d'eau et d'énergie à l'intérieur du Mercosur.

Les expériences en cours au Brésil et en Argentine illustrent bien la magouille entourant les privatisations. « En Argentine, raconte Charles, il a été prouvé qu'il y avait collusion entre les deux compagnies intéressées à acquérir les installations publiques. Elles s'étaient entendues pour ne pas faire monter les enchères. L'une a été désignée pour acquérir les installations, sans compétition, et accorder par la suite des contrats en sous-traitance à l'autre compagnie. Le gouvernement n'a jamais vu la couleur des montants d'argent qu'il espérait tirer de la privatisation. »

Au Brésil, le scénario est encore plus scandaleux puisqu'il implique le Fonds monétaire international. « Quand on a voulu privatiser les réseaux de distribution, le FMI est intervenu pour imposer des conditions qui stipulaient qu'on ne construirait pas de nouvelles centrales de façon à ce que les compagnies puissent profiter de la rareté pour augmenter leurs prix », s'indigne-t-il.

« Aujourd'hui en Amérique latine, ajoute-t-il, après une dizaine d'années de déréglementation, on voit des compagnies qui veulent rétrocéder aux gouvernements les installations qu'elles avaient acquises. C'est le cas d'EDF au Brésil. »

L'échec de la privatisation est aussi patent en Angleterre. L'Internationale des services publics constate que 40 % du réseau britannique est détenu par des entreprises privées qui sont en faillite ou au bord de la faillite. Le réseau de distribution de l'est de l'Angleterre, par exemple, a changé de propriétaires cinq fois au cours des huit dernières années.

Charles Paradis connaît bien le mécanisme de la privatisation et il nous cite l'exemple d'Hydro One en Ontario. « Le gouvernement veut des rentrées d'argent rapides pour réduire les impôts. Il fait appel à des firmes de courtage comme Merryl Lynch ou Deloitte Touche et leur demande d'établir les règles du jeu. Ce ne sont pas des spécialistes de l'énergie, mais des financiers. Puis celles-ci réunissent quatre ou cinq grosses entreprises qui se partagent le butin, en prenant soin d'éliminer les non-initiés ».

« Ce sont toujours les mêmes joueurs, partout dans le monde, surtout des entreprises américaines ou britanniques, souligne-t-il. Elles ont pour nom Applied Energy Service (AES), American Energy Production (AEP), Électricité de France (EDF) ».

Charles Paradis croit qu'il va y avoir une pression énorme pour que le Québec augmente ses capacités de production au cours des prochaines années. Pour satisfaire la croissance de la demande interne, mais également pour l'exportation aux États-Unis, explique-t-il, en rappelant que le kilowatt d'électricité se vend trois fois plus cher à New York qu'au Québec.

Dans un tel contexte, les organisations syndicales promettent une vigilance de tous les instants pour préserver l'intérêt public. « On veut renforcer nos liens avec les syndicats des Amériques, particulièrement ceux du Canada anglais et des États-Unis pour ne pas se retrouver isolés. Aux États-Unis, on déplore souvent l'absence des syndicats mais, à l'échelle locale, on retrouve de plus en plus d'administrations locales qui forment des partenariats avec les syndicats et les organisations populaires pour contrer la privatisation », conclut Charles Paradis. .

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