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Bullshit !
N° 224 - novembre 2003
Il n’existe aucun portrait complet de la sous-traitance
Le gouvernement ne sait pas de quoi il parle
Pierre Dubuc
Qui de mieux placé pour évaluer l'impact de la sous-traitance que ceux et celles qui en vivent les effets au jour le jour ? Nous avons donc rencontré Carole Roberge, la nouvelle présidente du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec.

Carole Roberge connaît bien le dossier. Avant d'être élue présidente, elle a été pendant six ans, à titre de première vice-présidente, responsable du dossier de l'organisation du travail. « Le gouvernement n'avait même pas de portrait complet de la sous-traitance, s'étonne-t-elle encore aujourd'hui. Seulement dans les services professionnels, nous en avons relevé 6 600 cas. » La chose n'est pas surprenante. « À cause de l'imposition d'un plafond d'emploi, les ministères doivent faire appel à la sous-traitance pour combler des postes, même s'ils ont les budgets pour embaucher de nouvelles personnes », souligne-t-elle.

« Dans notre cas, 75 % de la sous-traitance concerne les services informatiques », nous explique celle dont le tiers des 18 800 membres sont informaticiens. Son appréciation des expériences de la sous-traitance est claire, nette et tranchante : « Nous n'avons pas vu d'exemple positif de partenariat public-privé ». Elle cite l'exemple du fameux projet GIRES de réseautage de la fonction publique que le gouvernement vient d'abandonner après six ans d'efforts et des millions de dollars dépensés en pure perte.

Une conséquence peu souvent mentionnée de la sous-traitance est son effet désorganisateur sur le milieu de travail. « Ça pose problème de travailler avec un gars de la compagnie CGI à tes côtés ou avec d'autres sous-traitants qui disparaissent à un moment donné », mentionne-t-il. « Nos membres en ont ras-le-bol, clame-t-elle, des restructurations et de l'instabilité que cela provoque. » Facile, évidemment par la suite, de critiquer la productivité de la fonction publique !

Bien qu'elle soit contre la « ré-ingénierie » à la Charest, Carole Roberge n'est pas contre la nécessité de revoir le rôle et le fonctionnement de l'État. Responsable au cours des dernières années du dossier de l'organisation du travail, elle croit que les nouvelles technologies de l'information ont profondément transformé le milieu du travail. « Les syndicats ne s'en sont pas suffisamment occupés, admet-elle. Trop souvent nos membres ne reçoivent pas de formation adéquate pour leurs nouveaux outils de travail. Ou bien c'est l'inverse : ils ont la formation, mais pas les outils. »

Cela provoque, selon elle, beaucoup d'insatisfaction au travail. Il y a deux ans, un sondage mené auprès des membres du SPGQ révélait un taux d'insatisfaction au travail de 60 %. La réponse du gouvernement fut de donner des bonis sur une base discriminatoire. Une avenue qu'elle rejette totalement. « Ce n'est pas de ce type de reconnaissance dont nous avons besoin », lance-t-elle.

« Nous représentons une grande diversité de professions. Nos membres sont comptables, actuaires, économistes, agronomes, informaticiens. Ils sont en contact avec la population. Ils veulent être associés aux changements et ils ont raison. Nos professionnels sont des experts. Les changements technologiques ne peuvent se faire sans la participation des gens », constate-t-elle.

Comme responsable de la formation syndicale, Carole Roberge a mis l'accent sur les aspects relationnels, les rapports d'influence, le savoir-être. À l'initiative du syndicat, beaucoup d'efforts ont été consacrés au développement des compétences des fonctionnaires, comme le travail en équipe, la rédaction de rapport, la recherche. « Nous avons, se félicite-t-elle, développer des outils pour bien identifier les compétences. Nous voulons aujourd'hui des droits personnalisés pour nos membres, adaptés à leur parcours de carrière. »

Ces demandes vont se retrouver dans la liste des revendications du SPGQ dans le cadre de la prochaine ronde de négociation du secteur public avec les salaires, les assurances, l'aménagement du temps de travail, la conciliation travail-famille, la reconnaissance de la scolarité et de l'expérience des jeunes et, bien entendu, la sous-traitance.

Elle a confiance que les syndicats de la fonction publique vont former une intersyndicale pour établir un rapport de forces plus favorable. D'autre part, elle s'inquiète de l'attitude de la partie adverse. « Le gouvernement, constate-t-elle, est allé chercher un sous-traitant, en la personne de M. Munn, comme négociateur en chef. »

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